« Réinventons nos places », l’appel à projet qui réinvente la place de la Nation !

29 Sep 2017

«Donner plus de place à celles et ceux qui ont envie de vivre dans une ville plus pacifiée, avec moins de voitures et moins de stress». C’est par ces mots qu’Anne Hidalgo a lancé en juin 2015 la concertation sur le réaménagement de sept grandes places parisiennes : Bastille, Fêtes, Gambetta, Italie, Madeleine, Nation et Panthéon.

Depuis des siècles, les places sont les lieux d’expression du collectif, elles sont également le reflet des attentes sociales et citoyennes. Pour l’appel à projet parisien « Réinventons nos places », 2017 a marqué le lancement des travaux et des premières réalisations concrètes. Après avoir passé plusieurs mois dans la concertation et la conception, les divers acteurs de la ville se sont saisis de leurs marteaux-piqueurs et de leurs scies à bois. L’objectif ? Créer des lieux pour tous, apaisés, apaisants et conviviaux. Pour cela, ces points de convergence, de rencontre, doivent redistribuer leur espace de manière équitable entre les différents usagers. En effet, aujourd’hui, au sein de ces places, les voitures représentent 7% de la part modale. Pourtant, elles occupent 77% de l’espace, dans une société qui tend à sortir la voiture de ses centres urbains. Pour ce faire, ces sept places désignées doivent être repensées.

La place de Nation à Paris est en cours de réaménagement.

Source : http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/10/la-place-de-la-nation-a-paris-ne-va-plus-ressembler-a-ca_a_22033702/

Au sein de l’appel à projet et au moment de la phase de concertation, diverses attentes ont été énoncées, que ce soit de la part de la Ville de Paris, des collectifs élus pour la gestion de projet, des habitants ou des usagers en général. De quoi ces attentes sont-elles le nom ? Quelques mois après le lancement des travaux, à quoi ressemblent ces places ? En quoi leurs évolutions au cours du temps ont-elles suivi les usages et la part de symbolique qui leur étaient associés ? Nous avons tenté d’y répondre en nous penchant sur l’évolution et le devenir de l’une de ces sept places, et non des moindres, celle de la Nation.

La place de la Nation : l’histoire d’un symbole entre forme urbaine et usages urbains

Au fil des siècles, la Place de la Nation a marqué les différentes étapes de l’Histoire de la capitale, mais aussi de l’Histoire de France. Nation en tant que place voit le jour en 1660, avec Louis XIV. A cette époque, la zone ne fait pas encore partie de la ville de Paris et se constitue plutôt comme une entrée de ville, une porte. Le 26 juillet 1660, Louis XIV et sa jeune épouse Marie-Thérèse d’Autriche rentrent de leur voyage de noces à Saint-Jean-de-Luz. En leur honneur, un arc de triomphe monumental, symbole de leur retour, y est érigé. La place du Trône est alors baptisée.

Son statut change en 1792. Au lendemain de la révolution française, la place du Trône est rebaptisée, à juste titre, « Place du Trône Renversé ». La monarchie n’est plus et une guillotine est installée. Par sa position au sein de la frontière fiscale que représente le mur des fermiers, la place du trône renversée conserve cette position d’entrée de ville.

Au cours du XIXe siècle, la place du Trône Renversé devient le reflet de l’influence d’un urbanisme haussmannien et subit un agrandissement. C’est également avec la création du XXe arrondissement, né d’un regroupement des communes de Belleville, Ménilmontant et Charonne, que la place de la Nation devient une place-carrefour qui sert à assumer un croisement de circulation, à travers des formes régulières et rondes. Le rond-point central est marqué par un square circulaire et un monument. Ce sont les axes de circulation qui dessinent ce « bel ensemble d’une heureuse symétrie » comme le disait Haussmann lui-même.

La place de la Nation est une place historique de Paris.

Source : http://www.paris-unplugged.fr/1880-la-place-de-la-nation/

Ce n’est que le 14 juillet 1880 que la place prendra finalement sa dénomination actuelle, de « Place de la Nation » et l’installation de la célèbre statue du « Triomphe de la République ». A cette date, l’ensemble des façades institutionnelles publiques de la IIIe République revêtent la devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». La place est un lieu de convivialité. On y trouve un kiosque à musique, qui fera danser les parisiens. Tous les ans, les parisiens s’y retrouvent également pour la célèbre foire du Trône. La tendance est aux parcs et à la végétalisation urbaine. Les premiers arbres sont alors plantés sur la place de la Nation. En 1902, puis 1903, les lignes 2 et 3 desservent le lieu. En 1969, le bassin du Triomphe de la République sera détruit pour le passage du R.E.R A.

Aujourd’hui, la place de la Nation reste symbolique, car constitue le départ de toutes les manifestations, tournée vers la Bastille. Entre sa période de création sous le règne de Louis XIV, sa constitution en tant que place sous Napoléon III et son expression en tant qu’espace républicain, la place se constitue au gré d’une évolution conjuguant sa morphologie, la symbolique de son espace et les usages qui s’y déroulent.

Quel visage pour la Nation de demain ?

La place de la Nation dessert 11 voies de circulation, quatre lignes de métro une ligne de R.E.R. et se situe au cœur de trois arrondissements : le 11e, le 12e et le 20e. Celle-ci s’organise autour un rond-point qui accueille le Triomphe de la République œuvre de Jules Dalou, entourée d’un jardin circulaire. A partir des années 60, l’ensemble des activités qui s’y déroulent, dont la Foire du Trône, sont délocalisées pour laisser place à la circulation automobile. Depuis ce temps, la statue n’est accessible que les jours de manif, quand, par force, la circulation est interdite.

Face à ces divers constats, l’appel à projet « Réinventons nos places » s’est déroulé dans la redéfinition des attentes collectives. Plusieurs objectifs ont été affichés par la Ville de Paris. Il faut rééquilibrer l’usage de l’espace public en faveur des mobilités douces et en réduisant la place de la voiture. Il faut adapter l’espace public aux nouvelles attentes des usagers en en faisant un lieu de rencontre, d’innovation, de création et d’invention. Le remodelage de ces places doit également répondre à l’impératif écologique d’une ville plus végétale, plus circulaire, plus résiliente, adaptée aux enjeux du changement climatique. Elément particulier à noter, seuls 30 millions d’euros seront employés pour le réaménagement de l’ensemble des places, alors que 24 millions avaient été dépensés pour la seule la place de la République. Le projet doit se réaliser dans la sobriété, sans prétentions et économiser les moyens.

Schéma du projet de nouvel aménagement de la place de la Nation à Paris.

Source : http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/10/la-place-de-la-nation-a-paris-ne-va-plus-ressembler-a-ca_a_22033702/

 

En ce qui concerne la place de la Nation, c’est le collectif Coloco, expert du co-construire, qui est en charge du projet. Après de longs échanges avec les usagers et habitants, le projet a été défini.

L’anneau central est agrandi et en partie végétalisé afin que chacun puisse profiter du square et du vaste espace rendu aux piétons. Pour cela, la circulation automobile sera limitée en réduisant le nombre de voies de moitié. Quatre voies seront réparties sur 12 mètres contre les huit voies sur 26 mètres précédentes. Cette transformation permet de gagner 50 % d’espace supplémentaires pour les piétons, soient près de 7 000 m². Aussi, la traversée de la place pourra s’effectuer en une seule fois, ce qui permettra à ces piétons de retrouver une accessibilité au terre-plein central.

La circulation automobile sera également réduite, par la piétonisation de trois axes donnant sur la place. La réorganisation des arrêts de bus et de la desserte permettront de favoriser l’utilisation des transports en commun. Depuis le mois d’avril, la refonte de la circulation a été mise en place par des aménagements provisoires.

Depuis, Coloco a débuté la co-construction de «Jardination» et invite les Parisiens à participer à la création et la plantation de nouveaux jardins et à la fabrication des différents mobiliers. Une invitation à l’œuvre, à prendre part manuellement à la construction de l’espace public dans la convivialité et le partage. La Nation du XIIème siècle sera future place-jardin !

L’urbanisme des places représentatif de l’évolution de la société

« Apaiser l’espace public, rééquilibrer les usages au profit des piétons, des cyclistes et des transports en commun, valoriser et développer les espaces naturels, telles sont nos grandes ambitions pour faire de notre capitale une ville bienveillante, harmonieuse, durable et accessible pour tous. Imaginer de nouveaux usages, remettre en question nos habitudes… C’est à partir de votre envie de vivre la ville que nous construisons ensemble les places de demain. », Anne Hidalgo.

La mise en œuvre de ces projets est révélatrice d’une nouvelle conception du projet urbain, qui passe par la concertation, la collaboration entre les acteurs, mais surtout par la mise en action collective. Ceux-ci déploient un nouveau cadre de vie plus vert, plus mesuré dans lequel nous souhaitons vivre collectivement demain.

Coloco invite les Parisiens à participer à la création et la plantation de nouveaux jardins et à la fabrication des différents mobiliers.

Source : https://www.paris.fr/actualites/reinventons-la-nation-4701

La révolution passe d’abord par la conception du projet. En effet, une phase importante de concertation avec les habitants, que ce soit par le biais de réunions, d’ateliers ou encore via la plateforme « Madame le maire, j’ai une idée ». Ensuite, le projet se fait dans la plus grande des sobriétés avec un budget pour sept places équivalent à celui alloué pour la rénovation de la seule place de la République uniquement. Les aménagements sont légers, avec des conséquences lourdes sur la morphologie et l’organisation urbaine.

Ensuite, les projets sont pensés dans une certaine forme d’adaptabilité. En effet, en avril dernier les premiers aménagements ont été amorcés en lien avec les usagers. En effet, une « demolition party » a été organisée par la Ville de Paris. Une démarche participative et citoyenne qui a eu pour objectif de détruire l’asphalte de certaines portions aujourd’hui dédiées au développement de la végétation urbaine. 1 000 m² de trottoirs en mauvais état ont donc été détruits par le grand public. Les axes, qui à terme seront uniquement dédiées aux mobilités actives, ont été fermés à la circulation automobile. Cependant, cette fermeture peut être réversible : de simples blocs de béton coupent la route. Une phase test d’un an est prévue. Si en avril prochain cet aménagement convient parfaitement, les travaux seront réalisés de manière plus pérenne. Si l’appropriation de l’espace se fait d’une manière inattendue, ils pourront alors évoluer.

Une demolition party a été organisée sur la place de la Nation.

Source : https://www.paris.fr/actualites/reinventons-la-nation-4701

« L’idée est de tester in vivo la conversion de ce lieu de passage en lieu de vie, marchable et végétalisé. Ce dispositif provisoire permettra de voir comment ça fonctionne et de réajuster le projet si nécessaire, avant de lancer le chantier d’aménagement », explique au JDD Jean-Louis Missika, adjoint en charge de l’urbanisme à la mairie de Paris.

La végétalisation de la place de la Nation est lancée.

Source : https://www.paris.fr/actualites/reinventons-la-nation-4701

Dans la manière d’aborder le projet urbain ici le placekeeping est venu s’ajouter au placemaking. Cela signifie qu’en plus de développer la co-construction, en lien avec les usagers, la logique de conserver l’existant prévaut et également encouragée par la modestie du budget alloué. L’enjeu principal ?  Produire une ville plus réversible, qui s’adapte à l’évolution de nos modes de vie.

Lumières de la Ville

Vos réactions

Maljette-Topi Philippe 3 octobre 2017

bonjour
Ne croyez pas que je suis contre les changements de la place de la Nation de plus je ne viens pas en voiture sur mon lieu de travail, mais vous avez fermé trois rues d’accès pour lesquelles je ne comprend pas l’intérêt. Pour vous parler de la rue que je connais et ou j’ai mon commerce le jour ou vous avez réduit la circulation j’ai perdu 30 % de ma clientèle je viens de licencié un employé et un deuxième va suivre d’où ma colère vous auriez eu la délicatesse de penser au commerçants, pour information la partie fermée entre la place et la contre allée sert de tripot et de bar illégale. Ne me dite pas que la circulation des voitures ne change rien aux commerces faux pour info le dimanche sans voiture j’ai eu trois annulations et une table réservée n’est jamais venue
je me doute bien que mon message vous importe peu mais dans le futur quand vous vous rendrez compte qu’il est impossible de trouver un boulanger ou un magasin alimentaires ce serra trop tard
Merci de m’avoir lue
Maljette-Topi Philippe

Yann Chetrit 3 octobre 2017

Ce qui pose un peu de problème sur la place de la Nation, c’est la sculpture qui mobilise trop de place sur la place.
La sculpture n’est pas très lourde, c’est creux, nous avons les moyens de levage pour la déplacer, il faudra simplement refaire la base.
je propose de la déplacer vers la tangente à l’avenue Saint -Antoine
les effets seront :
1- libérer une pelouse ou un espace plus vaste non circulaire, sont pouvant recevoir des activités.
2- Augmenter l’effet scénique venant de l’avenue Saint Antoine la sculpture va paraitre plus spectaculaire, elle apparaitra mette sur la ligne de ciel ( en contre jour)
3- Si elle est déplacée, la statue ne sera plus dans l’axe des autres avenues radiantes et ouvrira la perspective plus loin.

zipper 4 octobre 2017

C’est marrant comment la mairie de Paris s’occupe de réinventer les places de Paris, mais en y regardant de plus près, plutôt de Paris Est, et ne touche pas a Paris ouest…
On en est ou avec, l’arc de Triomphe, la concorde, Victor Hugo, le troca etc… ?
C’est pareil avec les limitations a 30, la même carte…
On ne touche pas a Paris Ouest, dites moi pourquoi?

leclercq 27 novembre 2017

bjr
Ce que je vois c’est que ce matin les grands platanes ont été coupé !
150 ans pour finir dans la cheminée de Madame hidalgo …. bravo

RANDON 28 novembre 2017

Bonsoir
Ce que je vois également c’est que les grands platanes ont été coupés!!!!
Pendant la nuit, en douce, quelle honte, quelle tristesse…
Merci Madame Hidalgo, que faites-vous de notre quartier?

RANDON 28 novembre 2017

Quelle tristesse, les platanes de la place de la Nation abattus en pleines nuit, en douce, quelle honte Madame Hidalgo, quel massacre, pourquoi vouloir balayer ce qui est beau et fonctionne???

tipiak 30 novembre 2017

Mme Hidalgo et ses architectes à gogo ont coupé des arbres datant d’avant 1880 !!!!!! Ces arbres faisaient partie du patrimoine parisien.
On nous parle de végétalisation et on coupe des arbres sains, non malades qui ont plus de 200 ans. Quelle HONTE ! C’est inacceptable (mais trop tard le mal est fait) et rien n’était précisé dans les projets, les arbres figuraient sur les plans. Nous voila mis sur le fait accompli, un désastre cette décision.

Sinon fermer toutes les routes et faire passer toutes les voitures rue Fabre d’Eglantine ou Avenue Philippe Auguste sans modifier les temps des feux rouges. Super idée, vous étes sur ? car qui dit feu rouge encombré et saturé dit pollution maximale. On y est ! Encore un non-sens, surtout pour les riverains et les piétons.

Enfin les zones pietonniéres et vélo mélangées sur une partie de la place, c’est juste du grand n’importe quoi. Les cyclistes manquent de percuter des piétons tout le temps et les piétons de se faire percuter à chaque instant. Une idée de génie aussi ?

Bref c’est comme toujours. Ceux qui réfléchissent aux projets ne sont pas les usagers, juste des bureaucrates qui pensent à l’argent. Ceux qui dessinent les plans ne se posent pas les bonnes questions.

Je suis furax, énervée et dégoutée par tout ces changements dont je ne vois pas le bénéfice.

Signé une habitante du quartier qui ne se sent plus chez elle.

Aude Mabille 8 décembre 2017

Très triste pour les platanes moi aussi, le choc de voir couper ces arbres centenaires… et ils me manquent beaucoup

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