Les quartiers « politique de la ville », entre innovation et inégalités

27 Juil 2017

Alors que l’innovation est devenue le mot d’ordre de la relance économique, elle n’est toujours pas à portée de tous. Certaines zones urbaines témoignent d’une grande volonté d’entreprendre mais sont entravées par leurs propres retards de développement. Comment l’Etat s’occupe-t-il des tissus urbains défavorisés ?

Image tirée du film "La vie en grand" de Mathieu Vadepied

Image tirée du film « La vie en grand » de Mathieu Vadepied

Lutter contre la ségrégation sociale urbaine

En 1973, le ministre de l’équipement et du logement, Olivier Guichard signe une circulaire marquant la fin de la construction des grands ensembles, porteurs selon lui de « ségrégation sociale ». À l’époque, l’expression marque les esprits : c’est la prise de conscience que la planification urbaine peut-être un vecteur de disparités sociales profondes. Pendant les décennies qui suivirent, l’Etat développa alors une réponse : la « politique de la ville ». Son rôle est d’identifier les quartiers laissés pour compte (parfois des îlots au cœur même des villes), et d’y booster l’action publique pour panser les plaies urbaines et rétablir l’égalité républicaine.

La réforme de la géographie prioritaire de 2014 renouvelle et synthétise les différents programmes empilés depuis des années. Elle détermine les 1296 nouveaux quartiers les plus en difficulté de France métropolitaine. Leur identification se fonde sur le critère unique de concentration de personnes à bas revenus, c’est-à-dire de populations ayant des ressources inférieures à 60% d’un revenu médian de référence. C’est une réponse de renouvellement urbain et de cohésion sociale à la réalité de la pauvreté en France. À Saint-Denis, la société collaborative Novaedia tente d’apporter une solution à cette situation. Elle emploie des jeunes de quartiers, des travailleurs handicapés et des primo-migrants via une exploitation agricole urbaine.

labourage des champs de Novaedia

labourage des champs de Novaedia

Labourage des champs de Novaedia à Saint-Denis © Novaedia

 

“Les quartiers prioritaires regorgent d’innovations”

Ces nouveaux quartiers prioritaires de la ville sont des territoires en situation de fragilité économique et sociale, généralement des quartiers résidentiels avec un tissu commercial faible. Les difficultés (moindre sécurité financière, moindre accès aux réseaux d’affaires, discriminations…) rencontrées par les entrepreneurs de ces quartiers constituent des obstacles fréquents que d’autres acteurs ne rencontrent pas ou beaucoup moins.

Si la politique de la ville s’est longtemps focalisée sur les aspects d’éducation ou de santé, l’importance du contexte entrepreneurial était relativement négligée. Les récents efforts publics en faveur de l’innovation (notamment le Programme d’Investissement d’Avenir au niveau national, et le programme Horizon 2020 au niveau européen) ont trouvé un accueil favorable et surtout une véritable demande dans les quartiers prioritaires. Profitant de cette lancée, le CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires) a rendu un rapport en avril dernier sur l’innovation dans les quartiers. Il constate que “les quartiers prioritaires regorgent d’innovations qui répondent aux besoins sociaux et aux enjeux sociétaux qui y sont peu ou mal satisfaits”.

 

Innover au niveau local

Parallèlement à la montée en puissance des fonds alloués aux politiques publiques de soutien à l’innovation, le périmètre de l’innovation s’est progressivement élargi au-delà du périmètre de la recherche et de l’innovation technologique et industrielle”. Depuis la troisième édition du Manuel d’Oslo (2005) publiée par l’OCDE, la notion d’innovation “non technologique” est effectivement admise pour une conception plus large incluant le marketing, l’impact social ou le modèle d’affaire. L’association Réseau de Réemploi des 2 Rives à Bordeaux fait partie de ces initiatives innovantes sur le plan social, puisqu’elle favorise l’économie circulaire dans un quartier prioritaire à travers la récupération d’encombrants et leur réutilisation. Grâce à une concertation forte avec les associations locales et la mobilisation d’habitants du quartier en voie de réinsertion, l’association crée une véritable dynamique territoriale.

centre de reemploi

Centre de réemploi des encombrants du Réseau de Réemploi des deux Rives © Réseau de Réemploi des deux Rives

En plus d’opérer un diagnostic des dynamiques en jeu, le rapport présente un certain nombre de préconisations pour créer un contexte d’innovation vertueux. Celles-ci se situent en amont, pendant et en aval du développement du projet. Dans un premier temps, l’enjeu est de renforcer les méthodes d’incitation et de détection des idées. Puis il s’agit d’accompagner leur développement en facilitant par exemple l’accès à des marchés concurrentiels. Enfin, la diffusion de telles expérimentations à une échelle plus large permettrait de faire émerger des entreprises viables au niveau national. A travers tout ce processus, la promotion de l’entraide entre les différents acteurs est un point majeur car il consoliderait un réseau territorial encore fragile.

 

Usbek & Rica

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