Le patrimoine alternatif : une opportunité pour le tourisme dans la ville durable

24 Jan 2018

83 millions. C’est le nombre de touristes qui ont foulé le sol français en 2016, malgré une image dégradée de l’hexagone liée aux attentats, bien sûr, mais aussi au mauvais temps ou encore à nos sacro-saintes grèves.

Et ce chiffre fait de la France, encore une fois, la championne des destinations touristiques, loin devant les bons deuxièmes et troisièmes : les États-Unis (75,7 millions de visiteurs) et l’Espagne (75,6 millions de visiteurs). De quoi se réjouir ? Pas forcément. Car, c’est bien connu, il y a un revers à la médaille, et concernant le tourisme les conséquences de cette massification peuvent être nombreuses et désastreuses. Alors comment nos pratiques touristiques peuvent-elle évoluer ? Y a-t-il une alternative aux sentiers battus du tourisme ? Il semblerait qu’en la matière, les villes n’aient pas dit leur dernier mot : et si derrière le patrimoine officiel se cachait un patrimoine plus discret qui pourrait constituer une véritable opportunité pour des villes durables, jusque dans leurs pratiques touristiques…

Quelques chiffres clés du tourisme montrant l'importance du secteur du tourisme

Quelques chiffres clés du tourisme montrant l’importance du secteur (c) Juliette Fontaine

Sortir des sentiers battus

Le tourisme est un secteur indispensable de l’économie des territoires. Dans le monde, 1 emploi sur 11 est lié au tourisme. Pas question, donc, d’imaginer une transition vers des villes durables sans inclure ce secteur clé. D’autant plus que ce dernier est souvent pointé du doigt pour son manque de contribution au développement durable des villes. En cause, le tourisme de masse et ses impacts : les sites touristiques majeurs, pour la plupart des éléments issu du patrimoine naturel ou culturel, se retrouvent congestionnés. On estime par exemple que 10 tonnes de déchets jalonnent les sentiers de l’Everest. On peut également citer le Machu Picchu menacé d’effondrement à certains endroits à cause de l’érosion accelérée par les millions de pieds qui en foulent le sol. On assiste aussi à une « air b n b-sation » des villes dont certaines comptent désormais plus de logements dédiés aux touristes que de logements prévus pour les habitants, entraînant ainsi une hausse des loyers et un mécontentement des locaux. Mais pour le touriste aussi les impacts sont importants : souvent il se retrouve déçu à cause de l’attente importante, du stress provoqué par la foule ou encore de la pollution visuelle générée par l’affluence de monde. Il est donc important de créer de nouveaux itinéraires, permettant de rééquilibrer l’afflux des touristes sur l’ensemble d’une ville et non plus sur quelques points phares.

L'envers du décor au Machu Picchu : un site dont la pérennité est menacée à cause des activités touristiques intensives

L’envers du décor au Machu Picchu : un site dont la pérennité est menacée à cause des activités touristiques intensives (c) Juliette Fontaine

 

Pour un tourisme à vivre

Alors, pour sortir des sentiers battus, il existe de nouvelles façons de découvrir les villes. Il s’agit d’inviter les visiteurs occasionnels à faire véritablement partie des villes : ainsi, par exemple, on ne cherche plus à « faire New York » mais à « vivre New York ». Et le participatif a dans le domaine du tourisme aussi sa carte à jouer. On a vu, notamment, depuis quelques années se développer le phénomène des Greeters, ces habitants bénévoles qui invitent les touristes à découvrir leur ville gratuitement. On peut ainsi arpenter les villes en découvrant un autre patrimoine, moins mis en avant dans les guides touristiques. Car il existe en effet une grande diversité de patrimoines constituant autant d’alternatives au patrimoine dit officiel. Ce patrimoine alternatif possède les mêmes qualités que le grand patrimoine mais il n’est pas reconnu officiellement alors qu’il fait tout autant partie de l’identité et de l’essence des villes. Ce patrimoine permet d’offrir un nouveau regard sur la ville, un regard inattendu et surprenant tout en décongestionnant les sites touristiques. A Nantes, chaque été une ligne verte peinte au sol symbolise l’arrivée de l’événement « Le Voyage à Nantes ». En la suivant, on est amené à (re)découvrir la ville autrement, mettant ainsi en lumière des lieux méconnus ou étonnants de la ville. L’été 2017 a ainsi été marqué par l’ouverture au public de la prison désaffectée de Nantes investie pour l’occasion par des artistes, permettant ainsi de découvrir le lieu autrement avant sa destruction. Le patrimoine alternatif permet donc aux touristes de s’intéresser aux villes différemment.

La prison de Nantes réinvestie par des artistes

La prison de Nantes réinvestie par des artistes dans le cadre de l’édition 2017 du Voyage à Nantes (c) Zélia Darnault

 

Le design comme révélateur du patrimoine alternatif

Mais un des soucis que rencontre le patrimoine alternatif, ce qui fait d’ailleurs aussi son charme, c’est que pour y accéder il faut le connaître. Comment alors révéler ce patrimoine alternatif ? Pour Juliette Fontaine, étudiante en deuxième année de cycle Master Ville Durable à L’École de design Nantes Atlantique, une des réponse peut résider dans le design.  Pour Juliette, le designer peut aider à recueillir et à transmettre le patrimoine alternatif. Elle a ainsi proposé plusieurs concepts permettant de mettre en valeur autrement le patrimoine. « Basculez » est un concept permettant aux usagers de prendre le temps d’obseerver, de ressentir, d’être plus attentif à l’environnement urbain alentour. Pour Juliette, « l’idée est de changer sa position dans l’espace grâce à un mobilier urbain surprenant, légèrement basculé en arrière. L’usager a ainsi une nouvelle vision sur la ville, il peut ainsi remarquer tous les petits détails qui font l’âme d’une ville.

 

concept de mobilier urbain surprenant proposé par Juliette Fontaine invitant à voir la ville différemment

« Basculez », un concept de mobilier urbain surprenant proposé par Juliette Fontaine invitant à voir la ville différemment (c) Juliette Fontaine

Juliette a également envisagé un concept de récolte et de transmission du patrimoine alternatif nantais. Intitulé « Nantes autrement », ce concept est composé d’un outil numérique couplé à un espace physique éphémère d’exposition permettant de transmettre les information recueillies. Enfin, Juliette a proposé « au quotidien », une application permettant elle aussi de récolter et transmettre le patrimoine alternatif sous une forme plus ludique. Avec ces différentes propositions, Juliette entend prouver que le patrimoine alternatif  est une plus-value pour le tourisme dans la ville durable.

Par Zélia Darnault, enseignante à L’École de design Nantes Atlantique

L'École de design Nantes Atlantique

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