Paysages urbains, entre rêve et réalité

9 Mar 2016

L’exposition « Paysages urbains, rêve et réalité » est à découvrir au Domaine de Chamarande, en Essonne, jusqu’au 27 mars. Comment les photographes de paysage questionnent-ils le territoire et les aménagements urbains ?

Le château de Chamarande s’intéresse depuis des années à la question de l’habitat et aux liens qui unissent les hommes à leur environnement. C’est donc naturellement que l’exposition « Paysages urbains, rêve et réalité » se tient dans ce château du XVIIe siècle. Le paysage est un sujet majeur de la photographie contemporaine, comme le rappelle Christine Ollier, commissaire de l’exposition et auteure d’un livre sur la question (Paysage Cosa Mentale, Éditions Loco). Il apporte un autre regard sur la façon dont l’homme, et son habitat, transforment notre environnement. Visite guidée.

Il se dégage de la photographie de Philippe Chancel une impression de science-fiction, un décor de ville futuriste, prise dans les glaces, dont les rues seraient désertes. Quelle est la fonction de cette pyramide ? S’agit-il d’un mausolée, d’un centre commercial ? L’urbaniste Thierry Paquot démontrait dans son ouvrage Désastres urbains Les villes meurent aussi (Éditions La Découverte) que construire des tours est une impasse qui nie les citoyens dans la ville. Alors pourquoi s’obstiner à construire des tours toujours plus hautes ou toujours plus futuristes ? Astana se distingue par ses gratte-ciel qui émergent de la steppe, des silhouettes menaçantes qui ajoutent à l’atmosphère hivernale une ambiance inquiétante, voire oppressante.

Astana est devenue la nouvelle capitale du Kazakhstan sur décret en 1997. Les températures y sont glaciales en hiver du fait de sa situation dans les steppes. © Henri Perrot

Astana est devenue la nouvelle capitale du Kazakhstan sur décret en 1997. Les températures y sont glaciales en hiver du fait de sa situation dans les steppes. © Henri Perrot

De son côté, André Mérian s’est intéressé aux grands ports du bassin méditerranéen, à savoir Marseille, Valence, Alexandrie, Gênes, Izmir, Thessalonique et Tanger. En confrontant ses différentes photographies, le constat saute aux yeux : chacune de ces villes s’est développée selon un même modèle. Bien que légendaires, ces ports n’offrent au regard qu’un « paysage » méditerranéen fait de bitume, de routes, d’immeubles résidentiels. L’uniformisation a gagné tous les rivages, de l’Espagne à la Turquie. Difficile d’être enchanté par ces villes : l’urbanisation dans ce qu’elle a de plus dévastateur a défiguré les côtes et, sans les légendes, il serait bien compliqué de deviner de quel port il s’agit. Pour François Cheval, qui a préfacé le livre Waterfront d’André Mérian, « il semble entendu que le rivage ne soit plus qu’une somme d’intérêts privés. Le tête-à-tête avec la mer, avec les éléments, s’est retiré au profit exclusif d’une consommation de paysages. Promoteurs, architectes et politiciens aménagent des zones qui dévisagent la mer avec cette indifférence presque amorale. »

De Valence à Izmir, André Mérian rend compte de l'enlaidissement du rivage méditerranéen. © Henri Perrot

De Valence à Izmir, André Mérian rend compte de l’enlaidissement du rivage méditerranéen. © Henri Perrot

Alain Bublex préfère inventer des villes et s’amuser avec un travail qu’il a intitulé Plug-in city. L’artiste envisage ici le paysage comme un chantier permanent. Alain Bublex s’appuie sur les idées de Peter Cook, membre du studio anglais de design Archigram, qui, en 1964, avait imaginé une ville modulaire, constituée de grandes structures sur lesquelles se greffent des unités mobiles. La série de paysages mi-réels mi-fictifs inventés par Alain Bublex voit les villes investies par des Algeco® qui viennent s’empiler comme dans un jeu de construction. Les villes d’Alain Bublex sont paradoxales, à la fois factices et réalistes.

Alain Bublex s'amuse à inventer des villes dans sa série Plug-in city (2000) dans laquelle on peut voir les fameuses "Unités Mobiles d’Habitation", les UMH. © Henri Perrot

Alain Bublex s’amuse à inventer des villes dans sa série Plug-in city (2000) dans laquelle on peut voir les fameuses « Unités Mobiles d’Habitation », les UMH. © Henri Perrot

Le belge Gilles Fastenaekens nous impose les murs aveugles d’immeubles bruxellois. Comme Bernd et Hilla Becher qui ont photographié des installations industrielles en Allemagne en suivant un protocole bien précis, Gilles Fastenaekens « transforme les bâtiments en monuments sombres et denses et les dotent d’une grandeur inhabituelle. Le cadrage et le choix du motif qu’il privilégie renforcent la puissance formelle de ses œuvres. »

Gilles Fastenaekens répertorie les confrontations architecturales sans qualités comme les murs aveugles, les rideaux de verdure, les impasses désertes. © Henri Perrot

Gilles Fastenaekens répertorie les confrontations architecturales sans qualités comme les murs aveugles, les rideaux de verdure, les impasses désertes. © Henri Perrot

Au total, le travail et la réflexion de seize photographes viennent enrichir l’appréhension de chacun quant à la Ville et au Paysage.

 

Paysages urbains, entre rêve et réalité

Chamarande, Essonne

Exposition gratuite

Les mercredis de 14h à 17h, les samedis et dimanches de 13h à 17h

Usbek & Rica

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