« Plan pleine terre », une solution pour ramener la nature en ville ?

©Ciljane sur Flickr
12 Avr 2023 | Lecture 3 minutes

À l’image de nombreuses autres communes, la métropole de Nantes a mis en place depuis l’été 2022 son “plan pleine terre”. Avec l’ambition de débutimiser les espaces publics, ce plan vise à retirer un maximum de bitume pour gagner un maximum de mètres carrés de pleine terre et ainsi laisser plus de place à la végétalisation. Une solution peu coûteuse qui pourrait bien avoir des grands impacts pour la ville, ses habitants et la nature en elle-même. Alors, un plan à adopter définitivement ? Désartificialiser la ville, l’enjeu du XXI ème siècle ?

L’essor des systèmes urbains complexes au cours du siècle dernier et l’apparition de nouveaux matériaux a peu à peu bétonisés les villes. Afin de faciliter le déploiement de nouveaux usages, notamment l’utilisation de la voiture, les routes, squares, places ont été goudronnés .La bétonisation de la ville a surtout permis de faciliter le quotidien des habitants, garantissant un confort d’usage identique selon les saisons et les conditions météorologiques.

Hier symbole d’innovation, la bitumisation des villes sonne aujourd’hui comme un obstacle à son adaptation nécessaire aux évolutions environnementales et climatiques. La ville doit de nouveau respirer, face aux températures et aux précipitations toujours plus extrêmes. Mais aujourd’hui, sa surbitumisation empêche les écosystèmes naturels de s’y déployer et de jouer pleinement leur rôle dans leur participation au confort urbain. Îlots de chaleur, absence de zone de pleine terre, restriction de la présence végétale, disparition des zones aqueuses… Autant d’effets qu’il est désormais temps de contrer en modifiant structurellement nos systèmes urbains.

Car une ville qui s’adapte aujourd’hui aux évolutions climatiques est une ville qui redonne de la place à la nature. Cela passe par la plantation de nouveaux végétaux et arbres, qui participent largement à la réduction de la pollution, mais aussi à adoucir les pics de chaleurs : on parle alors d’effet d’îlots de fraîcheur. Mais au-delà de l’ajout de végétation, la question du sol reste essentielle à traiter : la pleine terre se révèle indispensable au bon fonctionnement de l’écosystème naturel, elle offre des potentialités d’implantation de la biodiversité animale et végétale, mais permet également l’absorption des eaux de pluie et la régulation thermique de l’atmosphère.

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Ces surfaces de pleine terre sont donc essentielles et relativement rares en zone urbaine, mis à part dans des espaces ciblés (squares, jardins, parcs…). Afin de maximiser un maximum leur impact sur le confort et la biodiversité urbaine, elles se doivent aujourd’hui d’être multipliées, jusqu’à créer de véritables réseaux. Une mission impossible ? Pas forcément lorsqu’on s’aperçoit du nombre de mètres carrés qui sont aujourd’hui bétonnisés mais qui n’ont pas le besoin de l’être (bout de trottoir, terre-plein central, cour d’école…). Une prise de conscience qu’habitants, citoyens, associations et même collectivités sont en train d’enclencher et qui modifie peu à peu les paysages de nos villes.

De la mobilisation militante habitante à l’engagement des collectivités

Cela fait maintenant plus d’une dizaine d’années que le conseil habitant du quartier Montchat à Lyon s’est emparé de la question de la revégétalisation de leur quartier. Inspiré par la Green Guerilla, ce mouvement né aux Etats-Unis dans les années 70, visant à agir radicalement dans la revégétalisation des villes par des actions habitantes et spontanées. Le quartier Montchat, largement pavillonnaire, est déjà fortement végétalisé, mais le conseil de quartier a souhaité établir de réelles connexions entre les jardins privatifs pour à la fois permettre à la biodiversité de s’étendre, mais aussi transformer l’espace public, qui lui est en très grande partie bétonnisé. Ce travail s’est déroulé en deux temps : en premier celui du diagnostic. Grâce à une mobilisation habitante volontaire, chaque m² de béton et les usages qui lui sont associés a été analysé et recensé afin d’identifier les espaces qui pourraient à terme retrouver leur caractère de pleine terre. Ce travail d’identification a été ensuite présenté aux services de gestion des espaces verts afin d’établir un plan d’action pour à la fois supprimer les 50 m² de béton inutiles, mais aussi de les planter et de les entretenir par la suite.

Le cas du quartier de Montchat est loin d’être unique en France. Certains citoyens se structurent pour faire de ce combat une priorité. C’est le cas de l’ONG Bleu Versant de la Rochelle. En 2020, l’ONG lance le programme d’action “Sous le bitume, l’Océan !”. Ce programme vise en 4 ans à désimperméabiliser un maximum de m² en milieu urbain. L’objectif derrière cette action ? Favoriser l’infiltration des eaux de pluie pour empêcher leur pollution, recharger les nappes phréatiques, tout en améliorant la biodiversité et la lutte contre les îlots de chaleur. Soutenu financièrement par l’Agence de l’eau Loire Bretagne, le programme s’applique à la fois aux espaces publics, mais également aux cours d’école et espaces d’entreprises (parking…), et porte une forte dimension participative. Se déroulant sur une semaine, les usagers sont invités à co-concevoir en atelier la transformation des espaces étudiés, et de participer à des journées de plantation. Entre sensibilisation et action “Sous le bitume, l’Océan !” participe activement à la transition des villes.

Mais au-delà des actions émergeant des citoyens, ce sont désormais les collectivités qui souhaitent agir. À Nantes, le “Plan Pleine Terre” est la preuve même qu’avec un peu d’ambition, il est possible d’obtenir des résultats concrets. Après plusieurs étés caniculaires, où les températures ont battu des records dans le centre-ville nantais, la municipalité a décidé de renforcer ses actions envers l’amélioration du confort urbain et son inscription dans une transition durable. Le conseil municipal a adopté au cours de l’été 2022 un nouvel outil intitulé le “Plan pleine terre” dont l’objectif principal est de “Réduire les surfaces minérales, qui accentuent la chaleur et empêchent les eaux de pluie de s’infiltrer, pour restaurer des sols naturels, perméables, tout en augmentant la couverture arborée et la végétalisation sur l’ensemble de la ville”. Derrière les mots, une ambition chiffrée, puisque la ville s’est donnée en objectif en 2026 de végétaliser en pleine terre 7 hectares au minimum, soit l’équivalent de la surface du connu Jardin des plantes nantais. Le plan vise ainsi sur les 3 prochaines années à augmenter la surface de pleine terre de 15 à 25%, avec pour résultat concret l’ajout de 50% d’arbres supplémentaires.

De petites à grandes surfaces (morceaux de trottoir, délaissés urbains, parkings, cours d’école et de crèches, squares..), les projets de débutimisation viendront à terme créer de nouvelles “rues jardins”, favorisant largement l’implantation d’une nouvelle biodiversité.

Afin de sensibiliser les nantaises et nantais à ce nouveau plan inédit, la ville a d’ailleurs effectué une première transformation symbolique, à proximité du Château des Ducs de Bretagne, en invitant l’artiste Jean Jullien à venir installer un personnage unique : le “Débitumeur”.

©pascal.bernardon sur Flicker

©pascal.bernardon sur Flicker

Émanant de l’ensemble des forces habitantes, associatives, institutionnelles, les actions en faveur du redéploiement de la nature en ville, notamment à travers l’augmentation des surfaces de pleine terre, sont de plus en plus nombreuses. Une nouvelle enthousiasmante face aux enjeux de durabilité qui secouent nos villes. Souvent participatives, ces actions sont également des outils essentiels pour sensibiliser l’ensemble de la population à ces questions.

Alors qu’aujourd’hui, nous tentons de réparer nos villes de nos erreurs passées, pour les reconnecter aux écosystèmes naturels, il est également central que nous soyons ambitieux dans les projets que nous construisons : présence de parkings souterrains en cœurs d’îlot, sur-artificialisation des sols, dégradation de la végétation… Autant de pratiques qui sont présentes dans de nombreux projets et qu’il serait temps de définitivement bannir.

 

LDV Studio Urbain
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