Dans la dynamique de l’entreprise sociale

21 Mai 2019

Économie de marché et altruisme vont rarement de pair. Pourtant des associations, des start-up, des partenariats entre villes et acteurs privés arrivent à réconcilier l’intérêt général et la rentabilité. En matière de promotion immobilière, par exemple, des innovations isolées voient le jour. Dans un quartier résidentiel de Lyon, de futurs acquéreurs sont invités, pendant les études de conception, à définir ensemble l’aménagement des espaces communs de leur immeuble. Dans des quartiers prioritaires, la mise en place de conseils citoyens donne lieu aussi à des expériences participatives.

Ticket for Change

© Laetitia Striffling / Ticket for Change

Certains projets bénéficient ainsi de dotations : promenade bétonnée à travers champs, atelier de restauration de bicyclettes, chaîne de télévision locale, etc. Dans d’autres pays d’Europe, c’est le crowdfunding, ou financement participatif – de plus en plus utilisé – qui, en complétant les fonds publics, contribue à la réalisation de travaux d’intérêt général à l’échelle d’un quartier, voire d’une ville.

Think tanks et incubateurs privés ont également investi le champ de l’innovation sociale en faisant la promotion d’actions d’envergure au moyen d’ateliers participatifs, de conférences, etc.
En réponse par exemple aux enjeux écologiques, comme le traitement des déchets, l’apprentissage de bonnes pratiques et la mise en place d’un réseau d’acteurs fournissent des solutions concrètes. Des start-up sont lancées, d’autres aimeraient le faire mais sont au stade de la recherche. Des lieux exclusivement dédiés à l’innovation, les « préincubateurs », peuvent les accueillir mais sont encore assez rares. Ils fonctionnent avec des « activateurs », sortes d’agents repérant de futurs talents. Leurs conseils, alliés à des réseaux d’experts et de partenaires, permettent aux entrepreneurs de finaliser leurs projets et d’être en mesure d’accéder à un incubateur d’entreprises, une rampe de lancement très utile.

L’innovation sociale via les incubateurs et les think tanks

Ticket for Change, incubateur nouvelle génération, aide de futurs entrepreneurs à passer du rêve à un projet économiquement viable ; à son actif, plus de 2 500 réalisations… La Fonda, quant à elle, joue un rôle majeur auprès des associations traitant de transition. Elle les recense
– plus de 12 500 déjà – et les rend accessibles en ligne.

TICKET FOR CHANGE, PARIS – Découvreur de talents

Dans le monde des affaires, les opportunités professionnelles sont nombreuses mais parfois difficiles à saisir. Créée à l’initiative de Matthieu Dardaillon, Joséphine Bouchez et Adèle Galey, Ticket for Change* se définit comme « une école nouvelle génération qui active les talents de tous ceux qui veulent (re)trouver du sens dans leur travail et innover au service des enjeux de notre société ». L’école accompagne ainsi les « entrepreneurs du changement », des personnes ou des entreprises dont l’activité est la résolution de problèmes de société à grande échelle (éducation, santé, alimentation…).

Ticket for Change

© Laetitia Striffling / Ticket for Change

Il s’agit tout d’abord de les mettre en valeur puis de les aider à passer à l’action. Pour cela, les leviers de Ticket for Change sont divers : cours gratuits et accessibles à tous (Mooc), développés en partenariat avec HEC Paris, programme intensif de six mois pour accompagner les entrepreneurs en devenir et autres formations. Ces outils ont permis depuis 2014 de mettre sur pied 1 396 entreprises sociales et 1 260 emplois. Citons, pour exemple, le succès de Meet My Mama, un site de restauration mais pas uniquement. Autre initiative à grande échelle, celle de Yuka ou le coach alimentaire 2.0. L’application lancée pour analyser des produits d’alimentation et des cosmétiques à partir du code-barres connaît une formidable avancée. Créée en 2016 par deux frères et une amie, elle comptait déjà en août 2018 plus de cinq millions de
téléchargements.

* Lauréat du French Impact en 2018, il a signé une convention avec la Fondation d’Entreprise Bouygues Immobilier jusqu’à fin 2019 pour développer la solidarité urbaine.

Yuka

© Yuka

LA FONDA, PARIS – Fabrique associative

Mettre en valeur et accompagner sont également les maîtres mots de La Fonda. Cette structure de plus de 50 membres, reconnue d’utilité publique, a pour priorité les associations qui traitent de transition, qu’elle soit économique, écologique ou numérique.
Laboratoire d’idées, La Fonda n’est pas seulement un observatoire qui recense et analyse les données liées aux transformations et aux tendances d’évolution de la société et de la vie associative, mais un acteur majeur de l’innovation et de la vitalité des associations. Avec le Commissariat général à l’égalité des territoires, La Fonda a créé le Carrefour des innovations sociales, impulsé par Bastien Engelbach, coordonnateur des programmes. Il rassemble associations, têtes de réseaux, collectivités, fondations, médias, centres de recherche et institutions et a pour ambition de relayer tous les projets d’innovation sociale recensés par les membres du collectif.
On compte à ce jour 12 688 projets référencés que l’on peut consulter sur la plateforme en ligne. Mais, dans la réalité, il en existerait au moins trois fois plus.

Des passerelles à l’attention des entrepreneurs sociaux

Au Centsept, à Lyon, les porteurs de projets sociaux et environnementaux rencontrent des entreprises, des collectivités et des experts. Le 114, à Valence, soutient également de jeunes entrepreneurs. Il loue des bureaux et dispose par ailleurs d’une école et d’un restaurant.

LE CENTSEPT, LYON – Collaborations accrues

Créé en 2014 à l’initiative de grandes entreprises, de collectivités locales et de professionnels de l’économie sociale et solidaire, le Centsept, lieu dédié au soutien de l’entrepreneuriat social et environnemental à Lyon, correspond à une démarche orientée vers les besoins des populations. Il met en relation divers acteurs autour d’une thématique et organise des ateliers. Santé et bien vieillir, éducation et insertion, alimentation durable, vivre ensemble sont des thèmes privilégiés dans lesquels s’inscrivent les projets du Centsept, développés, à chaque fois, en partenariat avec des entreprises existantes. Les besoins prioritaires auxquels le Centsept entend apporter sa contribution sont issus des 17 objectifs de développement durable de l’ONU. Suivant le type de projet, le Centsept sollicitera tel ou tel acteur, public comme privé, pour identifier les enjeux du territoire et les actions qui pourraient être menées. Sa démarche se déroule en cinq étapes, inspirées du design thinking : analyse des besoins sociaux et environnementaux de celui-ci ; idéation et cocréation de solutions ; prototypage ; expérimentation terrain et accélérateur de projets.
Persuadé que la complexité croissante des défis sociaux et environnementaux auxquels sont confrontés les habitants de la Métropole de Lyon nécessite de nouvelles stratégies et des outils inédits, le Centsept initie notamment, avec Florence Lécluse, déléguée générale, une collaboration accrue entre tous les acteurs économiques du territoire. Il favorise le décloisonnement entre l’économique et le social, entre les
acteurs publics et privés, les grandes entreprises, les entrepreneurs sociaux, les associations, les habitants et les collectivités locales.

Centsept

© Centsept

LE «114 », VALENCE – Compétences mutualisées

Dans un contexte différent, le « 114 », récemment installé à Valence, ville préfecture du département de la Drôme, se présente comme un accélérateur d’innovations sociales. C’est une émanation du groupe Archer, créé il y a 30 ans à Romans-sur-Isère par un ensemble d’acteurs locaux pour lutter contre le chômage et l’exclusion.
La présence d’Arcoop, coopérative d’activités et d’emplois initiée par le groupe en 2007, contribue à l’organisation de cette nouvelle antenne dont le rayonnement correspond au territoire de l’agglomération Valence-Romans. Arcoop rassemble des entrepreneurs dont les ressources et compétences sont mutualisées et accompagne de manière individuelle ou collective la création d’entreprises.
Au 114, on trouve un « incubateur » pour accueillir des séminaires d’entreprises, des créations de projets en résidence mais aussi des formations, l’école de l’entrepreneuriat, ou encore « Start-up de territoire », une initiative du groupe Archer lancée dans la région en 2016. Juste à côté, on trouve « le nid », composé de bureaux équipés à louer, « l’atelier » pour des sous-traitances et enfin « le Resto » qui est la première activité implantée sur ce site.

114

© Eric d’Hérouville /114

Demain la ville le lab

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