Et si on repensait la ville pour les enfants ?

la ville et les enfants
1 Sep 2020 | Lecture 5 minutes

Dans leur transition vers des modèles de villes durables, les villes moyennes tout comme les métropoles font face à un enjeu majeur : rendre les centres-villes accessibles, inclusifs et agréables pour tous, mais y compris pour les plus jeunes.

La ville est-elle construire pour de jeunes urbains – étudiants ou en début de carrière – et la périphérie pour de jeunes couples avec enfants ? C’est ce qu’il ressort lorsqu’on regarde les flux de populations qui concernent les métropoles françaises. Certes, elles attirent chaque année de nombreux habitants. Mais les centres-villes des métropoles “renvoient” également tous les ans vers leurs périphéries une partie de leur population.

C’est, par exemple, le cas de la ville de Nantes qui attire chaque année près de 8 000 habitants en centre-ville (dont 77% ont entre 15 et 34 ans). En parallèle, elle perd, au profit de sa petite couronne, environ 3 000 habitants chaque année, dont plus de la moitié sont de jeunes couples avec enfants.

La vie en périphérie des métropoles semble manifestement plus adaptée pour une vie familiale : les logements y sont généralement plus abordables, plus grands, on peut y retrouver des maisons avec jardins, il y a moins de circulation automobile, moins de bruit…En somme, plus d’espace et plus de sécurité.

Mais cet exode vers la périphérie des familles avec enfants n’est pas forcément soutenable à long-terme, puisqu’il participe à l’étalement urbain, à l’artificialisation des sols mais aussi à une augmentation du trafic automobile sur des trajets domicile/travail, et donc à la congestion du trafic et la pollution atmosphérique.

Dans ce cadre, une priorité pour les collectivités serait de repenser leurs aménagements urbains pour que la ville devienne plus inclusive et accueillante pour les enfants. Voir même de penser la ville avec les plus jeunes.

L’EXEMPLE DE LA VILLE D’OSLO

La ville d’Oslo fait partie des modèles européens en matière de ville durable. Élue capitale verte de l’Europe en 2019, elle s’illustre notamment pour avoir réduit la part modale de la voiture dans son centre-ville. Mais pour aller plus loin, la ville a justement décidée d’inclure les enfants dans sa réflexion autour des aménagements urbains, grâce à une application mobile appelée Trafikkagenten.

Cette application propose aux plus jeunes une sorte de jeu de piste à l’intérieur de la ville, dans lequel ils endossent un rôle d’agents secrets chargés de signaler les dangers ou zones d’inconforts qu’ils rencontrent sur leurs trajets entre la maison et l’école. La municipalité se sert ensuite de ces données pour construire de nouveaux trottoirs ou pour moduler la vitesse de certains axes.

Il s’agit là d’un exemple parmi d’autres, à l’image de ce que propose aussi en France l’association Récréations Urbaines, qui propose des ateliers et des formations pour construire la ville avec et pour les plus jeunes. Notamment pour réaménager des cours d’écoles, des pieds d’immeubles ou encore des aires de jeu. Car une ville inclusive pour les enfants, c’est surtout une ville dans laquelle ils peuvent s’épanouir et jouer sans crainte. Ce qui nécessite beaucoup d’aménagements.

DES LIENS AVEC LES ENJEUX ÉCOLOGIQUES

La bonne nouvelle réside dans le fait que la majeure partie des aménagements à réaliser pour que les enfants (et leurs parents) se sentent bien en ville poursuit la même logique que les aménagements à réaliser pour une ville durable d’un point de vue écologique.

Il est question en particulier de la création d’espaces verts et de nature en ville pour participer à leur éveil. On parle de parcs et jardins, mais aussi de cours de récréation qui soient végétalisées et non bitumées. Et la nature, au-delà des pelouses vertes, c’est aussi et surtout la biodiversité, la possibilité de courir ou faire du vélo, de découvrir des plantes, des fleurs, des fruits. Le collectif Merci Raymond, figure de proue de la végétalisation des villes en France propose d’ailleurs depuis de nombreuses années des ateliers et formations à la nature et à l’agriculture urbaine pour les plus jeunes dans des villes d’Ile de France.

Un autre pré-requis, comme le prouve l’expérience d’Oslo, c’est la capacité de la ville à apaiser ses rues et son centre-ville aux abords des écoles, mais aussi de manière plus générale afin d’encourager les plus jeunes à pouvoir se déplacer en autonomie, à pied ou en vélo sans craindre le trafic automobile.

Et notamment de pouvoir se déplacer entre la maison, l’école, mais aussi vers des espaces de jeu, ce qui manque cruellement, en particulier des espaces de jeux accessibles à tous les enfants, y compris les personnes à mobilité réduite. On peut d’ailleurs souligner à ce sujet les exemples de villes comme Grenoble ou Vannes qui ont récemment ouvert des aires de jeux adaptées aux enfants souffrant de handicap.

Enfin, la ville de demain devra aussi réfléchir, alors que les métropoles se densifient toujours davantage, à la création de services parents/enfants qui seront, soit plus abondants, soit mutualisés pour absorber la croissance de la population. C’est toute la notion de la ville du partage ou de la ville du quart d’heure.

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