Promotion immobilière, climat et biodiversité : nouveau paradigme ou greenwashing ?

© Alexandre Moulard pour Bouygues Immobilier – MIPIM 2022
13 Avr 2022 | Lecture 2 min

Il y a un mois, nous assistions sur la Croisette au grand retour du MIPIM, le plus grand événement mondial du secteur de l’immobilier. À cette occasion, Bouygues Immobilier a souhaité questionner l’articulation « Promotion immobilière, climat et biodiversité : nouveau paradigme ou greenwashing ? » en invitant autour de la table Gilles Bœuf, biologiste de renom, ancien président du Muséum national d’Histoire naturelle et vulgarisateur hors pair des problématiques liées à la biodiversité, Olivia Conil Lacoste, Directrice Développement Durable de Bouygues Immobilier, Guillaume Carlier, Directeur de la Stratégie Climat de Bouygues Immobilier et Lauren Boudard, Cofondatrice, Climax. Nous vous proposons de découvrir ici le fruit de ces échanges passionnants et sans langue de bois.

Dans le tableau de Brueghel La Chute d’Icare, on distingue au premier plan un paysan labourer, pénard, son champ, un pêcheur doublement pénard, taquiner le poisson et un berger, tout aussi paisible, contempler le ciel. Tout, à première vue, semble harmonieux, imperturbable. C’est au deuxième coup d’œil qu’on aperçoit, dans un petit coin, de minuscules jambes qui se débattent désespérément dans la mer, et qu’on comprend qu’Icare se noie dans l’indifférence générale.

Vous n’êtes pas sans le savoir, il y a quelques semaines, le groupe II du GIEC publiait son rapport consacré aux impacts, à l’adaptation et à la vulnérabilité. Ses conclusions sont effrayantes. Elles sont même si terrifiantes que le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres les qualifie « d’atlas de la souffrance humaine ». Pour rappel, le groupe I du GIEC avait évalué l’augmentation de la température à 1,1° par rapport à l’ère préindustrielle et démontré que nous avions plus de 50% de chances de dépasser les 1,5° de réchauffement à court terme, avant 2040. Or, dépasser 1,5° de réchauffement, ce n’est rien de moins qu’une question de vie ou de mort. C’est notamment ce que rappelait à l’occasion de la COP26 Mia Mottley, Première ministre de la Barbade : « 1,5 is what we need to survive ». La question qui se pose alors est simple : et si nous étions tels les paysans du tableau de Brueghel, trop absorbés par nos tâches quotidiennes pour percevoir la noyade du monde ?

Vous l’aurez compris, les demi-mesures ne sont plus une option. Et comme tous les secteurs de l’économie, le secteur immobilier doit faire face aux enjeux des décennies à venir. À l’occasion du MIPIM, nous avons pu aborder, sans langue de bois, toutes ces questions.

Le BTP, un des secteurs les plus polluants de la planète

Commençons par un constat implacable : le BTP est l’un des secteurs les plus polluants de la planète. En 2019, ses émissions ont même atteint un niveau record. L’enjeu de la décarbonation est donc considérable et c’est un secteur sur lequel on ne pourra pas se passer d’une action rigoureuse et vigoureuse.​​ Pour répondre à ce défi, la formation est un pilier essentiel dans le sens où l’ensemble des métiers est impacté par la décarbonation. «C’est un enjeu d’acculturation, à la fois sur le climat et la biodiversité, pour accompagner la montée en compétences des équipes » comme le souligne Guillaume Carlier. Mais c’est aussi un enjeu de calendrier concret qui doit s’appliquer de manière opérationnelle. « L’enjeu aujourd’hui est de décarboner la construction neuve dès maintenant et sur le temps plus long de chambouler le métier de manière plus large».

La biodiversité, grande oubliée du débat public

Si comme nous le rappelions en introduction, la question du climat est totalement occultée du débat public, celle de la biodiversité l’est d’autant plus. « Le climat on en parle peu, la biodiversité, on en parle encore moins » souligne Gilles Bœuf. Pourtant le dérèglement climatique n’est pas la seule urgence environnementale. Pendant la crise du Covid, une infographie a beaucoup circulé, elle montre 4 vagues successives qui menacent l’humanité : la première, plus petite, désigne l’épidémie de Covid, puis la récession, puis le changement climatique et enfin la quatrième, celle qui écrase toutes les autres, nous montre l’effondrement de la biodiversité. Comme le rappelle Gilles Bœuf, les enjeux autour du vivant ne se résument pas à des images dramatiques d’ours décharnés sur un bout de banquise. ​​En France aussi, la biodiversité se meurt. Ce sont des centaines d’espèces d’oiseaux et d’insectes qui sont menacées par la disparition de leur environnement. Tous ces enjeux nous concernent donc directement : « ce qui est dramatique c’est que l’on se croit à côté de la biodiversité alors qu’on est en plein dedans » assène Gilles Bœuf.

La mesure comme outil de visibilisation

L’une des raisons de la priorité accordée au climat par rapport à la biodiversité vient en partie de son absence de quantification. Comme le dit Jean-Marc Jancovici de manière frontale : « on n’a pas encore inventé la tonne équivalent grenouille jaune » pour mesurer l’impact de nos actions sur la biodiversité. Cette question de la quantification, c’est justement ce à quoi travaille Olivia Conil Lacoste avec la « calculette biodiversité » qui agit comme un thermomètre de la biodiversité. Concrètement, cette calculette permet d’évaluer les surfaces favorables à la biodiversité, qu’il s’agisse de béton, de surfaces perméables ou de surfaces végétalisées. Dès la phase de conception, c’est un outil qui embarque les équipes dans toutes les étapes d’un projet. « Plus un seul projet ne passe sans que l’on évalue au préalable son impact sur la biodiversité et le climat » rappelle Olivia Conil Lacoste. « Nous avons un double enjeu, à la fois pour limiter notre impact sur la biodiversité et ramener du vivant en ville ». Cela passe, entre autres choses par un travail systématique avec des écologues sur chacun des projets, mais aussi par un effort pour maximiser les mètres carrés végétalisés et diminuer les mètres carrés imperméabilisés, un enjeu de taille.

Repenser le métier de promoteur immobilier

Aujourd’hui, 68% de l’artificialisation des sols est due à la construction de logements neufs. Entre 2009 et 2017, l’équivalent de la surface des Yvelines a été artificialisé, au détriment des terres agricoles qui sont des puits de carbone et des forêts ou prairies essentielles à la biodiversité. Réduire au maximum le nombre de mètres carrés imperméabilisés est donc tout aussi essentiel que d’agir sur les autres causes de l’effondrement de la biodiversité : déforestation, monoculture intensive, urbanisation, chasse et la surpêche, changement climatique, pollution, sans oublier le plastique pour la vie sous-marine. Dans son plan de transformation de l’économie française, le Shift Project détaille comment toute l’industrie du bâti ​​doit être réorientée vers la rénovation. C’est le remodelage, plus profond que souligne Guillaume Carlier sur le moyen terme pour « chambouler le métier de promoteur immobilier ».

De manière plus large, l’entreprise doit également revoir son positionnement au regard de ses indicateurs financiers et extra-financiers. Comme le conclut Gilles Bœuf : « Tant qu’on pourra faire du profit sur le dos du vivant, il y aura un problème ».  Rappelant par la même occasion une évidence : « Le changement viendra de 4 piliers : la science, la politique, les ONG et les entreprises. » En clair : nous devons nous mobiliser collectivement pour changer maintenant, et rapidement.

Lauren Boudard

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