Les architectes et paysagistes qui réparent : retour sur le concours AJAP 2025

5 Mai 2026 | Lecture 4 min

Le palmarès 2025 des Albums des jeunes architectes, paysagistes, et autres voies de l’architecture (AJAP) révèle une génération engagée et attentive aux transformations contemporaines. Vingt-trois lauréats ont été distingués le 10 décembre 2025 par la ministre de la Culture, Rachida Dati. Leurs démarches privilégient les approches collectives, la sobriété des ressources, la transformation de l’existant et une relation étroite aux territoires, dessinant une architecture moins centrée sur la signature, mais plutôt sur les usages et le vivant. Un changement de paradigme pour un nouveau regard sur la profession.

 

Qu’est ce que le concours des Albums des jeunes architectes et paysagistes (AJAP)  ?

Créé en 1980, ce concours est un soutien aux filiales créatives et culturelles en architecture et en paysage. Depuis 2023, il ouvre son palmarès avec une catégorie « autre voies » qui offre la possibilité aux architectes diplômés de présenter des projets d’autres champs. Une nouvelle formule qui met en valeur des parcours différents des circuits classiques après les écoles d’architecture. Les lauréats sont choisis pour leurs projets et leurs parcours professionnels inspirants. L’AJAP récompense de jeunes praticiens afin d’offrir à ceux-ci la possibilité de démarrer leur activité, de rayonner et de mettre en valeur des réflexions architecturales et paysagères en France.

 

La pratique comme solution aux enjeux actuels pour les lauréats 2025

Cette année, le jury met en avant des agences qui questionnent la place de l’architecte et du paysagiste dans la société. Ces agences s’appuient sur des pratiques qui répondent à la raréfaction des ressources, à la prise en compte du vivant, et à la réparation du territoire. La nouvelle génération se place en réponse et en solution face aux enjeux actuels de la conception.

Les lauréats de l’année 2025 sont :

Dans la catégorie Architectes et Sociétés d’architecture :

  • ATELIER DU RALLIEMENT – François Massin Castan
  • ATELIER LORIO – Marion Calmettes et Rémi Crampagne
  • BAKO STUDIO – Olivia Andriantsimalia
  • CARMEN MAURICE ARCHITECTURE – Carmen Maurice
  • EXERCICE – Edouard Danais et Gwendal Le Bihan
  • FORMALOCAL – Patxi Gardera et Nicolas Matranga
  • GERMAIN BRUNET ARCHITECTE – Germain Brunet
  • GRANITE ARCHITECTES – Matthieu Fares et Skander Mokni
  • LAO LUDIQUE ARCHITECTURE ET OBJET – Clément Aquilina, Hélène Bucher, Boris Juillard, Sarah, Malnoury, Lise Marche et Jérôme Vatère
  • NAS ARCHITECTURE – Hadrien Balalud De Saint Jean, Guillaume Giraud et Johan Laure
  • PRÍA – Antoine Gouachon, Elsa Molinard et Giacomo Monari
  • REMAKE – Antoine Barjon
  • STUDIO PIA – Céline Filippi et Pierre-Louis Filippi
  • TOUT VA BIEN ARCHITECTURE – Camille Chapin et Stéphane Herpin
  • 127 AF – Déborah Feldman et Baptiste Potier

Dans la catégorie Paysagistes-concepteurs et Sociétés de paysage :

  • ACMÉ PAYSAGE – Hugo Deloncle, Sacha Lenzini et Eleonora Schiavi
  • LA TALVERA – Ivanne Gribé
  • STUDIO MATHIEU LUCAS – Mathieu Lucas

Dans la catégorie Autres voies de l’architecture :

  • ATELIER GÉMINÉ – Antoine Basile et Ulysse Rousselet
  • ÉCOLE COMMUNE – Louise Priam, Louisiane Vitte, Thimothé Girard et Louis Fournié
  • ASSOCIATION ÉDITRICE DE LA REVUE TOPOPHILE – Sarah Ador, Nolwenn Auneau, Chloé Cattan, Alexis Desplats, Florent Paoli, Martin Paquot, Raphaël Pauschitz, Anne Rumin et Alissa Wolf,
  • Marion VERDIÈRE
  • ZERM – Romain Brière, Théophile Flécheux, Simon Givelet

 

Des pratiques qui valorisent l’échange et le partage  

Chez Atelier du Ralliement, François Massin Castan et son équipe accordent une place importante à la construction in situ. Une approche basée sur la captation de données, de paroles et d’expériences issues d’un contexte et de ses usagers, qui permet l’acte de transformation. Pour l’atelier Lorio, le mot d’ordre est le faire ensemble. Créer, concevoir et bâtir sont autant d’opportunités de partager des savoirs. Des valeurs qui se retrouvent chez Exercice, une agence d’architecture et de design qui s’applique à décloisonner les disciplines pour mieux les faire dialoguer. Avec LAO (Ludique Architecture et Objet), le nom porte déjà la démarche. Des chantiers qui se partagent et deviennent des lieux de rencontre et d’expérimentation. Une architecture qui éveille la curiosité et entraîne son public à saisir son environnement. Des démarches participatives, pour toutes et tous sous le signe de l’enthousiasme et de la joie, sans oublier de prendre au sérieux les enjeux environnementaux.

 

Une génération du soin

À Bako Studio, la fondatrice Olivia Andriantsimalia, s’engage à construire une architecture qui prend soin des personnes. Une architecture du quotidien qui accompagne les habitants. Pour Marion Verdiere, architecte et urbaniste, c’est par une approche de la gestion de la consommation énergétique et les études du territoire qu’elle vise le soin. Avec son expérience internationale de plus de douze ans entre le Pérou et la France, elle s’engage dans l’association Mano a Mano pour travailler sur des projets d’adaptations au changement climatique avec les habitants.

 

Du côté paysage, l’agence Acmé paysage en fait son mantra, les paysages sont avant tout l’opportunité d’améliorer les cadres de vie du vivant. Une dimension paysagère qui prend soin également du non-humain dans ces pratiques. Pour Ivanne Gribé, chez La Talvera, le temps et le contexte sont des éléments primordiaux dans le projet. L’écologie est une porte d’entrée sur les liens qui unissent vivant et environnement, c’est un temps long du vivant nécessaire à tout projet. Mathieu Lucas, lui, travaille sur des projets qui expérimentent une représentation du vivant et des cycles climatiques. Une démarche primordiale de mise en valeur de connaissance en matière d’enjeux bioclimatiques qui pousse le paysagiste à prendre soin des territoires par son paysage.

 Mur en pisé (non stabilisé) dans le Nord-Isère, 2005 © Grégoire Paccoud via creative commons

Les praticiens du savoir-faire

Pour Carmen Maurice, le savoir-faire traditionnel est une clé vers une architecture plus raisonnée. Sa pratique du chantier, lui permet de mettre en avant la matière et d’enrichir ces travaux de conception. Pour Germain Brunet, ce sont les volumétries des bâtiments qui lui permettent de réinterpréter les typologies et le savoir-faire local. Ces bâtiments, ancrés dans son Cantal natal, proposent une architecture située qui rappelle le territoire fort et fragile des montagnes. De même chez Granite architectes, les projets de Matthieu Fares et Skander Mokni se concentrent dans le Pays Basques, pour y reprendre des formes vernaculaires.

 

Parfois, c’est par la matière que le savoir-faire se transmet, l’agence d’architecture, de paysage et de construction maçonnerie Pría, nous invite à revisiter et à mettre en pratique des techniques souvent oubliées autour de la terre et du pisé. Un savoir-faire artisanal qui pousse également Déborah Feldman et Baptiste Potier de 127 AF à travailler à toutes les échelles, mêlant design, menuiserie et architecture dans leur pratique quotidienne.

 

Les architectes et paysagistes qui réparent

Finalement, tout va bien… Un message ironique lancé par Tout va bien architecture qui alerte sur la crise environnementale actuelle et défend une architecture «Ré-habi(li)ter». Faire avec le déjà-là contre l’artificialisation des sols et l’épuisement des ressources devient une urgence pour les nouvelles générations. Un message largement porté par les lauréats de l’AJAP 2025. L’économie de matière et la rationalité constructive sont également les piliers d’une réparation architecturale pour nos bâtiments et nos villes. Remake s’engage pour cette sobriété énergétique à travers ces projets dans la métropole francilienne et le roannais, dans le département de la Loire.

Chez Formalocal comme chez NAS Architecture, on pense d’abord la réparation et la transformation avant la construction. S’inscrire dans un patrimoine vivant devient indispensable, d’une part pour la valeur mémorielle d’un lieu et d’autre part pour l’engagement écologique que cela représente. Chez Studio Pia, le patrimoine est sublimé dans chaque réalisation. Pour eux, il est une source d’innovation architecturale, notamment en termes de maintien artisanal et d’adaptation climatique.

Lieu D’être, Manifeste chorégraphique pour l’utopie d’habiter – Cie Acte © Duc via flickr

 

Une autre voie qui informe

L’association éditrice de la revue Topophile se démarque par son approche engagée écologiquement. Une revue numérique qui prône des espaces heureux et met en valeur des projets et pratiques. Elle questionne les bâtis et les manières d’habiter, et élargit le champ de l’architecture vers une réflexivité essentielle. Zerm, une association d’architecture qui œuvre dans le domaine de la réhabilitation, travaille sur des supports pédagogiques dans le domaine du réemploi. Une base de données importante pour les générations futures qui devront répondre aux enjeux de la raréfaction des ressources.

 

Pour Atelier Géminé, le partage fait partie intégrante de l’ADN de l’atelier. Ils développent une démarche de film et de recherche qui documente les pratiques de la construction. Une transmission par un outil pédagogique accessible, qui porte la voix et les savoirs des filières locales. Le projet de l’association École Commune complète cette dynamique en proposant de requestionner la place de l’architecture dans les territoires ruraux à travers un lien, un contact établi et une expérimentation directement sur le territoire rural entre les étudiantes et étudiants d’école d’architecture et ceux d’un lycée des métiers du bâtiment.

Finalement, le concours AJAP est à la fois un tremplin pour les lauréats, mais également un observatoire des évolutions de la profession. L’année 2025, signe un tournant : l’esthétique n’est plus dominante, l’architecture n’est plus signature et ostentatoire, mais elle permet de réparer. Le concours présente une génération qui s’engage dans les questions d’héritage, qui prend conscience des limites et transforme les pratiques pour reconnecter avec les territoires, les usages et le vivant.

LDV Studio Urbain
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