Vers une nature urbaine moins artificielle

2 Sep 2013

Des toitures végétalisées aux jardins partagés en passant par les ruches, de nouveaux espaces sont aménagés pour satisfaire la demande citoyenne pour une ville plus verte, où la biodiversité trouve enfin toute sa place. Des solutions qui permettent de rendre la nature urbaine moins artificielle.

Le jardin partagé de South Beach, à Miami, s’étend au pied des barres d’immeubles. © Kristen Taylo / Wikimedia

La relation entre nature et ville a longtemps été conflictuelle. Et pour cause puisque la cité est, par définition, « un artefact, quelque chose non seulement d’artificiel mais qui bride le naturel », comme l’écrit Thierry Paquot, philosophe et directeur de la revue Urbanisme. Il faut attendre 1860 pour que les premiers parcs urbains voient le jour en Europe. Puis, sous la pression du mouvement hygiéniste, des arbres sont plantés le long des boulevards au début du XXe siècle. Mais ces îlots de verdure sont de simples agréments dans un cadre urbain très minéral. Aujourd’hui, les parcs et les avenues bordées de platanes ne suffisent plus à satisfaire l’appétit de nature des citadins. Étouffés par la pollution et la grisaille ambiante, ces derniers veulent plus de nature en ville. L’engouement pour l’apiculture et le succès des jardins partagés prouve également leur désir de mettre la main à la pâte, de devenir acteurs de la biodiversité comme ils sont acteurs de la ville. Simple décor ou lieu de passage, la nature tend ainsi à devenir un espace vivant. Désormais, même en ville, elle se façonne autant qu’elle se contemple. Une tendance qui devrait préserver la ville verte de demain du risque d’aseptisation. Coup de projecteur sur les jardins partagés, l’apiculture et les murs végétalisables, trois expressions de cette nouvelle nature urbaine promise à un bel avenir.

Jardins partagés : le retour à la terre… en ville

Près de 80 jardins partagés ont déjà vu le jour à Paris en un peu plus de dix ans. © benoit theodore / Flickr

Apparus en France il y a un peu plus de dix ans, les jardins partagés s’inspirent des « jardins ouvriers » de la fin du XIXe siècle et des « community gardens » apparus à New York durant la crise des années 1970. Objectif : permettre aux citadins les moins aisées de cultiver leur lopin de terre pour subvenir en partie à leurs besoins, tout en tissant du lien social. Plus de 120 jardins partagés ont déjà ouvert en Ile-de-France, dont 80 à Paris. Un nombre qui devrait encore grossir dans un futur proche. En effet, le succès de ces espaces propices au « vivre ensemble » est tel qu’il faut souvent patienter deux ou trois ans sur une liste d’attente ans avant d’espérer pouvoir faire pousser son carré de pommes de terre. Urbanistes et paysagistes ont d’ailleurs bien cerné l’engouement populaire pour les jardins partagés, au point d’intégrer des espaces dédiés à l’agriculture urbaine dans presque tous les nouveaux projets d’écoquartiers.

L’apiculture au service de la biodiversité urbaine

Une apicultrice salariée de La Poste travaille sur le rucher installé sur le toit d’un centre de tri à Créteil. © Alain Bachelier / Flickr

Ce qui semblait n’être qu’une mode est devenu un phénomène de société : de plus en plus de citadins se passionnent pour l’apiculture et apprennent à choyer les abeilles. Des ruchers fleurissent dans les parcs, mais aussi sur les balcons des appartements et les toitures des entreprises. Tout le monde y trouve son compte puisque l’abeille se porte mieux en ville qu’à la campagne : elle y souffre moins des pesticides et trouve dans les parcs municipaux de quoi butiner, sans être apparemment dérangée par la pollution urbaine. Résultat : la production de miel est plus importante en ville qu’à la campagne et, souvent, de meilleure qualité. Comme dans le cas des jardins partagés, l’apiculture séduit les citadins car elle leur offre un contact direct avec la nature et leur permet de goûter, à travers le miel, au fruit de leurs efforts. C’est une façon de sortir de sa condition urbaine pour mieux appréhender la biodiversité : « L’apiculteur doit devenir un peu botaniste et chercher à identifier les principales sources de fleurs où ses abeilles peuvent aller butiner », explique ainsi Thierry Duroselle, de la Société Centrale d’Apiculture. Enrichir la biodiversité urbaine en même temps que sa connaissance des mécanismes de la nature, qui dit mieux ?

L’heure du béton végétalisable ?

Simulation d’une façade en béton végétal pour le centre culturel aéronautique de Llogregat Prat, à deux pas de l’aéroport de Barcelone. © Sergi Godia / Berta Barrio / Eloi Juvillà

Depuis quelques années, architectes et paysagistes ne jurent plus que par les murs et les toitures vétégalisées. Une solution pratique, qui permet d’assurer une isolation thermique efficace, de dépolluer l’air grâce aux « biofiltres » naturels que sont les plantes et les bactéries, et surtout de créer de nouveaux écosystèmes dans la cité intra muros. Les acteurs de la ville y voient aussi une solution d’avenir pour répondre au manque d’espace disponible dont souffrent beaucoup de municipalités. Reste à identifier le matériau qui se prêtera le mieux à être recouvert de verdure. Une équipe de l’université polytechnique de Catalogne vient ainsi de mettre au point un nouveau type de béton dit « biologique », aux propriétés miraculeuses. Ce nouveau matériau se compose de trois couches : une pour l’imperméabilité, une autre permettant de capter l’eau de pluie pour laisser se développer des micro-organismes, et une troisième qui protège les racines des plantes. Reste ensuite à laisser la nature faire son oeuvre, sans avoir besoin d’ajouter de tuteurs ou de coûteux systèmes d’irrigation.

Les villes vertes de demain seront-elles trop « propres » et aseptisées ?

* « Ville et nature, un rendez-vous manqué ? », Diogène, mars 2004, n°207

 

Usbek & Rica
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