Rendez-nous le futur !

28 Nov 2013

Et si le futur n’existait pas ?” La provocation est signée Transit-City en écho au titre d’un ouvrage au nom étrange : “Le futur n’existe pas : rétrotypes”, par le philosophe Elie During et le designer Alain Bublex (publication prochaine aux éditions B42). Comment faut-il entendre de ces formulations lapidaires et presque métaphysiques ? Et surtout, comment cela se traduit-il au niveau des tendances urbaines ?

© Bob Jagendorf / Flickr

Prospective urbaine à l’ancienne

Pour mieux comprendre le sens caché de cette assertion, il faut remonter aux origines de ce que nous appellerons ici “prospective urbaine”. Celle-ci est une discipline récente, aux croisements de la prospective territoriale et des sciences de la ville – urbanisme, architecture ou sociologie, bien évidemment, mais aussi disciplines plus récentes telles que le design urbain.

Longtemps, la prospective urbaine s’est appuyée sur les fondamentaux de ses “ancêtres”, en construisant des scénarios à moyen ou long terme – vingt, trente ou quarante ans. Le foisonnement de projets autour de telle ou telle métropole à l’horizon 2030-2040 témoignent du succès que rencontre encore cette méthode d’anticipation… malgré de nombreux écueils qui en limitent la portée.

Si elle a de nombreuses qualités, cette prospective “à l’ancienne” s’avère en effet très vite dépassée par l’accélération des mutations contemporaines, notamment liées au numérique. C’est ce qui nous a amené, avec Chronos, à formuler le concept de “ville agile”, ou comme rendre la ville plus adaptable à des mutations qu’elle n’a tout simplement pas le temps de prévoir. Qui aurait pu prédire, à l’orée des années 2000, l’émergence du smartphone – et toutes ses implications ? Ce n’est là qu’un exemple parmi de nombreux autres de la manière dont la ville évolue, bon gré mal gré, sans que nous ne puissions y faire grand-chose… sinon lui donner les moyens de s’y préparer.

Les sentiers de la perdition

Cela implique notamment de sortir des schémas de pensée dépassés. Les visions futuristes d’hier sont en effet largement obsolètes – une obsolescence qui s’accélère d’ailleurs. C’est dire la nécessité que nous avons de quitter les “sentiers de la dépendance” (pour paraphraser une belle formule d’économistes) véritables sentiers de la perdition pour qui souhaite penser le futur autrement :

“La dépendance au chemin emprunté (path dependence en anglais), est une théorie expliquant comment un ensemble de décisions passées peut influer sur les décisions futures. L’idée est que des particularités historiques, justifiées à une époque mais qui ont cessé d’être optimales ou rationnelles, peuvent perdurer indéfiniment parce que les changer impliquerait un coût ou un effort trop élevé à un moment, alors que ce changement pourrait être payant à long terme.”

Les “sentiers de la dépendance” pourraient en effet définir cette manie de l’Homme a toujours envisager demain de la même manière qu’hier. La voiture volante est un cas d’école de cette incapacité à sortir de logiques révolues. Celle-ci nous est ainsi “vendue” comme la solution miracle à nos problèmes de circulation, et ce depuis des décennies maintenant – et pour quelques années encore à en croire une simple recherche Google…

Futurs échoués

buttersafe.com/2007/07/03/no-parking/

Le chercheur Nicolas Nova s’est aussi penché sur ce qu’il a baptisé “futurs échoués” : des représentations futuristiques qui survivent envers et contre tout aux évolutions du temps. A la voiture volante s’ajoutent ainsi les frigo intelligents et autres vidéophones. Des innovations pleines de promesses naïves mais qui ont – malheureusement pour elles – rencontré la dure réalité des usages…

Nicolas Nova, « The Recurring Failure of Holy Grails » (Lift09, EN) from Lift Conference on Vimeo.

Faire exister le futur !

Dans cette perspective, comment faire de la prospective autrement ? Il s’agit d’abord d’admettre, humblement, notre incapacité à réellement prédire le futur. La mascarade n’a que trop duré : penser la ville de demain ne doit pas signifier qu’on la pense de manière trop figée. Les scénarios trop stricts ne permettent pas d’anticiper des mutations imprévues : il faut donc (ré)apprendre à se tromper, et chercher les réponses plutôt que les solutions.

Cela implique, en sus, de faire “l’inventaire” des futurs échoués qui nous retiennent dans le passé pour enfin s’en débarasser. Nous ne seront donc pas aussi péremptoires que nos amis précédemment cités : le futur existe ; à nous de le créer.

[pop-up] urbain

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