L’essor de l’urbanisme tactique

29 Nov 2017

À la croisée de l’expérimentation citoyenne et de la préfiguration de vastes transformations urbaines, l’urbanisme tactique est une intervention à petite échelle, de courte durée et à petit budget dans l’espace public. Moyen idéal pour connecter urbanistes et habitants, l’urbanisme tactique se propage un peu partout en France et dans le monde.

Une partie d'échecs pendant le Park(ing) Day à Seattle Crédit photo : We Love Ann Arbor

Une partie d’échecs pendant le Park(ing) Day à Seattle. Crédit photo : We Love Ann Arbor

La ville aux habitants

Connaissez-vous le Park(ing) Day ? L’initiative lancée à San Francisco par le collectif Rebar n’est pas encore très répandue en France, mais gagne progressivement en popularité. Elle consiste en une occupation éphémère (24 heures) des places de stationnement par les habitants d’une ville. Transformés en espaces conviviaux, artistiques, végétalisés, ces espaces de quelques mètres carrés deviennent le théâtre de moment originaux et festifs, et parfois moins anodins qu’ils n’y paraissent. En effet, la volonté du Park(ing) Day est à la fois festive, mais se veut aussi offrir une expérimentation citoyenne des alternatives à nos usages de la ville. Bien qu’elle soit internationale, cette initiative parvient à réinterroger l’urbanisme au niveau local, à l’échelle d’une rue ou d’un carrefour. Parfaitement modulable, elle laisse libre cours à la créativité de ses participants qui apportent parfois des canapés pour boire des coups entre amis, ou installent un atelier de réparation de vélos.

Le Park(ing) Day est un parfait exemple d’urbanisme tactique : une intervention à petite échelle, temporaire et à bas coût. Ces trois éléments sont constitutifs de l’urbanisme tactique tel qu’il a été consacré en 2015 par Mike Lydon dans son livre Urbanisme tactique 2 : action court terme, changement au long terme. La caractéristique de ce type d’action est sa vision centrée sur une communauté précise et ses objectifs réalistes. En rupture avec la planification territoriale à grande échelle mise en œuvre par les collectivités, l’urbanisme tactique est finalement une expression un peu académique pour décrire l’appropriation d’un quartier par ses habitants.

Penser la ville

Si les expérimentations du Park(ing) Day peuvent sembler anecdotiques en apparence, l’urbanisme tactique se veut moteur d’un changement profond. Animé par une communauté de citoyens militants à travers le monde, son ambition est de changer durablement la perception de la ville, et même de la soigner. « Je crois que la « magie » de la médecine peut et devrait être appliquée aux villes », déclarait Jaime Lerner, l’ancien de Curitiba au Brésil. « Il est indispensable d’initier des interventions revitalisantes pour faire fonctionner l’organisme de manière différente ». Avec cette volonté de penser la ville comme un corps dont il faut panser les plaies, on comprend mieux maintenant pourquoi l’urbanisme tactique s’appelle aussi acupuncture urbaine.

L’essor récent de l’urbanisme tactique est de bon présage, car en sortant du cadre militant et citoyen il pourrait intéresser les pouvoirs publics et le secteur privé. Lauréate de l’appel à projet « Ville respirable » lancé par Ségolène Royal, la ville de Rouen a engagé depuis quelques années une réflexion sur la place de la voiture. Sur les années à venir, elle prévoit d’expérimenter de l’urbanisme tactique dans les 71 communes de sa métropole. Des actions qui devraient intervenir principalement sur du temps court – rarement plus d’une année – mais dont l’enjeu repose sur la capacité d’une action à faire émerger un débat public, et à proposer une alternative à un aménagement existant ou prévu.

L’équipe Coloco place de la Nation lors d’une permanence dédiée à la médiation. Crédit photo : Victor Didelot

L’équipe Coloco place de la Nation lors d’une permanence dédiée à la médiation. Crédit photo : Victor Didelot

Retour sur expérience

À Paris, la place de la Nation fait partie du projet « Réinventons nos places ! » mené par la mairie pour réaménager sept grandes places de la capitale. Le collectif Coloco a été chargé par la municipalité de mener des opérations de sensibilisation et d’expérimentations avec les riverains, notamment une demolition party symbolique. Cette opération visait à casser le bitume de la place qui sera à terme en partie végétalisée. En impliquant de cette manière les citoyens à participer au lifting de la place et en écoutant leurs avis, la municipalité peut enrichir son projet et le faire évoluer. La place de la Nation est également équipée d’un système d’analyse des comportements  développé par l’entreprise Placemeter. Grâce à des caméras à basse résolution, il est possible de manière anonyme d’évaluer les flux piétons, de mesurer et même d’anticiper le succès de tel ou tel aménagement.

Couplé à l’urbanisme tactique, ce type d’outil de mesure permettrait, à terme, de capter les besoins d’un voisinage et de construire des réponses plus pérennes et citoyennes.

Demolition party place de la Nation à Paris. Crédit photo : Ana Bloom

Demolition party place de la Nation à Paris. Crédit photo : Ana Bloom

Usbek & Rica

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