Mieux stationner grâce au numérique ?

3 Avr 2018

Alors que l’un des enjeux du 21ème siècle est de tendre vers une ville durable, la question des mobilités urbaines se trouve au cœur du sujet. Les solutions fleurissent et l’ambition reste partagée par de nombreuses villes, celle d’écarter l’automobile des espaces centraux. Pour encourager les alternatives à la voiture, on bannit de plus en plus les voitures des centres-villes, on instaure des péages urbains dans de nombreuses “grandes villes”, on développe les mobilités douces et l’on réduit drastiquement la place de la voiture en ville.

Un parking proche du centre-ville à Dax

Un parking proche du centre-ville à Dax. Crédit : Ville de Dax

Les places de stationnement se font donc plus rares pour faire place aux nouvelles mobilités plus douces ! Sauf que les automobilistes sont toujours là, résignés à leur sort, ils cherchent péniblement à se garer. Ils tournent en rond à la recherche de places et congestionnent le trafic. C’est comme ça qu’environ 30 % des voitures qui roulent dans Paris ne le font que pour trouver une place de stationnement ! Alors arrivent ce que tous redoutent : nuisances sonores et forte pollution. Un mélange loin d’être agréable et que l’on pourrait surtout éviter !

Et comment ? En gérant de manière efficace les espaces de parking, autant en périphérie des villes, qu’au sein des centres si les véhicules peuvent encore y circuler. En ce sens, de nombreuses innovations numériques ont vu le jour ces dernières années pour optimiser l’offre de stationnement, de différentes manières. Lesquelles sont-elles ? Et seront-elles une véritable réponse pour lutter contre la congestion urbaine ?

Partager son parking ?

On le dit bien assez, “le partage c’est sympa !” En tout cas, pour les stationnements cela permet d’augmenter la capacité de stationnement dans une ville, sans pour autant créer de nouvelles places, simplement en permettant la location des places libres dans les parkings privés. C’est devenu possible avec la démocratisation de l’utilisation d’applications et de l’économie du partage, qui mettent en relation offre et besoin. L’avantage de ces services c’est qu’ils bénéficient autant aux conducteurs en quête de places de stationnement qu’aux propriétaires de parkings (entreprises, administrations, hôtels, résidences, …). Un bon moyen pour multiplier l’offre, en rentabilisant des parkings souvent sous-exploités et ainsi éviter la création de nouveaux emplacements souvent coûteux.

Même si ces outils manquent encore d’ampleur, leurs concepteurs déclarent en revanche l’intérêt croissant des aménageurs publics pour ces innovations. Ils pourraient être la recette miracle pour réduire le nombre de places de stationnement à créer en souterrain, un point souvent complexe dans les nouvelles constructions. Bonne nouvelle pour l’économie financière des chantiers : davantage de ressources et de moyens pourront donc être investis dans la qualité des projets !

Parking BePark de l’écoquartier du Fort d’Issy

Parking BePark de l’écoquartier du Fort d’Issy : un des trois parkings privés partagés de la ville d’Issy-les-Moulineaux. Crédit : BePark

Parkings Smarts : la traque aux places libres !

Né sur les gigantesques parkings de supermarchés, le stationnement intelligent est une autre piste adoptée par certaines villes. En quoi cela consiste exactement ? C’est un partage d’information sur les places libres en ville via des applications. L’avantage c’est qu’on sait où aller pour trouver une place disponible : plus besoin de tourner en rond ! Mais pour cela, il faut installer des capteurs sur les emplacements concernés par le dispositif afin de pouvoir détecter si la place est libre ou non. Les capteurs sont souvent accompagnés d’une borne de collecte de données à proximité. On peut rapidement imaginer l’investissement nécessaire au fonctionnement d’un tel dispositif.

Une des bornes de stationnement intelligent

Une des bornes de stationnement intelligent installées à Nice. Crédit : Radio France

Outre l’aspect financier, le principe des parkings smarts a encore de nombreuses limites : une communauté d’utilisateurs d’une ampleur encore insuffisante pour que le principe fonctionne réellement mais aussi l’impossibilité de détecter des cas particuliers sur la voie publique (une place inaccessible à cause de travaux par exemple). C’est ce qu’a constaté la ville de Nice qui avait déployé ce type de système dans sa ville et qui a dû faire marche arrière. 1000 capteurs installés pour rien. Des limites qui ont été aussi un frein pour la ville de Toulouse, qui a décidé de ne pas généraliser son projet pilote de stationnement intelligent. Les start-up cogitent pour pallier ces manquements. Parking map cherche ainsi à équiper des quartiers entiers de capteurs situés sur les balcons des immeubles, le plus haut possible, pour avoir un champ large et détecter les places vides. Ces caméras dotées de systèmes d’intelligence artificielle sont installées contre rémunération des « hébergeurs ».

Parking map scanne les rues avec ses capteurs

Parking map scanne les rues avec ses capteurs à la recherche des places vides. Crédit : Sipa Press

Même si tout n’est pas encore au point, d’autres communes continuent de tenter l’aventure. La commune Les Mureaux compte aujourd’hui 577 places dotées de ce système. Une technologie qui lui est bien utile pour éviter l’effet “voitures ventouses” en centre-ville, autrement dit réduire le temps de stationnement des véhicules sur une place pour permettre un roulement plus régulier. Le succès de la municipalité dans l’efficacité de ce dispositif s’explique surement par l’accompagnement qui été prodigué pour sa mise en place, avec une sensibilisation sur l’intérêt d’un tel dispositif pour les automobilistes. Des panneaux lumineux pédagogiques signalent les véhicules qui dépassent le temps de stationnement autorisé, afin de responsabiliser les conducteurs et changer les comportements de manière “douce” et peu coercitive. La ville l’affirme : “les résultats sont au rendez-vous, il n’y a plus de stationnement anarchique de véhicules ventouses en centre-ville”.

Un autre intérêt de ces capteurs pour les villes est à noter, plus implicite cette fois-ci. Il s’agit bien sûr de la détection des voitures en infraction. Cela peut être source de tension de la part des utilisateurs qui peuvent se sentir traqués. De telles installations nécessitent pédagogie, tact et finesse. Afin d’éviter la méfiance des habitants, l’aspect répressif se veut souple. On insiste davantage sur le nouveau service offert.

Vers plus d’Open data et de données ?

On l’a donc bien compris, pour permettre un stationnement plus efficace en ville l’enjeu principal est d’avoir une information claire sur les places libres afin bien sûr de répondre au besoin de l’usager, celui de trouver une place. Il s’agit de développer et mettre à disposition des usagers cette information via des outils numériques.

Parkings partagés ou intelligents, ces systèmes sont encore aujourd’hui loin d’être satisfaisants. Ils nécessitent d’être élargis pour que davantage de parkings privés puissent adhérer au principe et que l’ensemble des places publiques soient dotées de capteurs. Mais cela demande beaucoup d’investissements et nécessite de soulever encore certains freins techniques pour garantir une véritable analyse en temps réel à grande échelle.

SoMobility veut fluidifier les déplacements en ville

SoMobility veut fluidifier les déplacements en ville grâce au numérique. Crédit : Ville d’Issy-les-Moulineaux

Le développement de l’Open Data et des données est dans cette optique un des enjeux phares ! Comme évoqué, des villes s’emparent de la question : Paris met à disposition une cartographie de ses places de stationnement, Issy-les-Moulineaux teste actuellement un système de guidage “SoMobility” tout en mettant les données en open data, Genève imagine une application qui informera du taux de respect des horaires de stationnement et analysera les comportements des usagers. Le but est bien sûr de fluidifier le stationnement et de détecter les dysfonctionnements. Cependant, il est légitime de se demander si la technologie est une bonne réponse, notamment au vue des échecs de ce système dans certaines villes, comme à Nice.

Même si l’open data se développe, est-il vraiment possible d’équiper toutes les villes d’un tel dispositif ? Au-delà de la question technique, on l’a vu, il s’agit d’un système coûteux pour les communes, autant en termes de moyens financiers avec l’installation des capteurs et bornes, qu’en moyens humains, puisque le dispositif nécessite suivi, pédagogie et entretien. De plus, les parkings dits intelligents ont des contraintes spécifiques en fonction du dispositif concerné, ils ne peuvent donc pas être déclinés sans prendre en compte le contexte dans lesquels ils s’inscrivent. Les capteurs individuels au sol, accompagnés de bornes ou des panneaux signalant les places libres, sont davantage adaptés à une installation dans des parkings déjà constitués. Dans les rues, le dispositif comporte des limites qui nécessitent d’avoir des capteurs sur les étages des immeubles : une réponse plus efficace dans ce cas mais aussi plus complexe à mettre en œuvre. En effet, il faut convaincre des propriétaires privés pour ces installations, ce qui ajoute une difficulté supplémentaire pour les villes. Ce sont des contraintes qui complexifient et limitent fortement la possibilité d’avoir un seul dispositif qui pourrait recouvrir l’ensemble des besoins d’une ville : un travail très fin est à mener pour déployer plus largement ces outils. Un défi que les villes et les développeurs de ces systèmes intelligents auront à relever ensemble !

Lumières de la Ville

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