Festival « les voix de la ville » : quel role joue la photographie sur notre imaginaire des viles ?
À l’occasion du festival organisé les 16 et 17 janvier 2026 par le collectif Les Voix de la Ville, cet article interroge la manière dont les images façonnent nos perceptions et nos récits des villes. S’articulant autour du thème « les nouveaux récits et imaginaires », l’événement invite à questionner les représentations dominantes autour de l’espace urbain. Pour analyser l’influence de la photographie sur notre compréhension des villes, l’article s’appuie notamment sur le regard de chercheurs de la fabrique urbaine qui utilisent l’image au service de la mise en récit des territoires au sein des projets urbains.
UN LIEU DE RENCONTRE POUR RÉINVENTER NOS FAÇONS DE PENSER, DE RACONTER ET D’HABITER LA VILLE
En mars 2025, des créateurs et créatrices de contenus indépendants, engagés dans le champ de la fabrique urbaine fondent le Collectif « les voix de la ville ». Ce regroupement permet d’imaginer collectivement l’avenir de nos territoires et de proposer de nouvelles façons de concevoir la ville de demain : une ville écologique, juste, inclusive et hospitalière. La première édition du festival lancé par le collectif a permis d’associer à ces réflexions professionnels de l’urbanisme et citoyens engagés pour une transformation durable de nos villes. La programmation mêlant partage d’expériences professionnelles et d’expériences vécues a contribué à faire émerger de nouveaux récits sur l’avenir de la fabrique urbaine, parfois oubliés ou tenus à l’écart. L’intégration du vivant en ville, la résilience urbaine ou encore la lutte contre les injustices spatiales apparaissent aujourd’hui comme des enjeux majeurs, rendant ce dialogue plus que nécessaire.
Les récits dominants dans la sphère politique et médiatique présentent fréquemment l’avenir des villes sous un angle pessimiste et peuvent empêcher le développement d’un imaginaire plus positif quant à leur devenir. Bien que ces discours mettent en avant des problématiques réelles, l’accent mis sur la dégradation des conditions de vie en ville, les clichés des quartiers populaires, ou sur les défis liés à la résilience écologique peuvent renforcer l’idée que les villes sont des lieux de crises plutôt que d’opportunités, décourageant les initiatives positives. C’est précisément pour contrer cette tendance que le festival propose une pluralité d’activités telles que des enregistrements de podcast, des tables-rondes et des expositions, visant à renouveler nos façons de penser, de raconter et d’habiter les espaces urbains. L’événement propose ainsi de changer de narratif en imaginant des solutions novatrices en faveur d’une transition écologique et sociale de nos villes : considérer la permaculture comme un outil de conception dans les politiques d’aménagement des villes, intégrer le genre dans l’aménagement des espaces publics ou encore utiliser l’image au service de la mise en récit des territoires dans les projets urbains.
LA PHOTOGRAPHIE, VECTRICE DE NOUVELLES REPRÉSENTATIONS URBAINES POUR UN FUTUR SOUTENABLE
La photographie peut-elle permettre de tracer les contours de nouveaux imaginaires de nos territoires ? C’est à cette question que les professionnels et chercheurs Anne-Solange Muis, Philippe Madec et Laurent Pinon ont tenté de répondre lors d’une discussion collective dans le cadre du festival. Il apparaît que la photographie peut devenir un outil de transformation et de projection collective face aux défis contemporains auxquels nos villes sont confrontées. Tout d’abord, elle permet de documenter les vulnérabilités tout en explorant des perspectives pour les surmonter. Par exemple, l’exposition « Mieux vivre dans les quartiers » commandée par l’Agence Nationale de Renouvellement Urbain (ANRU), présentée au Centquatre-Paris au mois de juin dernier, a mis en valeur le travail de 12 photographes sur des quartiers en renouvellement urbain. L’objectif de ce travail était de valoriser les dynamiques de transition écologique et sociale à l’œuvre dans ces espaces, pourtant parfois perçus comme étant en marge de ces transformations. À Rillieux‑la‑Pape, une série de photographies montre un parc linéaire urbain traversant le quartier de la ville nouvelle, montrant la façon dont cet espace partagé peut réduire les discontinuités urbaines et offrir des cadres de vie plus agréables pour les habitants .
Par ailleurs, la photographie rend visibles les usages, les perceptions et les aspirations des habitants. Le travail des « street photographes » permet de valoriser des pratiques urbaines peu représentées. L’exposition Urban Photo, 50 ans d’esthétiques urbaines, qui s’est déroulée entre octobre et décembre 2025 au Quai de la Photo, a souhaité mettre en avant leur rôle dans la reconnaissance de la diversité des usages et des usagers de nos villes. Les œuvres de quatre figures majeures de la street photography qui y sont exposées, Little Shao, Martine Barrat, Gérard Guittot et Sophie Bramly, ont contribué à documenter les évolutions urbaines, souvent invisibles, émanant des habitants ayant façonné le devenir des villes. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre dernier article à ce sujet : « Entre marges et reconnaissance : trajectoire des cultures urbaines en France ».
Enfin, la photographie peut contribuer à façonner de nouvelles représentations de nos villes, plus sobres et résilientes. Par exemple, l’étude L’entre-deux-barres, qui documente la manière dont les habitants ont repris la main sur des quartiers d’habitat collectif, met également en perspective plusieurs photographies de ces initiatives, aux quatre coins du globe. Végétalisation des espaces publics, développement de potagers participatifs, utilisation de matériaux en circuits courts pour les constructions, ces démarches habitantes montrent qu’il est possible de construire des villes plus durables. Ainsi, la photographie contribue à mettre en lumière et encourager les initiatives, revendications et usages contribuant à une transformation juste et durable des villes, offrant la possibilité d’imaginer un futur soutenable au sein de ces territoires.
L’IMAGE AU SERVICE DE LA MISE EN RÉCIT DES TERRITOIRES DANS LES PROJETS URBAINS
Ainsi, l’image permet de représenter autrement nos territoires. La photographie peut également être utilisée comme outil au sein des projets urbains afin de raconter l’histoire des lieux dans lesquels ils s’inscrivent. Anne-Solange Muis et Laurent Pinon, intervenants au festival « les voix de la ville », intègrent l’image dans leurs pratiques professionnelles pour mettre en récit ces territoires.

Reportage en ville. ©Pexels
Anne-Solange Muis, géographe de formation, défend une approche du développement territorial basée sur les émotions que suscitent les lieux. Au sein de son agence de géographie et de concertation, elle accompagne les collectivités, les maîtrises d’ouvrage et d’œuvre à élaborer des stratégies territoriales co-construites avec les habitants, partant de l’attache qu’ils portent à leur territoire. Elle utilise l’image afin de documenter ces attaches, et les usages liés aux lieux. Elle intègre photographies et reportages aux processus de concertation associés aux projets urbains afin de permettre une bonne compréhension des dynamiques territoriales. La représentation de ces vécus sert donc à l’analyse technique et qualitative des espaces.
L’architecte Laurent Pinon, fondateur de l’Agence Métamorphoses Urbaines, experte en stratégie territoriale et programmation urbaine, défend également une approche qui place la co-construction au cœur des projets d’aménagement. Plus particulièrement, l’agence reconnaît les pratiques artistiques comme fondamentales pour soutenir la transformation des territoires. Lors des démarches de concertation qu’elle mène, l’agence réalise des reportages, contribuant à valoriser ces initiatives dans la fabrique urbaine et rappelant le rôle essentiel de la participation citoyenne dans la construction d’un nouvel imaginaire collectif. Dans ces deux exemples, la photographie permet de comprendre le territoire comme habité et approprié par ses habitants.
Dans le prolongement du festival « les voix de la ville » qui vise à interroger nos représentations collectives sur l’avenir de nos territoires, la troisième édition du Festival et Prix des Littératures Urbaines a lieu le 31 janvier 2026 à la Gaîté Lyrique. L’objectif est de donner la parole à des chercheurs et chercheuses du champ de l’urbanisme et du social qui imaginent d’autres approches de la fabrique urbaine pour l’avenir, à travers la littérature.
Pour plus d’informations sur l’événement : https://www.gaite-lyrique.net/index.php/evenement/festival-et-prix-des-litteratures-urbaines-2026-samedi