La dépollution des friches industrielles, un enjeu pour la ville de demain

La dépollution des friches industrielles, un enjeu pour la ville de demain

16 Fév 2021 | Lecture 5 min

La logique “zéro artificialisation nette” remet sur le devant de la scène la dépollution des friches industrielles et commerciales, qui sont des opportunités à saisir pour reconstruire durablement la ville sur la ville autour de multiples enjeux.

La lutte contre l’artificialisation des sols est un enjeu majeur pour le développement des villes. Elle s’inscrit dans une réponse à cette problématique : la population augmente, ce qui mécaniquement entraîne l’augmentation de la demande alimentaire mais aussi l’extension des besoins en logements, ce qui n’est pas compatible.

En effet, la ville ne peut pas s’étendre sur des terres agricoles indéfiniment au risque de mettre en péril notre capacité à nous nourrir correctement. En revanche, lorsque la ville déborde sur elle-même, elle retombe presque systématiquement sur son passé industriel. D’anciennes zones laissées en friches en raison, notamment de sols pollués et dénaturés. Des friches qui se trouvent aussi parfois en cœur de ville. Elles sont aujourd’hui convoitées car ces espaces, à condition d’être correctement réhabilités, sont une mine d’or pour permettre le développement urbain. Aujourd’hui, ces zones ne sont d’ailleurs plus uniquement industrielles, mais également commerciales, militaires, ou encore routières.

Le problème, c’est que les friches sont des terrains majoritairement pollués aux métaux lourds, aux hydrocarbures ou aux solvants. Rien qui ne donne envie d’y construire sa maison, une école ou des jardins partagés. La solution consiste donc à dépolluer ces zones. Un processus à la fois long et coûteux qui nécessite de faire intervenir de nombreux acteurs et, il faut le souligner, pas toujours très écologique.

Rémi-Jouan_Wikipédia_Friche_Industrielle_Lille

Rémi-Jouan_Wikipédia_Friche_Industrielle_Lille

300 millions d’euros d’aide issus du plan France Relance

La dépollution des friches, historiquement, suit le principe du “pollueur-payeur”. Un concept qui a cependant trouvé ses limites, en particulier lorsque la friche est la conséquence, par exemple, d’une liquidation judiciaire.

Pour faciliter la réhabilitation des friches industrielles, la loi Alur a créé le statut de tiers demandeur, permettant au propriétaire d’un site pollué de le transférer à un aménageur. Une manière de permettre l’éclosion d’une filière qui permettrait de réduire les coûts, mais qui n’écarte pas complètement les risques pour les propriétaires, en particulier lorsque le terrain en question ne fait pas l’objet d’une forte pression foncière et que sa valorisation ne couvre pas la dépollution.

C’est notamment pour palier cette difficulté que le plan de relance présenté par le gouvernement pour faire face à la crise actuelle comporte un fonds friches doté de 300  millions d’euros qui doit permettre d’équilibrer des opérations déficitaires.

Une aide qui pourrait aussi servir aux villes moyennes pour lancer des projets de réhabilitation des friches, souvent bloqués à cause de la hausse du prix du foncier liés aux opérations de dépollution. Avec ce fonds, le Gouvernement espère accompagner le financement de 230 sites.

À ces aides financières existent également des outils, comme les outils cartofriches du CEREMA et bénéfriches de l’ADEME pour réaliser l’inventaire des zones industrielles et mesurer les bénéfices socio-économiques et environnementaux des projets de requalification. Il existe également des startups qui proposent des systèmes d’analyse de la pollution des sols afin de préparer les stratégies de dépollution. Des étapes essentielles à mener, et qui doivent permettre, aussi de savoir qu’en faire ensuite.

Fançois_Goglins_Wikipedia_Bordeaux

Fançois_Goglins_Wikipedia_Bordeaux

Que faire sur des friches requalifiées ?

La France compterait entre 300 000 et 400 000 friches industrielles, ce qui représente environ 150 000 hectares qui peuvent être requalifiés (ADEME – 2017). Une requalification qui permet donc de lutter contre l’artificialisation des sols et qui amène les collectivités à refaire la ville sur la ville, ce qui nous pousse également à une vision circulaire de l’urbanisme et de la construction. Les matériaux récupérés sur les bâtiments détruits pouvant être réutilisés ou recyclés.

En matière d’urbanisme, c’est aussi une question d’histoire et de sociologie. Permettre à un futur durable et désirable d’éclore sans renier le passé est un exercice périlleux mais essentiel. L’enjeu de la réhabilitation des friches, c’est également de tester de nouvelles manières de faire la ville à l’image du concept, par exemple, de la ville du quart d’heure, mais également de proposer une vision moderne et écologique de l’urbanisme. Puisque le bâti neuf ne représente que 20% de la ville de demain, ces projets de requalification doivent donc être à la pointe de ce que l’on sait faire en matière de construction durable.

C’est aussi l’opportunité pour les villes de développer de nouveaux usages, comme l’agriculture urbaine ou de renforcer l’attractivité d’un territoire avec une revitalisation du tissu économique et des commerces de proximité. Ce peut être aussi l’occasion de réfléchir à la végétalisation des espaces pour lutter contre les aléas climatiques.

La dépollution des friches, deux grandes méthodes existent

La technique la plus utilisée pour dépolluer les sols est un traitement hors-site à base de procédés physico-chimiques. On extrait les terres polluées, on les dépollue puis on les ramène. Ce qui engendre des frais de transports, de traitement et de stockage et justifie les coûts importants de la dépollution. Il est assez rare de pouvoir dépolluer sur site, où alors avec des techniques assez longues.

C’est notamment le cas de la phytoremédiation, qui consiste à utiliser les propriétés de certaines plantes pour extraire les polluants du sol. Ce recours aux plantes hyperaccumulatrices représente un avenir durable pour la réhabilitation des friches, notamment pour celles qui sont polluées au zinc, nickel, manganèse, cuivre, thallium ou aluminium. D’autant que cette technique de phytoextraction ou phytoremédiation permet ensuite de valoriser les matières extraites auprès d’autres industries.

Pour en savoir plus :

Vidéo – Comment les friches sont devenues les temples de la hype ?

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