Retours sur le Festival DLV #1 – “On peut construire de belles choses à partir des anomalies !”

9 Déc 2021 | Lecture 4 min

Le 22 septembre 2021 se tenait à Lyon le premier “Festival Demain la ville” : un après-midi d’échanges et de débats réunissant une douzaine d’invités et portant sur les nombreux défis de la ville de demain. Un Festival coorganisé par Demain la ville, la Fondation d’Entreprise Bouygues Immobilier et  UrbanEra (la marque aménageur de Bouygues Immobilier) et placé sous le signe du “rêve”. Ville rêvée, rêves de ville : comment imaginer la ville de demain pour qu’elle soit à la fois fonctionnelle et désirable ?

Comme l’a souligné la crise sanitaire de 2020, les pratiques urbanistiques contemporaines ne répondent pas toujours à ce difficile compromis entre l’utopie et le concret. Dès lors, comment redonner du sens au rêve sans perdre de vue sa nécessaire incarnation dans l’espace urbain ? Pour tenter d’y répondre, le Festival s’ouvrait sur une prise de parole de Sylvain Grisot. Face à la foule éclectique de la Cité des Halles, vaste projet d’urbanisme transitoire ouvert au public durant tout l’été, le fondateur du bureau d’étude Dixit.net s’en est donné à cœur joie pour amorcer les débats…

Visionnez la table-ronde en intégralité ici

Comment rêver la ville de demain ? Pour Sylvain Grisot, il suffit tout simplement de… regarder autour de soi. “La ville de 2050, elle existe déjà autour de nous à 80%. Par définition, on habite déjà la ville du futur ; la question c’est de savoir comment on transforme celle qui nous entoure !” Pour y parvenir, le consultant évoque bien entendu “l’urbanisme circulaire”, du nom de son ouvrage publié en 2020 et sous-titré : “Pour des alternatives concrètes à l’étalement de la ville”. Car “faire la ville sur la ville”, puisque c’est ainsi que l’on pourrait résumer l’urbanisme circulaire, n’est pas qu’une question d’ordre urbanistique. Il faut y voir une approche presque philosophique sur la manière dont on aménage le territoire, et plus largement dont on structure la société. Les confinements successifs de 2020 l’ont d’ailleurs rappelé avec une certaine acuité, renforçant le désir de maisons individuelles de certains ménages vivant dans les grands pôles urbains. “Si la traduction de l’exode urbain c’est ‘Tous dans le périurbain’, alors on va droit dans le mur”, déplore d’ailleurs Sylvain Grisot.

Faut-il quitter la ville pour être heureux ? (re)visionniez l’épisode de Fenêtre sur la ville !

Pour y répondre, il ne suffit pas pour autant de développer des projets urbanistiques en cœur de ville en pensant que cela suffira. Selon Sylvain Grisot, deux sujets méritent d’être traités de front. Le premier concerne l’offre de logements disponibles dans les grandes agglomérations :

Depuis quinze ans, on a loupé une bataille : celle du logement abordable. Aujourd’hui, on a une éviction hors de toutes les métropoles régionales des ménages qu’on a paradoxalement qualifiés de ‘travailleurs essentiels’ durant le confinement. Il faut que le coeur de la ville re-devienne abordable pour les gens normaux.

Il existe d’ores et déjà de nombreux outils pour favoriser l’accès à des logements plus abordables. Mais ceux-ci restent encore balbutiants et parfois difficiles à mettre en œuvre dans les collectivités. Surtout, ils ne résistent pas toujours à l’un des principaux écueils quand vient le temps de l’urbanisme : le manque de place. Et parmi les responsables, Sylvain Grisot identifie un coupable tout trouvé ; l’automobile, le deuxième grand levier pour rendre les villes plus désirables :

L’éléphant dans la pièce, celui que personne ne veut voir, c’est la voiture qui prend une place folle !  Il y a de la place pour construire dans la ville, notamment pour du logement abordable, mais aussi pour planter des arbres. Pendant le confinement de 2020, on s’est dit : ‘Les oiseaux sont revenus’. Mais c’est faux, ils étaient là depuis le début ! C’est juste qu’on ne les entendait pas à cause des bagnoles.

Et conclure par cette jolie formule en guise d’invitation à rêver – mais à rêver très concrètement, en s’appuyant sur les modes de vie et aspirations qui ont émergé durant la crise sanitaire : “Le confinement était une anomalie dans l’histoire de la ville, oui. Mais on peut aussi construire de belles choses sur les anomalies !” Reste à trouver comment concrétiser cette belle promesse – ou comment “l’opérationnaliser”, selon le jargon dédié. Et c’est malheureusement là que le bât blesse. “Aujourd’hui, on peut constater que ça coince. Il y a des débats et des tensions. Mais c’est bon signe : s’il y a des oppositions, c’est bien qu’il se passe quelque chose !

Son optimisme semble communicatif. Dans le public du Festival, les questions s’orientent autour de la transformation de la fabrique de la ville que tous ces nouveaux défis suggèrent. “On voit bien qu’il y a un bouleversement du jeu d’acteurs. On n’en est qu’au début”, observe l’urbaniste. Plus précisément, ces nouveaux rapports de force public/privé laissent augurer un rôle nouveau pour chacun des acteurs impliqués. En ligne de mire, la construction d’un projet de société qui réponde aux défis écologiques et urbanistiques qu’il défend :

La fabrique de la ville n’est pas organisée ou planifiée par des professions dont le métier est de structurer le dialogue démocratique. Le rôle de l’élu, c’est de faire en sorte que ce débat ait lieu localement entre les porteurs de projet et la population.

Et le consultant de conclure sur ce principe de réalité que l’on aurait parfois tendance à oublier : “Une transition, c’est se fixer un cap. Il faut se dire qu’on change de modèle, dès aujourd’hui ; et ensuite se donner le temps de se fixer la trajectoire et d’avancer collectivement.” Car après tout, comme le résume Sylvain Grisot, avec le sens de la formule qu’on lui connaît : “C’est long, de faire la ville !

{pop-up} urbain
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