En Allemagne, comment l’ancienne ville minière d’Essen est devenue capitale verte européenne ?

Jochen Tack, fondation Zollverein
2 Mar 2021 | Lecture 4 min

En pleine région de la Ruhr, ancien bastion du charbon outre-Rhin, la ville d’Essen a su se réinventer afin de devenir aujourd’hui l’une des villes les plus vertes d’Europe, sans pour autant renier son passé. Un exemple réussi de transition écologique pour cette métropole allemande.

Située dans le bassin industriel de la Ruhr, entre Düsseldorf et Dortmund, la métropole d’Essen fut l’une des grandes figures de la révolution industrielle en Allemagne. Fief de l’empire érigé par la famille Krupp, l’un des plus grands aciéristes au monde, la ville est également l’une des places fortes du charbon Allemand au cours du 20ème siècle.

Mais à la faveur d’un changement d’époque et d’une nécessaire transition dans cette région, la collectivité a réussi à se réinventer pour finalement être élue capitale verte de l’Europe en 2017, notamment grâce à d’ambitieux programmes de végétalisation et restauration des cours d’eau. La ville a également misé sur son passé pour se réinventer, en cherchant à devenir une sorte de “capitale des énergies renouvelables” en Allemagne.

« Essen a tiré de son passé industriel les leçons pour construire un avenir respectueux de l’environnement » – Karmenu VELLA, commissaire européen à l’environnement

S’appuyer sur son passé pour bâtir l’avenir

Pour réussir sa transformation, l’ancienne cité minière s’appuie notamment sur son passé. Puisque son rôle était important dans la production d’énergies fossiles, pourquoi ne pas devenir désormais une capitale pour les énergies renouvelables ?

Aujourd’hui, la ville d’Essen abrite un grand nombre d’entreprises spécialisées dans les énergies et les énergies renouvelables, à l’image de la société ISTA ou encore du géant RWE, un ancien chantre des énergies fossiles qui se transforme petit à petit en entreprise spécialisée dans le solaire et l’éolien.

Ces dernières années, la métropole de 600 000 habitants a d’ailleurs ouvert 13 000 emplois directs dans les secteurs liés à l’environnement et elle compte créer 20 000 emplois verts supplémentaires d’ici 2025. Elle a également mis en œuvre un vaste programme de formation aux économies d’énergies dans les écoles de la ville afin de sensibiliser les plus jeunes aux bonnes pratiques.

La municipalité travaille également à développer les mobilités douces sur son territoire. En 2018, la part modale du vélo y était de 6%, avec un objectif à 25% d’ici 2027 et l’ambition de créer une “autoroute cyclable” d’une centaine de kilomètres qui permettrait de créer un véritable corridor entre les villes de la Ruhr, de Cologne à Dortmund.

Mais pour gérer sa transition, Essen s’est aussi beaucoup investie en matière d’espace vert, de gestion de l’eau et de la biodiversité. Une caractéristique commune à toutes les villes qui reçoivent le titre de capitale verte de la part de la commission européenne. Avec 3 100 hectares de friches sur son territoire et environ 54 % de sa superficie considérée comme « espace vert », elle ne déroge pas à la règle.

Zollverein - crédit : Jochen Tack, fondation Zollverein

Zollverein – crédit : Jochen Tack, fondation Zollverein

La reconquête de l’espace vert…

Sans renier son passé industriel, la municipalité d’Essen a effectué un véritable travail pour faire de la ville une zone écologique, notamment en assurant la présence d’un espace vert à moins de 500 mètres de chaque habitation. L’exemple le plus parlant de cette transformation, c’est la rénovation du complexe industriel de Zollverein, considéré comme l’une des plus belles mines à charbon du monde, et devenue un gigantesque parc naturel ces dernières années.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le site de cette mine s’étale sur 13 hectares dont un tiers à a été entièrement revégétalisé. Les voies de chemin de fer transformées en pistes cyclables et des bassins naturels ont été créés pour récupérer l’eau de pluie et ramener de la fraîcheur et de la biodiversité. Les terrils et les murs de la mine ont été conservés pour que l’histoire de la ville ne disparaisse pas dans cette mutation.

Parc Essen - crédit : David Mark, Pixabay

Parc Essen – crédit : David Mark, Pixabay

… Mais aussi de l’espace bleu

Ces bassins naturels pour la récupération de l’eau de pluie sont l’un des exemples du travail fourni par la collectivité allemande en matière de gestion de l’eau. Un sujet essentiel pour une ville industrielle dont la majorité des cours d’eau ont été largement pollués au cours du siècle passé.

Exemple frappant avec la restauration de de l’Emscher, une rivière longtemps laissée à l’abandon et décrite comme une sorte de décharge à ciel ouvert, dont la réhabilitation a démarré dans les années 1990. Au total, c’est un vaste plan financier de 5,5 milliards d’euros qui a permis de créer plus de 4oo kilomètres de canaux souterrains pour drainer et assainir le cours d’eau, et qui a aussi permis de recréer des espaces verts tout le long afin de faire revenir la biodiversité. Un pari gagné, qui prouve que rien n’est irréversible. Autre projet symbolique de cette transition réussie par la ville d’Essen, c’est la réouverture à la baignade, en mai 2017, du lac Baldeneysee après plus de 40 ans d’interdiction.

Jumelée avec Grenoble depuis 1974, la ville allemande aura peut-être donné des idées à celle qui vient d’être élue capitale verte européenne pour 2022.

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