La ville moyenne est morte, vive la ville moyenne !

24 Nov 2016

Les villes moyennes sont-elles définitivement perdues ? Longtemps resté silencieux, le sujet pénètre enfin dans le débat public, non sans fracas. Il faut dire que la situation est grave, notamment en termes de dynamisme commercial. D’un bout à l’autre de l’Hexagone, les villes moyennes connaissent un sort quasi funeste… Pour autant, l’heure n’est pas à baisser les bras ; au contraire, il est encore temps de redresser la situation, et de redoubler d’énergie pour faire renaître nos bourgs de leurs cendres !

Les chiffres sont alarmants. Et encore, le mot est faible. Bien qu’évoqué depuis plusieurs années par un nombre croissant d’acteurs urbains (élus, urbanistes, sociologues), il aura fallu la publication d’un rapport sur “la revitalisation commerciale des centres-villes” de communes moyennes pour que tout le monde prenne véritablement la mesure de la situation…

centre ville moyenne ville morte coiffeur rouen

Crédits : Salon de coiffure fermé à Rouen – par Môsieur J.

Les commerces en vacances prolongées

Rendue publique le 20 octobre dernier par l’Inspection Générale des Finances et le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable, cette étude a en effet permis de mettre des chiffres sur un phénomène que d’aucuns clamaient depuis longtemps : celui du délitement drastique des petites villes et villes moyennes, qui traversent une crise d’attractivité sans précédent. Le rapport fournit ainsi des chiffres explicites sur la situation actuelle, notamment en termes de vitalité commerciale :

«Avec un taux moyen de vacance commerciale dans les centres des villes moyennes en France qui dépasse les 10 % en 2015, en augmentation sur les dix dernières années, la dévitalisation commerciale de nombreux centres-villes en France se confirme.»

Bien évidemment, la dévitalisation commerciale n’est que le symptôme d’une crise plus large impliquant entre autres, à des degrés divers, le départ d’une partie des populations au profit des grandes villes, la précarisation de certaines catégories de ménages, la fragilisation du tissu économique local, ou la baisse du nombre de création d’entreprises sur le territoire.

Comment la grande périphérie a dévoré les petits centres

Il serait bien évidemment impossible de faire ici la liste des maux qui frappent les villes les plus modestes, tant celle-ci serait complexe et variable en fonction des territoires. Néanmoins, certains défis semblent plus aisés à identifier. La question des mobilités est évidemment centrale, comme le montre le journaliste Olivier Razemon dans son dernier ouvrage, “Comment la France a tué ses villes”, et en interview dans ces mêmes colonnes.

Plus généralement, la localisation des activités commerciales semble être l’un des péchés originels ayant conduit à cette dramatique dévitalisation . En effet, pourquoi se fatiguer à faire ses courses en centre-ville quand on peut avoir mille fois plus de choix en périphérie ? Le tweet suivant, du même Olivier Razemon, décrit parfaitement le caractère ubuesque de cette situation qui a trop longtemps perduré, et dont les petites villes payent aujourd’hui le prix fort.

tweet razemon centre ville poitiers

@OlivierRazemon

Comment sauver les villes moyennes ?

Si la situation est clairement désespérée, est-elle perdue pour autant ? Ou, comme le titrait un excellent article d’Urbanews, “Peut-on encore sauver les petites villes de leur agonie ?” A cette question, nous répondons bien évidemment par l’affirmative. Bien sûr, le défi est à la hauteur du fossé qui s’est creusé entre les territoires périphériques d’un côté (petites villes, villes moyennes et plus généralement milieux périurbains éloignés), et les métropoles de l’autre. S’il ne s’agit évidemment pas d’une guerre à mener, il y a clairement un état des lieux à bâtir quant à l’équilibrage du territoire, les grandes villes ayant une fâcheuse tendance à phagocyter le développement des cités environnantes…

Quelles solutions proposer ? Celles-ci sont diverses, certaines s’appliquant à la majorité des territoires, d’autres étant bien plus spécifiques à certaines situations locales. Mais à l’heure de l’état de l’art, le sentiment global est surtout celui de l’urgence, et donc des solutions radicales, à l’image d’Olivier Razemon qui appelle à “casser la machine à béton”, et plus généralement à repenser l’urbanité des centre-villes dévitalisés en termes de qualité de vie, et notamment de marchabilité.

Des solutions radicales, il en faudra évidemment. Mais il faudra aussi des mesures plus “positives”, et qui auront donc moins de mal à passer auprès des élus et des acteurs du tissu économique local (on pense notamment aux petits commerçants, souvent très attachés à la place de l’automobile en centre-ville). Le numérique, notamment, s’avère un levier de choix pour distiller de nouvelles urbanités, et redynamiser un petit bourg éteint. Les mutations de l’habitat, aussi, pourraient permettre de réinjecter de l’attractivité au sein d’un bâti souvent laissé de côté au profit du pavillonnaire. Mobilités, numérique, habitat, et bien sûr commerces : voici les piliers de ce qui pourrait favoriser le “réveil” des villes moyennes, à moyen-long terme. Nous aurons l’occasion de nous pencher sur chacun de ses points dans de prochains billets, car à n’en point douter, cet épineux dossier est bien loin d’être clos.

 

[pop-up] urbain

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