En 2020, la Chine entrera officiellement dans la science fiction

21 Déc 2017

C’est un scénario à la Black Mirror qui est train de s’installer progressivement en Chine. Annoncé officiellement en 2014, le projet d’un « système de crédit social » visant à noter en temps réel le bon comportement des Chinois sur une application, doit être mis en place en 2020. La récente publication des sanctions qui pourraient être mise en place envers les citoyens mal notés a des arrières goûts de dystopie.

Une femme donne une carte d'identité

Black Mirror, épisode « Chute Libre » (Netflix)

Big Brother 2.0

Imaginez une application sur laquelle vous êtes identifié nominativement. Elle vous permet d’accéder à certains services publics, mais également à vos réseaux sociaux et vos sites d’achat en ligne. Elle est votre titre de transport, votre carte de crédit et quasiment votre carte d’identité. Imaginez maintenant que cette application donne des points en temps réel à chacun des actes dont elle a connaissance et que ceux-ci contribuent à faire monter ou descendre la note globale qui vous est attribuée, à la manière d’un jeu. Imaginez ensuite que selon votre note globale, certains avantages ou désavantages vous soient accordés dans la vie réelle. Si votre note est haute vous êtes récompensés, autrement, vous êtes sanctionné. Enfin, imaginez que les bons et mauvais points soient distribués de manière arbitraire par un gouvernement autoritaire qui centralise toutes les données sur vous.

Non il ne s’agit pas de l’épisode « Chute Libre » de la saison 3 de Black Mirror, il s’agit du projet de « crédit social » du gouvernement chinois pour l’horizon 2020. Déjà testé en 2010 dans la province de Jiangsu, puis retiré suite à une forte contestation, le parti s’efforce depuis de poser les jalons d’un déploiement massif et en douceur.

Un téléphone portable qui nous surveille

Black Mirror, épisode « Chute Libre » (Netflix)

Les « vagues d’énergie positive »

Avec la croissance très rapide du nombre d’internautes en Chine, le Parti communiste chinois (PCC) a rapidement repéré l’enjeu politique que représentait Internet. En 2007, ils n’étaient « que » 211 millions de personnes connectées, dix ans plus tard les estimations atteignent les 750 millions, soit plus que le nombre d’habitants en Europe. Afin de contrer toute velléité révolutionnaire, la Chine est dotée d’une « Grande Muraille » du web qui bloque l’accès aux sites étrangers dans le collimateur du régime. Facebook, Twitter, Google et les autres ont donc tous leur équivalent chinois. A cela s’ajoute la censure des contenus sensibles, parfois opérée par les sites eux-mêmes, soucieux de ne pas s’attirer les foudres du parti.

Conscient que la répression pure et simple a ses limites dès lors qu’elle crée du ressentiment à l’égard du régime, Xin Jinping (Secrétaire général du PCC) a formulé des vœux particulier lors de son discours de renouvellement de mandat à la tête du parti en octobre. Consacrée dans la charte du parti, sa politique est notamment de « générer des vagues d’énergie positive dans le parti » grâce à un environnement politique sain. Une formule avantageuse et en adéquation avec l’idée d’un système de crédit social, à la fois ludique, conforme aux habitudes de navigation sur internet et qui responsabilise l’internaute.

Une carte avec l'identification de chaque personne

Black Mirror, épisode « Chute Libre » (Netflix)

2020 c’est encore loin ?

Ainsi les citoyens les plus zélés et les mieux notés sur l’application peuvent bénéficier de récompenses diverses : promotions, procédures allégées pour la location d’un bien ou l’obtention d’un visa. A l’inverse, celui dont la note est insuffisante n’aura pas la place en crèche qu’il souhaite, ne pourra pas obtenir de prêt ni même peut-être de rencard via un site de rencontre… « Si la confiance est rompue dans un domaine, des restrictions sont imposées partout » résume le gouvernement. Quand on sait l’ambition du projet de conclure des partenariats avec des entreprises privées (e-commerce, partage de vélo etc.), difficile de ne pas craindre l’immixtion complète dans la vie privée des Chinois.

L’aspect le plus inquiétant de ce doux rêve totalitaire est que le système de crédit social cartographie vos connaissances pour affiner votre note personnelle. De cette manière vos cercles sociaux auront un impact direct sur votre score et vous serez incités à faire le tri dans vos amis. Alors que depuis août, l’obligation est faite aux usagers de s’inscrire sous leur véritable identité, le 7 septembre, l’administration cybernétique a ordonné à tous les réseaux sociaux d’octroyer à leurs abonnés une note morale, en fonction de leurs activités et publications.

Encore un petit effort d’imagination, imaginez les données privées de près d’un milliard d’internautes détenues et centralisées par un seul organisme. Quel hacker résisterait ? 2020 c’est encore loin ?

Usbek & Rica

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