Artisanat et ville durable

23 Nov 2017

Trop cher. Inaccessible. Ringard. Campagnard. Voie de garage. Voici les termes qui il y a quelques années encore étaient associés à l’artisanat. Une véritable image d’Epinal !

Difficile dans ces conditions d’associer artisanat et territoire durable. Et pourtant, l’image de l’artisanat évolue et tend à se moderniser, notamment à coup de grandes campagnes marketing (on se souvient tous de « l’artisanat première entreprise de France »). Et ça semble fonctionner car l’artisanat reflète des valeurs d’authenticité, de qualité et de proximité chères à la ville durable. Ainsi, on observe par exemple de plus en plus de diplômés d’études supérieures en quête de sens cesser leurs carrières pour se lancer dans l’artisanat. Pour autant, l’artisanat a encore des efforts à faire pour s’intégrer pleinement dans la ville durable. Alors comment allier ces deux notions ? En la matière, la Corse peut faire figure de source d’inspiration. Traversons donc la Méditerranée pour voir comment sur l’île de Beauté artisanat peut rimer avec développement durable.

L'artisanat est aujourd'hui face à un nouveau défi : s'intégrer pleinement dans la ville durable (c) Romain Pascal

L’artisanat est aujourd’hui face à un nouveau défi : s’intégrer pleinement dans la ville durable (c) Romain Pascal

L’éphémère : nouvelle vitrine pour l’artisanat

Un magasin à durée déterminée. C’est ainsi que l’on pourrait définir le pop-up store, ce concept apparu dans les années 2000. S’il est souvent utilisé par les grandes marques pour créer le buzz, tester un produit ou éveiller la curiosité, l’artisanat peut se servir des mêmes armes et se servir des intérêts de l’éphémère pour avoir une meilleure visibilité. C’est ce qu’Élodie Emmanuelli, créatrice de la marque Sgió, a mis en évidence à travers l’ouverture de son pop-up store au cœur du centre historique de la ville de Corte. Mais l’originalité de sa démarche est qu’elle n’y vend pas uniquement ses propres créations. En effet, chaque semaine Élodie convie un créateur à venir exposer et vendre dans ses locaux. Fini le rapport de concurrence entre artisans, place à l’entraide et à la création d’un véritable réseau de qualité. Ainsi, les usagers sont amenés à se rendre régulièrement dans cette boutique éphémère, leur curiosité étant attisée. Mais Sgió va encore plus loin car la collaboration fait partie de l’ADN de la marque qui invite régulièrement des artistes locaux à venir apposer leur patte sur les modèles de l’enseigne. L’éphémère collaboratif : un moyen de montrer une autre image de l’artisanat.

Élodie Emmanuelli a créé la marque Sgió ainsi qu'un pop-up store où elle convie régulièrement d'autres créateurs insulaires à venir s'exposer

Élodie Emmanuelli a créé la marque Sgió ainsi qu’un pop-up store où elle convie régulièrement d’autres créateurs insulaires à venir s’exposer

Artisanat et 2.0

Un des problèmes rencontrés par les artisans et les consommateurs peut résider dans la visibilité et l’accessibilité aux ateliers. Car à part sur les foires et salons, il existe très peu de regroupements physiques des artisans : beaucoup plus facile alors de se rendre au supermarché ou au centre commercial… Mais aujourd’hui, ce qui physiquement ne peut pas se faire, le virtuel le fait pour nous ! Ainsi, Anne-Marie Nam a créé Hypsica, une plateforme web regroupant un certain nombre de créateurs corses permettant de faire tous ses achats au même endroit. Plus besoin de se déplacer pour chercher la perle rare, les créateurs et artisans sont à portée de clic. Et pour les créateurs et artisans, il n’est ainsi pas obligatoire de se lancer dans l’aventure de la création d’un e-shop, parfois techniquement complexe et chronophage. Hypsica collabore aussi avec des créateurs insulaires afin de proposer des pièces en édition limitée en exclusivité sur le blog. Mais, pour autant, pas question pour Anne-Marie d’oublier la notion de proximité chère aux consommateurs d’artisanat : le contact avec le client reste privilégié, petite carte de remerciements personnalisée et cliché polaroïd représentant une des merveilles de l’île de Beauté, issu de son blog lifestyle, accompagnent chaque envoi. L’occasion de montrer qu’il est possible de conjuguer l’authenticité et les valeurs de l’artisanat avec le côté plus distant du numérique.

Hypsica : un blog et un e-shop dédié à la création locale pour rendre l'artisanat plus accessible

Hypsica : un blog et un e-shop dédié à la création locale pour rendre l’artisanat plus accessible

Allier tradition et modernité

Parmi les défis majeurs qui attendent l’artisanat, celui d’allier la tradition à la modernité paraît incontournable. C’est ce que tente de relever le fab lab de l’université de Corse, à Corte. Installé dans un ancien palais du XVIème siècle connu pour avoir été le siège des institutions de la Corse sous Pascal Paoli, le lieu semble en lui même parfait pour mêler patrimoine, savoir-faire et technologie. Conçu comme un atelier de fabrication mais aussi un lieu de partage et d’échanges de connaissances, le fab lab de Corte se met à disposition des artisans, mais aussi du grand public, pour les accompagner dans la mise en place de projets et dans l’utilisation d’outils, souvent coûteux et difficilement maniables seul. Il propose également des animations destinées aux jeunes enfants : de quoi faire naître des vocations. Le fab lab propose des mini résidences destinées à accompagner les professionnels dans la création de projet et de les faire bénéficier des outils mis à disposition. Et le lien entre tradition et modernité se fait aussi grâce au design. Chaque année, le fab lab accueille un jeune designer en résidence de quatre mois pour travailler autour d’un matériau local, permettant d’enrichir la connaissance, l’exploitation, les usages et les potentialités de ce matériau. Cette année, c’est la laine corse qui est à l’honneur et qui sera explorée par les jeunes designers Pauline Bailay et Hugo Poirier.

Le fab lab de l'université de Corse : un lieu où l'on allie artisanat, modernité et transmission

Le fab lab de l’université de Corse : un lieu où l’on allie artisanat, modernité et transmission

Le fab lab de l'université de Corse : un lieu où l'on allie artisanat, modernité et transmission

Le fab lab de l’université de Corse : un lieu où l’on allie artisanat, modernité et transmission

L’artisanat a donc encore de belles heures devant lui et peut, lui aussi, réclamer sa place au sein de la ville durable.

Par Zélia Darnault, enseignante à L’École de design Nantes Atlantique

L'École de design Nantes Atlantique

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