L’urbanisme circulaire, une solution pour construire la ville sur la ville

Kwon Junho - Unsplash
17 Mar 2021 | Lecture 4 min

Théorisé par l’urbaniste nantais Sylvain GRISOT, l’urbanisme circulaire est un ensemble de pratiques et préceptes qui visent à réduire l’étalement urbain et lutter contre l’artificialisation des sols.

L’équation est désormais connue depuis longtemps : la population s’accroît inexorablement, il faut donc plus de terres cultivables pour la nourrir et plus d’espace disponible pour la loger. Or, la surface au sol disponible n’étant pas extensible à l’infini, si rien ne change, il faudra donc un jour choisir entre se nourrir et se loger.

C’est donc pour éviter d’en arriver là que les pouvoirs publics tentent de réguler l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. En particulier avec l’objectif “Zéro Artificialisation Nette” inscrit dans le Plan Biodiversité de 2018 et qui ressemble à une forme de “neutralité foncière” pour la France à l’horizon 2050. Une vision où l’on pourrait renaturer ou réhabiliter des surfaces égales aux surfaces consommées par l’urbanisation.

Un principe élégant, basé sur le même mécanisme que la compensation carbone et qui, à l’image de la compensation carbone, est profondément imparfait. D’abord parce que la réhabilitation des friches est un processus long, difficile et coûteux. Ensuite, parce qu’on ne sait pas toujours dépolluer un sol. Enfin, parce que si nous savons construire des logements sur des terres agricoles, il est souvent impossible de transformer un ancien sol urbain ou industriel en terre propice à l’agriculture.

La compensation, si elle n’est pas inutile en certaines circonstances, ne peut donc être vue comme un aboutissement. Et pour réduire l’étalement urbain et préserver les terres arables, il faut donc s’atteler dès maintenant à la densification des villes.

Grande rue - manuel reinhard - unsplash

Grande rue – Manuel REINHARD – unsplash

Densifier la ville est un impératif écologique

Chaque année, 30 000 hectares de terres sont artificialisés pour permettre l’étalement urbain, soit la surface moyenne d’un département français tous les 20 ans. Et le paradoxe, c’est que nos villes grandissent trois fois plus vite que leur population.

La densification des villes est donc la seule solution pour freiner cet effrayant rythme. Et elle s’adresse à toutes les collectivités, partout sur le territoire, qu’on soit une capitale, une ville moyenne ou une petite commune. Car c’est avant tout un état d’esprit dont il faut s’emparer et qui nous pousse à penser mieux notre utilisation des sols, des bâtiments et des axes de communication.

Ainsi, au même titre qu’on a construit, à partir des années 1970, la ville en fonction de la voiture, nous devrions donc désormais la penser avec un nouveau paradigme : celui de la sobriété et de la mutualisation des usages. Mais la bonne nouvelle, c’est que les possibilités sont multiples pour y arriver.

En effet, on peut considérer qu’à l’heure actuelle, environ 50% à 70% d’une ville est constituée de routes et de places de stationnement ou de parkings. Repenser le stationnement, par exemple, est l’une des pistes envisagées pour gagner de la place et du confort dans les zones urbaines. En particulier pour y ramener du végétal et de la nature, ce qui nous fait particulièrement défaut. C’est une tendance qui se confirme dans de nombreuses villes, de Pontevedra à Copenhague en passant par Paris. La place de la voiture est de toute façon à revoir d’une manière plus globale puisque leur utilité dans les villes est de plus en plus remise en question, tant l’usage des mobilités douces est plus avantageux à tout point de vue : écologique, sanitaire et même commercial. La voiture, finalement, sert surtout à rejoindre les zones périphériques de la ville, là où nous avons construit ces 30 dernières années des zones commerciales et des lotissements.

Mais au-delà de ça, un certain nombre de bâtiments sont aujourd’hui inoccupés une grande partie de la journée ou de la semaine. Des friches industrielles sont à réhabiliter. Il y a aussi des possibilités de construction dans des espaces comme les jardins privatifs. La répartition des commerces et des services de proximité à repenser. C’est la mouvance de l’urbanisme environnemental qui émerge ces dernières années, avec des concepts comme la ville du quart d’heure, la ville du partage et, désormais, de l’urbanisme circulaire. Des notions qui doivent nous permettre de réussir cette densification des villes sans que les habitants ne perdent en qualité de vie.

Circulation - earth dXux - unsplash

Circulation – earth dXux – unsplash

Les 3 principes de l’urbanisme circulaire

Au même titre que l’économie circulaire s’appuie sur l’écoconception, la réparation et le réemploi – avant de penser au recyclage – l’urbanisme circulaire repose sur trois grands principes :

En premier lieu, il y a la mutualisation ou l’intensification des usages afin de permettre aux bâtiments d’être exploités au meilleur de leur possibilité. C’est le cas, par exemple, du Mab’Lab, un restaurant universitaire parisien qui devient un espace de co-working pour les étudiants et les entrepreneurs le reste de la journée après quelques réagencements quotidiens. Pour Olivier PADIS, du Think-Tank Terra Nova et auteur d’un rapport intitulé « mieux vivre dans la ville dense », l’idée de partager les espaces dans la ville « permettrait sans doute de pouvoir allouer différemment au moins 20% des espaces« . Ce qui ouvre des perspectives intéressantes pour éviter de s’étendre.

Le second principe, pour ceux qu’il n’est pas possible de réutiliser comme tel, consiste à les transformer de manière modulaire afin qu’ils puissent s’adapter à différents usages sur toute la durée de leur vie. C’est notamment, pour le bâti neuf, l’idée de la construction modulaire.

En dernier lieu, après optimisation et réemploi, il y a évidemment le recyclage, afin que les constructions d’hier puissent servir à nouveau et que nous puissions anticiper le retour à la nature de certaines friches commerciales et industrielles;

3 grands principes qui s’appuient aussi sur des notions propres à la construction durable : utilisation de matériaux biosourcés, approvisionnement local, éco-construction, récupération et valorisation des déchets de chantiers.

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