Ré-enchanter le paysage des villes : vers une trame verte nourricière

Ré-enchanter le paysage des villes : vers une trame verte nourricière

Les étudiants de 4ème et 5ème année de l’ESAJ, L’Ecole Supérieure d’Architecture des Jardins ont rédigé des mémoires portant sur la problématique du paysage et des questions de transition écologique.  4 étudiants ont été sélectionnés pour nous livrer un rapport détaillé sur leurs travaux de recherche. Découvrez ci-dessous l’œuvre de Léa JARLIER qui s’articule autour de l’agriculture urbaine. 

L’agriculture urbaine est principalement sociale et environnementale; même si certaines formes plus intensives se développent, sa vocation première n’est pas de nourrir toute une population comme le fait l’agriculture rurale.

Elle est aujourd’hui en pleine expansion, sa démocratisation coïncide avec une réelle culture du développement durable, de la prise de conscience des limites de l’environnement et de la nécessité de pratiques plus respectueuses.

L’agriculture urbaine est bien plus qu’une tendance, c’est un sujet profond qui bride les disciplines et nous amène à s’interroger sur la manière de faire la ville et de valoriser le sens du commun. Elle donne un sens concret à diverses notions en utilisant les citoyens comme vecteur principal.

Re-végétaliser les villes et réconcilier la nature avec les citadins est aujourd’hui un axe majeur lié au réchauffement climatique et la conservation de la biodiversité. Ces orientations sont prises en compte et développées par le biais de l’agriculture urbaine, qui redessine alors des paysages comestibles adaptés à tout espace et toute situation.

Maintenant que l’agriculture en ville est mieux établie, l’idée est de créer un véritable réseau de projets d’agriculture urbaine pour repenser l’espace public comme un lieu de vie.

Lagriculture urbaine, une forme agricole diversifiée

L’agriculture urbaine est une forme de pratique agricole s’intégrant dans le paysage urbain et périurbain. C’est une agriculture multifonctionnelle dessinée par ses nombreuses typologies, répondant à des enjeux sociaux, économiques et environnementaux.

Elle joue un rôle dans le transformation des villes et dans la création d’un système alimentaire durable en réponse à des attentes sociétales par rapport à la façon de se nourrir et la préservation de l’environnement.

Le renouveau de l’intérêt pour l’agriculture urbaine et les questionnements sur notre alimentation aboutit à une grande diversité de typologies d’agricultures urbaines, au service de fonctions très diverses avec des formes en constante évolution.

Les différentes typologies se différencient selon leur contexte géographique, leur modèle économique, leur types d’espaces ou encore leur types d’activités.

Si on prend le facteur spatial, les formes peuvent aller de la production en plein air et en pleine terre à la production dans des espaces très artificialisés et contrôlés. Si on prend le facteur économique, elles peuvent être marchandes ou non marchandes et les produits vendus peuvent être alimentaires (fruits, légumes, plantes aromatiques) ou non alimentaire (produits ornementaux, biomasse).

Cette mixité et imbrication entre les typologies avec, parfois, la subtilité de leur forme, rend difficile leur hiérarchisation et leur catégorisation.

Pour bien comprendre les différences qui existent entre toutes les typologies d’agriculture urbaine, il convient de les organiser par leur finalité, finalité : créer du lien social, produire ou apporter de nouveaux services.

L’agriculture urbaine et ses différentes typologies

Un ré-enchantement des villes à la portée de tous

Ré-enchanter le paysage des villes c’est se laisser rêver de lieux sensibles où le vivant, sous différentes formes, a pleinement sa place dans les espaces urbains. Il redessine la ville et propose un nouvel imaginaire, un nouveau récit urbain.

Une transformation visible se produit et change la perception que l’on a des espaces publics, la manière de vivre et d’habiter les villes. Les espaces publics deviennent alors des lieux à fonction multiples et permettent de retrouver un lien à la terre au coeur des villes.

L’agriculture urbaine joue un rôle important dans ce ré-enchantement puisqu’elle végétalise les villes tout en invitant les citadins à se approprier leur lieux de vie. Le territoire y retrouve de la biodiversité et en retire les bénéfices d’un développement économique en circuit court.

Dans « Villes Frugales, Villes Voraces », Daniel CEREZIELLE parle des jardins collectifs comme biais d’un mieux-vivre alimentaire et d’un développement social. Pour convaincre les gens de participer à une activité de jardinage, il faut s’adresser à leur imaginaire.

La ville potagère et résiliente de Luc Schuiten (architecte et scénariste)

La ville potagère et résiliente de Luc Schuiten (architecte et scénariste)

La  création dun réseau dagriculture urbaine

L’appel à projets «Quartiers fertiles»

Depuis 2020, l’agriculture urbaine à été identifiée par le gouvernement comme un levier stratégique permettant de renforcer la dimension environnementale de 450 quartiers faisant l’objet d’un renouvellement urbain.

Un plan a été mis en place, appelé « France Relance » qui veut protéger le pays des conséquences économiques et sociales de la crise de la Covid-19. L’objectif est de bâtir la France de 2030.

« Les Quartiers Fertiles » est un appel à projet piloté par l’Agence Nationale pour le Rénovation Urbaine (ANRU) avec 75 lauréats. Il a pour ambition de déployer plus massivement l’agriculture urbaine dans les territoires en renouvellement urbain et témoigne de l’intérêt des collectivités pour cette initiative.

La transformation de ces quartiers va permettre d’aborder divers sujets tels que le logement, les équipements et les espaces publics, la mixité sociale et le développement durable.

L’opération des Quartiers Fertiles a pour but d’amplifier le nombre de projets d’agriculture urbaine au sein des quartiers prioritaires, avec une opportunité de créer des emplois locaux, d’amplifier l’insertion sociale et professionnelle tout en soutenant des formes variées d’agriculture urbaine, adaptées aux contextes spécifiques propres à chaque territoire.

Projet «Lil’Ô» sur l’Île Saint Denis et «Coeur de ville» à Epinay-sur-Senart.

Projet «Lil’Ô» sur l’Île Saint Denis et «Coeur de ville» à Epinay-sur-Senart.

Des projets de villes comestibles

L’initiative des villes comestibles permet de ramener en milieu urbain, arbres fruitiers et plantes comestibles et de les rendre accessibles à tous et à moindre coût.

Bien souvent, les jardins partagés urbains, principalement sur des petites surfaces, ne suffisent pas à rendre les villes comestibles. La ville aurait besoin de vergers, de potagers collectifs ou bien de forêts nourricières.

Différentes villes commencent à transformer leurs rues, leurs espaces publics ou leurs lieux délaissés en les transformant en véritable ensemble nourricier. La nourriture deviendrait alors un facteur d’unité et de convivialité et serait propice à la reconnexion des citadins entre eux et leur rapport à la terre nourricière.

Au-delà de produire des aliments frais, ces espaces développent un nouveau rapport à la nature et à ses ressources, favorise la conservation de la biodiversité, apporte du végétal en ville et améliore la qualité de vie des habitants.

Le mouvement social international « Les Incroyables Comestibles » est animé par l’idéal de nourrir l’humanité de façon saine pour l’homme et la planète localement, en suffisance, dans la joie et la dignité de chacun.

La multiplication de projets et d’initiatives à des échelles plus globales créée alors un réel mouvement, valorise l’agriculture urbaine et étend son rayonnement au-delà d’un projet isolé. 

La multiplication de projets et d’initiatives à des échelles plus globales créer alors un réel mouvement, valorise l’agriculture urbaine et étend son rayonnement au delà d’un projet isolé.

La multiplication de projets et d’initiatives à des échelles plus globales créer alors un réel mouvement, valorise l’agriculture urbaine et étend son rayonnement au delà d’un projet isolé.

La Seine-Saint-Denis, un territoire à fort potentiel

Une multiplication d’agricultures urbaines

Malgré une urbanisation qui gagne du terrain, de plus en plus de projets d’agriculture voient le jour en Seine-Saint-Denis. Actuellement, on recense plus de 300 lieux dont 122 en maraîchage et 13 futurs projets disséminés sur le territoire.

Les structures indiquées ont été référencées lors d’une étude menée par une association avec pour objectif de valoriser les acteurs de cette filière en 2018.

Premièrement, on remarque que les deux pôles social et économique d’agriculture urbaine coïncident avec les zones où se trouve le plus d’habitats collectifs. Dans un contexte urbain dense et sans espaces verts personnels, les habitants sont plus sujets à demander, proposer ou créer des jardins partagés avec habituellement un volet pédagogique.

On observe une condensation des jardins partagés et des pôles de sensibilisation autour de Paris, principalement dans les communes de Montreuil, Bagnolet, Saint-Denis et Aubervilliers. Il en est de même pour la majorité des espaces de productions et de ventes avec malgré tout, une uniformité sur l’ensemble du territoire.

Les jardins partagés et lieux de pédagogie et de sensibilisation représentent plus de la moitié des lieux d’agricultures urbaines dans le département, témoignant d’un besoin plus social que nourricier.

L’agriculture urbaine reste en cours de structuration, à la recherche d’un modèle viable, freinant de nombreux projets et compliquant leur financement.

Les jardins partagés et espaces de sensibilisation

Les jardins partagés et espaces de sensibilisation

Les productions alimentaires et ventes

Les productions alimentaires et ventes

Le dessin d’une trame verte nourricière

Les trames paysagères sont des maillages permettant une connexion physique entre différents espaces. Aujourd’hui plusieurs trames sont définies : trame urbaine, trame verte et bleue, trame noire liée à l’éclairage artificiel, trame brune liée aux sols ou encore trame blanche liée au son.

Beaucoup d’éléments constituant ces trames se rejoignent et s’entremêlent, pouvant ainsi être imbriqués et créer des trames mixtes.

En superposant différentes couches, on s’aperçoit d’une corrélation entre la géographie du territoire et l’implantation des projets d’agriculture urbaine.

En Seine-Saint-Denis, lorsque l’on associe les différents types d’activités d’agriculture urbaine avec les espaces verts urbains, on s’aperçoit qu’il se complètent assez bien.

On distingue deux grands axes à l’est et l’ouest du département, créant une forme de boucle pas encore affirmée. Tout le centre est dépourvu d’agriculture urbaine et d’espaces verts, dessinant une « diagonale du vide ».

L’étalement urbain a densifié la proche banlieue de Paris et repoussé les espaces verts à l’ouest du département formant aujourd’hui la ceinture verte d’Île-de-France.

L’agriculture urbaine semble suivre le même mouvement, commence doucement à s’étaler sur le reste du département et vient re-transformer les villes, les rendant vivantes et comestibles.

Carte des emprises d’agriculture urbaine et des espaces verts

Carte des emprises d’agriculture urbaine et des espaces verts

Face au développement inévitable des villes et aux défis climatiques, sanitaires et sociaux à venir, il est urgent de développer un réseau d’agriculture urbaine résilient, lien non seulement urbain mais aussi écologique, social et nourricier.

Il ré-enchante les paysages urbains et crée cette nouvelle trame verte nourricière qui, une fois pleinement intégrée au projet d’aménagement du territoire permettra une accélération des dynamiques actuelles.

ESAJ (Ecole des paysages de la transition écologique)
+ 6 autres articles

Articles sur le même thème

Réagissez sur le sujet

Les Champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Connexion
Inscription
  • Vous avez déjà un compte identifiez-vous
  • Mot de passe oublié ?
  • Vous n'avez pas de compte, créez le ici
  • * Champs obligatoires
  • Max 200ko / Min 100x100px
    choisir