Cimes et châtiments : le pollen, cette graine mal aimée des villes

5 Juin 2018

Si les arbres  ou « forêts urbaines » sont essentiels aux villes de demain[1], le monde végétal qui compose l’environnement urbain impacte notre santé individuelle et collective, ce qui n’est pas sans interpeller l’action publique… notamment en matière d’aménagement paysager.

Les arbres, poumons des villes

Les arbres, poumons des villes (Atchoum !) – Crédits S the Singer sur Flickr

A fleur de peau

Comme une procession célébrant les premières floraisons, les rhinites allergiques inaugurent le début du printemps lorsque la nature se réveille, réchauffée par les rayons du soleil, et se mettant à danser sous le vent.

« Lorsque je vois une abeille porter le pollen de fleurs en fleurs et perpétuer ainsi la vie, j’ai presque les larmes aux yeux. » (Le Magnifique, Philippe de Broca, 1973).

Si ce terme est entré dans le langage commun, nombre d’entre nous méconnaissent encore la fonction de ce étrange flocon végétal. Petit rappel : les grains de pollen sont les gamétophytes mâles, ils servent à féconder le pistil des fleurs femelles et sont produits en grande quantité, principalement de mars jusqu’à la fin de l’été. Selon l’espèce, un mode de dissémination sera utilisé pour assurer la reproduction. Ainsi, le transport des grains de pollen jusqu’aux organes femelles peut se faire par le vent (plantes anémophiles), ou bien par des insectes (plantes entomophiles).

Mettre la poussière sous le tapis

Issu du grec Palé (πάλη), le terme pollen signifie « poussière » et caractérise l’élément mobile, le spermatozoïde végétal autrement dit, qui est produit par la fleur.

Une fleur dans la ville

Une fleur dans la ville – Crédits besopha sur Flickr

Son rôle fertilisateur serait connu depuis l’Antiquité, comme en témoigne sa description par Pline l’Ancien dans son ouvrage Histoire naturelle, évoquant les pratiques de fécondation artificielle du dattier. Toutefois, aucune définition scientifique n’est à l’époque attribuée, il est surtout fait référence à une sorte de farine ou de poudre blanche.  Il faudra attendre la taxonomie de Carl Von Linné en 1762 pour que le terme “pollen” soit pourvu d’une acception scientifique et désigne officiellement « la matière fécondante des végétaux ». Par ailleurs, les travaux de recherche empirique mettent en lumière le rôle du pollen dans la nutrition des butineurs, qui le transforment ensuite en miel.

Il serait aisé de mettre tous les grains dans le même panier, cependant, comprendre avant d’incriminer s’avère nécessaire pour apporter des réponses adaptées à ces maux qui nous irritent le nez. En effet, tous les pollens ne sont pas allergisants pour l’Homme. Seuls les pollens émis par des plantes anémophiles, donc usant du vent pour le transport de leur matériel génétique, ont un pouvoir allergisant.

Cette capacité provient des allergènes enfermés à l’intérieur des grains produits en salves par les fleurs, qui, suite à des stimuli exogènes (tel que le contact avec une surface aqueuse ou nos muqueuses), vont être libérés. Un français sur trois serait ainsi allergique au pollen ! Ce mal commun se traduit alors par une réaction du système immunitaire des individus, déclenchant la fabrication d’anticorps IgE dont le rôle est de défendre l’organisme contre ces agents étrangers… En l’espèce, les bourreaux coupables de nous faire tant pleurer (au lieu de s’ébaubir du retour printanier) s’appellent bouleaux, noisetiers, troènes, platanes et cyprès.

Végétalisation des villes : les petits mouchoirs

Rien de nouveau sous le soleil allez-vous penser, le pollen a toujours existé ! Mais pourquoi vient-on nous rabattre la même rengaine sur les allergies au pollen chaque année ? Un bel ensoleillement en janvier déclencherait une pollinisation précoce, alors qu’un hiver froid avec des périodes de gel retarderait la croissance des plantes. Doit-on faire la guerre à l’astre solaire ? Plutôt nous remettre en question et agir contre le réchauffement. Plusieurs recherches épidémiologiques tentent de démontrer l’impact des changements climatiques sur ces booms allergiques. En outre, l’évolution de nos modes de vies, l’urbanisation effrénée (avec pour corollaires l’augmentation de la pollution atmosphérique et la perte de biodiversité en ville) sont également des facteurs intervenant dans la généralisation de ce problème de santé publique.

A l’heure où l’on clame avec ferveur l’importance du rôle et de la place de la nature en ville, la problématique de l’impact de nos plates-bandes végétalisées sur notre santé semble paradoxale. Pourquoi une telle explosion des pics allergiques ? L’excès d’hygiène et l’aseptisation de nos modes de vies auraient contribué dans nos sociétés occidentales à affaiblir le système immunitaire des individus, sur-réagissant à des agents extérieurs qui, dans d’autres contextes, seraient anodins.

Pléthore de projets urbains affichant sans démesure le sceau de la ville durable viennent en réalité réalimenter une politique néo-hygiéniste qui laisse finalement peu de place pour une « nature naturelle » dans ces écoquartiers accusés d’« insurrection botanique » (Le Couedic, 2011).

Ainsi, l’Ecoquartier Confluence à Lyon est la cible de nombreuses diatribes à cause de son parc urbain aménagé avec des rangées de bouleaux bien alignés. Quid de la biodiversité ? A l’instar du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), qui réalise une carte de vigilance par typologie de pollen et par département, la Métropole de Lyon publie à raison de deux fois par semaine, de mi-février jusqu’à septembre, un bulletin allergo-pollinique face à l’accroissement des pics de plus en plus précoces dans la région.

Ressaisi par la prise de conscience des enjeux climatiques et de nouvelles formes émergentes de végétalisation urbaine, le discours néo-hygiéniste fait des trames vertes, des corridors écologiques et des jardins urbains, les leitmotivs d’une ville qui se veut durable…mais pas toujours respirable.

La conception des plantations urbaines dans une gestion intégrée est un levier pour agir sur la problématique de l’allergie pollinique en ville. En 2008, sous l’impulsion des ministères de la santé et de l’écologie, le RNSA a rédigé un guide « végétation en ville » afin d’informer les décideurs publics et les acteurs privés de l’aménagement urbain sur la nécessité de prendre en compte le choix et l’entretien des espèces végétales sous couvert de leur impact sanitaire.

En attendant, pour soulager votre nez irrité, dégonfler vos yeux boursouflés, pas de solutions miracles pour mettre fin à votre rhume des foins mais quelques applications « oracles » susceptibles de vous redonner une apparence normale :

  • Alertes Pollens, l’outil officiel du Réseau National de Surveillance Aérobiologique
  • MACVIA-ARIA, l’application mobile permettant un suivi personnalisé
  • Arbrallergik, pour reconnaître les arbres qui vous veulent du bien

Pour conclure, gageons sur la diversité de nos verdures pour que les générations futures se portent comme un charme !

[1] Comme nous le rappelait ingénieusement un article récent, co-écrit par des chercheurs de l’ISYEB – l’Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité.

{pop-up} urbain

Vos réactions

Lena 6 juin 2018

Très très belle rédaction rythmé de rimes poétiques! J’adore vous lire Demain la ville!
Merci à la plume!

Lena 6 juin 2018

Rythmée*

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