Transition écologique : Penser la ville comme un système vivant ?

Source : SasinParaksa via Canva
21 Oct 2020 | Lecture 5 minutes

Epuisement des ressources naturelles, pollution croissante de nos espaces de vie, urgence du dérèglement climatique, les enjeux actuels sont multiples. Pour autant, ils ont un point commun : celui de tous être le résultat d’un modèle économique mondialisé, basé sur un principe de croissance infinie, devenu prédateur pour notre environnement.

Pour y remédier, la seule solution est la transition écologique de notre société. Un défi de taille qui nécessite de repenser notre manière de concevoir les villes. Ce besoin de transition prend source dans les différents déséquilibres, dont l’analyse et la prise en compte sont nécessaires pour tendre vers un modèle plus vertueux.

Et si penser la ville comme un être vivant était la solution pour mieux appréhender ses dysfonctionnements ? Et si conceptualiser nos espaces urbains comme des écosystèmes naturels pouvait permettre d’entrevoir les actions à mettre en place ?

L’écologie urbaine, point de départ d’un bousculement philosophique

Le concept d’écologie urbaine est apparu dès la fin des années 90 et son approche vise à incarner une nouvelle vision de la ville. En effet, l’écologie urbaine l’appréhende tel un écosystème où vivent les urbains. Ainsi, avec cette conception, “changer la ville” revient à “changer la vie”. Ce concept implique que la ville n’est pas un “être artificiel” figé, elle serait au contraire un être vivant capable de s’adapter.

Autre basculement, cette nouvelle conception des espaces urbains implique une responsabilité des urbains vis-à-vis de leur milieu de vie. Considérée par certains comme un milieu naturel, la ville serait alors capable d’évoluer si l’on y change les conditions de vies. En résumé, l’écologie urbaine appréhende les espaces urbains comme un écosystème dont il faut prendre soin et sur lequel il est possible d’agir pour en augmenter sa qualité.

Une idée qui vient faire évoluer le regard sur l’urbain. Avec cette nouvelle approche, la ville est en effet considérée comme un système vivant. Cette idée vient peu à peu transformer notre approche des villes pour tendre vers une conception plus systémique, permettant d’aller plus loin que la simple durabilité dont on parle habituellement.

La ville comme écosystème vivant

La ville respire, la ville consomme, la ville s’active, pour autant, fonctionne-t-elle comme un écosystème vivant ? Au quotidien, il est vrai qu’elle apporte tout un ensemble de services à celles et ceux qui habitent et pratiquent son territoire. Concrètement, elle facilite l’accès à des ressources naturelles et énergétiques, nous permet de nous nourrir, de nous loger, de socialiser et de travailler, mais elle rend aussi possible l’accès à l’ensemble des ressources sanitaires, économiques et sociales, indispensables à tout à chacun.

Le smog : une des conséquences néfastes des grandes villes - Source : @watcharlie via unsplash

Le smog : une des conséquences néfastes des grandes villes – Source : @watcharlie via unsplash

Pour atteindre cette réalité, la ville est aujourd’hui très consommatrice en ressources naturelles et énergétiques, mais également en espace. Un fonctionnement devenu insoutenable pour notre planète. Penser la ville à la manière d’un écosystème vivant, c’est donc imaginer une ville proche d’un modèle naturel. Ainsi, on peut alors tendre vers un modèle plus vertueux pour notre planète et imaginer des mécanismes de régulation proches de ceux que l’on retrouve dans la nature.

Plus concrète que le développement durable, la circularité apparaît comme une réponse de plus en plus adaptée et opérationnelle. Elle permet de dépasser la logique du développement, qui implique de suivre une succession d’actions linéaires que l’on pourrait résumer ainsi : « extraire−fabriquer−consommer−jeter ». La ville circulaire impulse donc une autre dynamique visant à concrétiser un fonctionnement urbain plus proche du vivant. À la manière des écosystèmes vivants, la ville utilise alors l’ensemble de ce qu’elle ingère, venant même à créer des services écosystémiques, afin que chaque élément entrant dans la production d’un bien finisse par servir de nouveau le système.

La circularité pour un passage à l’action

Très concrètement, c’est l’analyse du métabolisme urbain qui rend lisible le fonctionnement des espaces urbains et donne les clés de lecture nécessaires qui servent à  envisager différentes actions en faveur d’une ville plus circulaire. Le métabolisme urbain a été longtemps critiqué pour sa dimension uniquement comptable des entrants et sortants de la ville, autrement dit, de ce qui était “consommé” et “jeté”. Or, il s’avère être un véritable outil de prise de décisions pour le développement de différents projets territoriaux en faveur d’une transformation de ville, vers des fonctionnements plus circulaires.

C’est le cas par exemple de la démarche entreprise par le territoire de Plaine Commune aujourd’hui accompagnée par Bellastock pour un développement urbain qui applique les principes de l’économie circulaire au secteur du BTP. Avec les nombreux projets urbains enclenchés ces dernières années, notamment avec l’arrivée du Grand paris Express et du futur village Olympique, Plaine Commune a adopté cette méthodologie afin de penser de nouvelles filières de réemploi et de recyclage des matériaux de construction. Le moyen d’adopter une réelle circularité à grande échelle.

Récemment, ce concept a aussi fait l’actualité avec les approches d’urbanisme circulaire synthétisées au sein d’un ouvrage écrit par Sylvain Grisot. La circularité serait une réponse à la problématique de la consommation des sols. Pour éviter la production de friches urbaines ou de sols délaissés, les sols consommés ou artificialisés sont réutilisés et optimisés pour revenir dans la boucle. La ville devient alors un organisme vivant, capable de s’adapter et se régénérer.

Demain, une ville vivante qui se régénère ?

Pour que les villes deviennent des systèmes vivants, il s’agit de leur donner la capacité d’évoluer, à l’image du dynamisme des écosystèmes naturels. En effet, un milieu naturel est indissociable des multiples interdépendances qui le constituent. Autrement dit, il est le résultat des interactions mutuelles entre les différentes essences et espèces qui l’habitent, dans une logique de coopération, où les services rendus profitent à l’ensemble de l’écosystème. Il ne s’agit pas d’un système figé, mais bien vivant, qui évolue avec le temps selon les contraintes, dans un principe de coévolution entre les espèces et leur habitat.

Exemple d’approche régénérative pour le cas du traitement des déchets - Source : ecobricks.org

Exemple d’approche régénérative pour le cas du traitement des déchets – Source : ecobricks.org

Et si demain, à cette image, nos espaces urbains devenaient vivants ? C’est l’idée induite par l’approche des villes régénératives. Profondément optimiste, elle est héritière de la philosophie de Jane Jacobs qui proposait l’idée de “vitalisme urbain”. La célèbre urbaniste évoquait le fait que les villes devait développer leur vitalité interne pour trouver les graines de leur propre régénération. Est-ce que finalement la ville de Detroit n’est pas l’exemple parfait d’une ville qui a su se régénérer ? Sa résilience et son changement de modèle vers une transition écologique résultent d’un changement de modèle urbain à partir de l’existant pour survivre, adapter la ville par et pour les habitants avec par exemple la création de fermes urbaines permettant une autonomie alimentaire. Ainsi, les habitants ont créé un nouveau milieu urbain où ils pouvaient s’épanouir. Un milieu adapté aux enjeux auxquels ils faisaient face. Une ville davantage créatrice de valeurs pour le vivant.

Le concept de régénération renferme aussi l’idée de restauration et d’amélioration de l’environnement urbain et naturel. En effet, les précédents modèles urbains ont détérioré notre cadre de vie, pollué les eaux, limité la place du vivant dans nos villes et réduit la qualité de l’offre de services et leur dimension sociale. Comme l’exprime Stefan Schurig, architecte et professeur à l’université d’Hambourg, il s’agirait aujourd’hui “d’allier la restauration des écosystèmes endommagés et la régénération d’une qualité de vie urbaine imputée par la manière dont nous avions de concevoir les villes”.

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