L’évolution des “Suburbs” : le cas de Melbourne

Paysage de Melbourne ©️moerschy via Pixabay
13 Oct 2020 | Lecture 6 minutes

Longtemps élue comme la ville la plus agréable au monde, Melbourne analyse aujourd’hui l’habitabilité de ses banlieues, ces quartiers en périphérie de la ville centre nommés “suburbs”. Car oui, même si Melbourne affirme une qualité de vie exceptionnelle, il apparaît que ses marges sont bien moins chanceuses.

Entre l’augmentation des problématiques de trafic, les enjeux de densification et d’étalement urbain, mais aussi le changement des modes de vie, comment se transforment aujourd’hui les banlieues de Melbourne ? En quoi cela nous éclaire sur les enjeux actuels des “suburbs” à l’anglo-saxonne ?

Entre banlieues françaises et suburbia anglo-saxonne

Bien que les deux termes “banlieue” et “suburbia” définissent généralement le même type d’espace urbanisé, leur histoire et leur aménagement sont pourtant bien distincts. Rappelons dans un premier temps les définitions de chaque terme afin d’appréhender leur évolution de manière plus complète.

En France, nous qualifions de banlieue la ceinture urbanisée dépendant d’une ville centre. Selon les territoires, cette notion peut couvrir une grande diversité de morphologies urbaines, ainsi que des dynamiques territoriales locales. Riche de réalités diverses, la banlieue française est encore aujourd’hui seulement associée à un habitat collectif de grands ensembles d’après-guerre. Pourtant, il existe aussi des cités ouvrières d’habitat collectifs, anciennement destinées à rapprocher les lieux de production et les logements des ouvriers dans le cadre d’activités industrielles. Aussi, on retrouve des banlieues pavillonnaires, parfois surnommées cités-dortoirs, composées principalement, voire exclusivement, de maisons individuelles.

C’est sur le modèle du lotissement que se sont développés les suburbs anglo-saxons. Une typologie urbaine qui n’a cessé d’évoluer en France. À la fin du 19ème siècle, en quête de grandes demeures et de verdure, la classe aisée parisienne investit les marges de la capitale. Les lotissements bourgeois, à Maisons-Laffitte, à Neuilly ou encore à Raincy, se multiplient et structurent l’urbanisation de la banlieue parisienne. En période d’entre deux guerres, le lotissement se rend plus accessible à tous.  Mais le contexte de l’époque, rythmé par une crise du logement et une croissance démographique en banlieue, engendrent le phénomène des mal-lotis. Le lotissement n’est alors plus réservé à une classe sociale aisée et une offre, conséquente mais défectueuse, de logements se déploie à destination des classes populaires. Depuis les années 1960 jusqu’aux années 2000, on constate un nouvel essor du lotissement et la maison individuelle, notamment facilité par un retour des politiques du logement vers un modèle pavillonnaire.

Mais quant est-il pour les anglo-saxon ? Le modèle des suburbs représente une réalité urbaine bien différente de celle que nous connaissons en France, bien que sa morphologie puisse s’y apparenter. Aux Etats-Unis, c’est plus de la moitié de la population qui habite dans ces quartiers. Ce modèle de banlieue constitue donc une centralité urbaine à part entière et va jusqu’à incarner un mode de vie. Elles représentent souvent des villes secondaires et sont généralement constituées d’une classe sociale aisée, les populations plus précaires habitant les centres-villes. Le caractère périphérique qui détermine habituellement la banlieue française est presque effacé dans la notion et la fonction du suburb. Un modèle aux antipodes de la ville marchable et dépendant de la voiture individuelle, ce qui en fait un tissu urbain très critiqué depuis l’émergence des principes de développement durable et des enjeux climatiques.

Suburb Glendale, USA ©️Avi Waxman via Unsplash

Suburb Glendale, USA ©️Avi Waxman via Unsplash

Le cas particulier de Melbourne

Capitale de l’état de Victoria en Australie et deuxième agglomération urbaine du pays, la ville de Melbourne bénéficie d’un remarquable cadre naturel, en plein cœur de la baie de Port Phillip. Dotée de vastes espaces naturels, durant sept années consécutives, Melbourne fut élue ville la plus agréable à vivre au monde dans le rapport annuel réalisé par l’Economist Intelligence Unit. Qualité de vie, attractivité culturelle, sportive et économique, engagement écologique, ou encore équipements de transport public, Melbourne s’impose dans le classement mondial comme l’une des villes les plus résilientes et dynamiques.

L’aménagement urbain de Melbourne est un exemple typique de la concrétisation de l’Australian Dream de la fin du 19ème siècle : avoir une maison individuelle avec un jardin. Souvent surnommée la ville jardin de l’Australie, le territoire concentre de nombreux parcs nationaux  à proximité immédiate des zones urbaines, qui permettent l’accès à un cadre de vie exceptionnel à proximité très attractif.

L’agglomération urbaine s’étale sur près de 9 900 km² et concentre quelques 4,485 millions d’habitants. La faible densité et l’étalement urbain qui caractérisent la ville font aujourd’hui de Melbourne l’une des villes les plus étendues au monde. Bien que les populations habitant les suburbs bénéficient d’un certain confort, d’un accès à l’extérieur, d’espaces végétalisés et surtout d’un habitat individuel, l’une des grandes limites qu’implique un tel modèle d’urbanisation est l’étalement urbain significatif qu’il engendre.

Paysage de Melbourne de sa périphérie urbaine ©️Pat Whelen via Unsplash

Paysage de Melbourne de sa périphérie urbaine ©️Pat Whelen via Unsplash

À cela s’ajoutent des enjeux liés au climat, notamment avec l’augmentation de la pollution que les trajets motorisés quotidiens entraînent pour se déplacer d’un bout à l’autre de la ville. Le réseau de transports collectifs publics étant peu développé à Melbourne et le territoire grandement étendu, la voiture est le principal moyen de déplacement des habitants et usagers. Les suburbs de Melbourne sont également des espaces urbains au sein desquels certaines inégalités sociales se creusent, comme c’est aussi le cas à Sydney ou Adélaïde.

L’extension du suburb de Melbourne entraîne en effet ces dernières années une certaine perte de la qualité de vie des habitants. Par l’éloignement des nouvelles constructions avec le ville-centre dans un premier temps, mais aussi à cause d’une transformation  progressive du tissu urbain initial des suburbs. Ce sont près de 100 000 nouveaux habitants qui arrivent dans la ville de Melbourne chaque année et avec eux un isolement spatial et social toujours plus important. De plus cet étalement urbain provoque également un appauvrissement de la végétation implantée dans les banlieues de Melbourne, dans des espaces urbains de plus en plus denses et de moins en moins qualitatifs. Des bouleversements qui interrogent les urbanistes australiens : comment concilier la densification avec une préservation du cadre de vie et de la nature en ville présente dans ces banlieues pavillonnaires ?

La vision lisse des banlieues pavillonnaires doit ainsi être nuancée et également comprise dans une logique de marketing territorial. En France comme en Australie, ces formes d’urbanisation connaissent des limites et les politiques publiques commencent aujourd’hui à y remédier. Déjà qualifié de “désordre spatial” dans les années 1960 en France, de nombreux professionnels de la fabrique urbaine émettent des réserves quant à l’efficacité fonctionnelle, urbanistique et architecturale de la banlieue pavillonnaire. De même en Australie, la réorganisation spatiale de la ville de Melbourne est en cours avec l’élaboration du Plan Melbourne “20 minutes neighbourhoods” qui devrait entraîner une certaine densification de la ville et de ce fait limiter l’étalement urbain, ainsi que des actions concrètes en faveur de l’intégration de la nature en ville. Un nouveau dispositif qui requestionne donc complètement la place des suburbs australiens dans l’aménagement et la vie du territoire…

Lumières de la Ville
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