Retours sur le Festival DLV #2 – “C’est le pouvoir des imaginaires qui va transformer la ville”

16 Déc 2021 | Lecture 5 min

Le premier “Festival Demain la ville”, organisé en septembre 2021 par la Fondation Bouygues Immobilier et UrbanEra, faisait la part-belle aux rêves et à l’utopie. Après une ouverture proposée par Sylvain Grisot, le soleil lyonnais accueillait un second temps d’échange, cette fois sous la forme d’une intervention croisée autour du sociologue Patrice Duchemin. Auteur de l’ouvrage “Le Pouvoir des imaginaires: 1001 initiatives pour révolutionner la consommation”, publié en 2018 aux éditions Arkhê, le consultant venait proposer au public son regard d’observateur assidu des pratiques et des modes de vie. Objectif : décrypter les principales tendances urbaines qui transforment l’espace urbain, en surface comme en profondeur. 

A ses côtés, Orbiane Wolff, Fondatrice et directrice de Superposition et Claudie Jacoutot, Directrice Grand Lyon UrbanEra, représentaient le projet de la Cité des Halles, démarche d’urbanisme transitoire lyonnais porté par UrbanEra, et surtout cadre idyllique de ce festival au parfum estival. Une manière de confronter, encore, les aspirations et les rêves des citadins avec les enjeux très concrets de la fabrique urbaine.

La ville de demain, c’est celle d’aujourd’hui. Nous sommes notre futur !” C’est par ces mots que Patrice Duchemin analyse la ville de demain – faisant écho aux propos de Sylvain Grisot énoncés quelques minutes auparavant. C’est donc l’observation des tendances actuelles qui permet d’identifier les directions que prendront les villes de demain – car ces tendances sont le reflet des désirs et aspirations profondes des citadins, comme l’explique Patrice Duchemin :

La ville ne se transforme pas à coup d’architecture et d’urbanisme, mais elle se transforme à coup de visions. C’est le pouvoir des imaginaires qui va transformer la ville. Et l’imaginaire se construit sur une insatisfaction : c’est *parce que* la ville m’insatisfait [en tant que citadin] que je vais modifier mon comportement pour adapter la ville à mes désirs, plutôt que d’attendre que la ville s’adapte à moi. L’imaginaire, c’est le moteur du changement.

De là, le sociologue propose “4 imaginaires pour lire la ville”, une grille de lecture pour identifier les visions qui fondent les espaces urbains de demain. Patrice Duchemin les détaille avec force et exemples, en particulier des commerces qu’il repère en se perdant dans les rues et les pages des magazines féminins – une méthode de travail inspirée par Pérec et appliquée au marketing contemporain. En guise de première clé de lecture, le sociologue évoque “l’imaginaire de la fluidité” : “Nous voulons une ville qui nous répond au doigt et à l’œil. Le vélo, c’est le symbole de cette fluidité. On doit être dans un continuum permanent.” Le deuxième imaginaire fait office de préliminaire avant la table ronde suivante, puisqu’il s’agit de “la nature réparatrice”. Une nature partageuse et intergénérationnelle faite de potagers partagés, de petits producteurs qui entrent dans la ville grâce aux AMAP et aux magasins bio… et qui ouvre inévitablement sur la troisième entrée proposée par Patrice Duchemin : “l’imaginaire du village”, et même de la place de village. “Les mots-clés sont l’appartenance, la reconnaissance, l’entre-soi”, commente-t-il ainsi.

En guise de conclusion, le sociologue tire de son chapeau un quatrième item qui se fonde parfaitement dans le décor, puisqu’il convoque “l’imaginaire de la ville interstitielle”, en écho au projet d’urbanisme transitoire qui accueille le Festival. Selon lui, la friche “vient provoquer de l’étonnement, de la surprise.” Et c’est justement ce dernier point qui a motivé Claudie Jacoutot et Orbiane Wolff, à développer conjointement le projet de la Cité des Halles. Claudie Jacoutot détaille l’envergure et les objectifs de cette ambitieuse démarche.

Sur cette friche de quatre hectares, on a souhaité travailler en particulier sur les imaginaires du village et de la ville interstitielle. On veut développer un projet urbain à moyen terme et durant le temps long de la mutation urbaine, on a voulu mettre en place des occupations temporaires. Ce sont les commerces et services qui sont plébiscités [pendant la période d’ouverture au public] que l’on retrouvera dans les rez-de-chaussée du projet à venir. C’est un peu une démarche d’aménagement inversé !

Le projet de la Cité des Halles illustre ainsi le “pouvoir des imaginaires” pour amorcer de nouvelles pratiques urbanistiques, en l’occurrence l’intégration des démarches transitoires dans les métiers de l’aménagement et de la promotion immobilière.

Quid de Superposition, association de promotion des artistes qui œuvre sur le territoire grand-lyonnais, et partie prenante de l’animation de la friche ? Pour Orbiane Wolff, ce type d’espaces en friche tombe sous le sceau de l’évidence pour accueillir des démarches artistiques de tous ordres :

On rencontre habituellement un problème : la délocalisation des forces créatives en périphérie de nos villes [faute d’espaces créatifs disponibles ou accessibles en cœur d’agglomération]. La demande est venue des artistes avec qui on travaille de trouver des interstices dans lesquels on peut créer des écosystèmes.

D’où l’urbanisme transitoire qui permet, à l’instar de La Cité des Halles, de transformer un simple chantier vacant en espace de création tous azimuts, réunissant l’intégralité des imaginaires convoqués par Patrice Duchemin. Ou pour le dire plus simplement, de la bouche d’Orbiane Wolff encore : “Chaque territoire est un terrain de jeu.” Comme en témoignait la vie grouillante de La Cité des Halles, en marge des tables rondes du Festival

{pop-up} urbain
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