Bricolages urbains, une alchimie en construction

12 Nov 2015

Depuis quelques années, l’idée d’une ville « bricolée » par ses habitants fait son bonhomme de chemin dans le paysage urbanistique. Loin d’être une irréaliste utopie, cette perspective semble bien partie pour s’inscrire dans le marbre de la ville, notamment grâce au ralliement de quelques grands acteurs privés…

A quoi ressemblerait une ville si les habitants s’en emparaient concrètement ? Nous ne parlons pas ici de concertations et autres processus urbanistiques « participatifs », mais bien d’une ville littéralement bricolée par tout un chacun… Une ville « DIY », comme disent les anglo-saxons, c’est-à-dire régi par le mantra du « Do It Yourself » (Fais-le toi-même). L’idée peut sembler réjouissante au premier abord – elle l’est définitivement –, elle n’en soulève pas moins de nombreuses questions, à la fois sur le plan démocratique, urbanistique, mais aussi esthétique. Si nous avions évoqué la plupart de ces enjeux dans un précédent billet, il nous semble aujourd’hui nécessaire de s’y replonger pour mesurer le chemin parcouru en presque deux ans. Les choses commencent à bouger, et ce qui était hier sporadique tend à s’institutionnaliser…

Crédit photo : jmm-hamburg – « Urban DIY-Hollywood-Schaukel »

Crédit photo : jmm-hamburg – « Urban DIY-Hollywood-Schaukel »

Quelle implication pour les grands acteurs du bricolage ?

En effet, un phénomène relativement nouveau est venu mettre son grain de sable dans la culture du « hacking urbain », jusqu’alors limité à des initiatives certes prometteuses mais au final relativement isolées. Voyant poindre la vague, divers acteurs privés se sont ainsi saisis des thématiques DIY, et notamment les grands pontes du bricolage. Ceux-ci y voient le prolongement naturel de leur cœur de métier, et entreprennent donc de promouvoir ces méthodes auprès de leurs clients. Castorama avait par exemple profité du OuiShare Fest 2014 pour annoncer une série d’initiatives relatives à l’économie collaborative en général, et à l’intégration des « makers » en particulier (nom donné aux promoteurs de ces méthodes DIY). De même, Leroy Merlin s’est lancé « à l’assaut du public des fablabs », en signant début 2015 un partenariat avec Techshop, spécialiste de la création des fablabs susnommés.

Ces deux exemples, parmi de nombreux autres, témoignent d’un changement de perception. Longtemps cantonné aux marges de l’économie traditionnelle, la culture DIY pénètre le grand public par le truchement des grands acteurs, dont on connaît la force de frappe. Si l’alchimie se construit entre « makers » et grands opérateurs du bricolage, celui-ci pourrait connaître une intéressante accélération. Et qui dit bricolages, dit logiquement bricolages urbains…

La communauté des makers au service de la ville

Certains signes avant-coureurs, tels que la popularité des « bombes à graines » sur certains forums de jardinage, laissent supposer une enthousiasmante porosité entre cultures urbaines et bricolage « traditionnel ». Il existe ainsi de nombreuses initiatives locales, par exemple pour construire son propre banc de quartier… mais aussi et surtout une véritable communauté d’acteurs impliqués dans le mouvement, contribuant à populariser ces usages auprès du grand public. Il n’est ainsi pas rare de voir un « Youtubeur » bricoleur ou jardinier s’intéresser à la ville, à l’image du célèbre Olivier Chambon qui avait « hacké » le métro parisien, en 2010 déjà :

De fait, la démocratisation des cultures DIY ne se fera pas sans ces pionniers d’un nouveau genre… avec, in fine, leur intégration dans la ville. Déjà, des collectivités comme Paris définissent des « permis de végétaliser », afin de stimuler les initiatives individuelles ou associatives en faveur du « guerrilla gardening »… mais aussi de lui conférer un statut réglementaire, nécessaire à sa bonne acceptation par les autres acteurs de la ville. Dans ce contexte, le soutien des grandes enseignes sera sûrement salvateur pour favoriser l’intégration des bricolages dans l’écosystème urbain, notamment en termes de lobbying auprès des politiques. Car c’est en effet dans l’alchimie précédemment évoquée, entre une communauté d’individus et de grands acteurs faisant office de « porte-drapeaux », que cette culture saura apprivoiser l’espace urbain avec l’ampleur espérée…

Pour aller plus loin :

[pop-up] urbain

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