Vers un droit à la fraicheur urbaine ?

13 Sep 2023 | Lecture 4 min

Alors que les étés sont de plus en plus chauds en ville, toute la population n’est pas logée à la même enseigne pour tolérer les plus grosses chaleurs. En effet, selon le contexte urbain (très minéral ou au contraire plus végétalisé), les températures ressenties peuvent largement varier. Or, ce sont bien souvent les populations les plus précaires qui n’ont pas la chance d’avoir des équipements qui participent à rafraîchir la ville, et qui n’ont pas les moyens de partir hors des villes les mois estivaux.

Puisque le réchauffement climatique va de plus en plus impacter les villes, comment pouvons-nous réfléchir à garantir un confort estival pour toutes et tous ? Après le droit à la ville, un droit à la fraîcheur urbaine ?

 Alors que les étés précédents avaient déjà été recensés comme les plus chauds que la Terre n’ait jamais vécus, celui de 2023 n’a pas échappé à ce qui semble désormais fatal. Les températures ont dépassé le cap des 40 degrés pendant plusieurs jours d’affilée, et ce dans de nombreuses villes de France. Une fin d’été caniculaire que beaucoup d’urbains ont dû subir, n’ayant pas la possibilité de trouver un coin de frais à proximité. Un épisode de chaleur extrême, tardif et de longue durée qui ne présage rien de très bon pour les étés à venir.

Face au dérèglement climatique et à ses conséquences, les citadins sont plus fortement touchés, mais pas tous de la même manière. De multiples facteurs entrent en ligne et les rendent plus ou moins vulnérables à ces températures extrêmes. Des injustices sociales mises de plus en plus en lumière lors des derniers épisodes caniculaires, qu’il s’agit dorénavant d’atténuer au maximum, afin de garantir un confort estival pour tous, quels que soient sa condition sociale et son lieu d’habitation.

L’inégalité sociale face à la canicule

Alors que depuis des décennies, il a été mis en avant qu’il est plus difficile de vivre la canicule en ville (la forte minéralisation des sols vient créer des îlots de chaleur où les températures sont plus élevées que dans un contexte végétalisé) qu’à la campagne, les dernières périodes de fortes chaleurs ont montré que des inégalités se créent même entre urbains.

Tout d’abord chacun est différent et donc  en capacité de supporter différemment les fortes chaleurs : âge, sexe, état de santé général… Autant de caractéristiques physiques qui font que nous sommes plus ou moins vulnérables. Mais au-delà de ces critères, deux autres caractéristiques entrent en jeu :

  • La première est son degré d’exposition aux changements climatiques : le milieu de vie influe fortement sur la chaleur, car plus il est minéral plus, il y fait chaud. Hors dans un contexte urbain, les variations de minéralité, même si elles tendent à s’estomper, sont énormes. Habiter près d’un parc, où la végétation joue pleinement son rôle de régulateur permet donc de diminuer les degrés à l’entrée de son logement. Les quartiers de grand ensemble, dont l’architecture des années 60 n’a que peu anticipé la question du confort estival (forte minéralité et peu d’espaces), enregistrent les températures les plus élevées chaque année. Les quartiers les plus aisés bénéficient quant à eux d’une importante végétation apportée par les jardins privés, dont la plus grande part de piscines privatives améliorant ainsi largement le confort estival.

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La typologie du logement joue également un rôle prédominant dans l’exposition aux températures extrêmes. Car plus son logement est petit, mono-orienté, peu isolé et surpeuplé, plus il y fait chaud.

  • La deuxième est la capacité de chacun à se préparer, à réagir et à se remettre des changements climatiques. Rentrent en jeu bien évidemment les revenus facilitant ou non les départs en vacances pendant les périodes les plus compliquées, l’autonomie personnelle, l’accès aux soins médicaux, les conditions de travail…

Une inégalité d’accueil de la canicule se basant ainsi sur son cadre de vie, mais aussi sur ses capacités sociales à y faire face, qu’il est désormais important d’intégrer dans les réflexions de transformation urbaine afin de protéger au mieux les populations les plus fragiles : sans-abris, résidents des quartiers populaires, personnes âgées…

L’urgence de trouver des solutions

Ce sont désormais toutes les villes françaises qui sont sujettes aux fortes chaleurs. Les prévisions du GIEC se concrétisent et Météo France prévoit l’augmentation des durées et de l’intensité des canicules sur l’ensemble du territoire : à Lyon, d’ici à 2030, il se pourrait bien que la ville supporte le même climat que Madrid aujourd’hui.

  • Accélérer les processus de rénovation thermique

Le droit à la fraîcheur doit d’abord passer par le confort de toutes et tous au sein de son logement. Trop d’habitants subissent les périodes de canicule comme de nouvelles périodes de confinement, mais cette fois-ci dans le noir pour limiter au maximum les apports solaires.
La fondation Abbé Pierre, en lutte contre le mal-logis, a une nouvelle fois appelé à la mise en œuvre de ce qu’ils ont intitulé le “Plan Volets” au vu des chaleurs de ces dernières semaines. Car des solutions existent et bien qu’une rénovation énergétique lourde est un investissement que tous ne peuvent pas assumer, certaines se révèlent être moins coûteuses et très efficaces : l’installation de volets ou brises soleil permet par exemple de descendre de 2 à 5 degrés la température d’une pièce, et peindre les toitures en blanc de 6 à 7 degrés.

Mais pour favoriser un droit à la fraîcheur pour tous au sein de son logement, l’engagement se doit d’être porté politiquement afin notamment d’attribuer davantage de subventions aux bailleurs sociaux qui se retrouvent bien souvent en manque de moyens financiers.

  • Repenser l’accès gratuit à des lieux de fraîcheur

Malgré les températures extrêmes en été, les villes regorgent de lieux de fraîcheur parfois insoupçonnés. Les parcs et jardins sont les premiers qui viennent en tête, car ils sont nombreux, gratuits et généralement ouverts 24/24h. Cependant, un papier de Mediapart intitulé “Inégalités climatiques : comment les riches accaparent les espaces verts” révèle que leur appropriation par tous n’est pas chose réelle. Pratiques sociales différenciantes, localisation, usages développés sont autant de sujets à prendre en compte pour faciliter leur accès à toutes et tous.
La présence de l’eau se révèle être, elle aussi, une vraie plus-value pour la création d’îlot de fraîcheur. Fleuves, fontaines à boire, jeux d’eau et brumisateurs participent activement à améliorer le confort estival, mais restent encore que trop peu nombreux dans les villes. Les piscines et bassins d’eau sont bien souvent sur-fréquentés en périodes caniculaires, et rarement gratuits. Piscines publiques temporaires, rabais spécial canicule, certaines villes expérimentent déjà et peuvent être des sources d’inspiration pour d’autres.

Installation aqua-ludique – Amsterdam ©Wikimedia

Et en dehors des espaces de plein air, il ne faut pas oublier que ce sont une grande majorité des espaces construits qui sont climatisés et qui peuvent servir de refuge pour les urbains. Centres commerciaux, bureaux, lieux de culte et équipements publics maintiennent pendant les plus grandes périodes de chaleurs une température beaucoup plus supportable. Pourtant, leur accès à tous est loin d’être garanti. Le succès de l’action menée par la ville de Lyon qui durant la semaine où les températures ont dépassé les 40 degrés a rendu gratuit l’accès à quatre de ses musées au grand public illustre bien la volonté des citadins de bénéficier de plus de fraîcheur.
Les réflexions sont donc à poursuivre dans ce sens pour ouvrir un maximum de lieux climatisés à toutes et tous, y compris les privés (comme les bureaux), en mutualisant les usages et en s’inspirant de la chronotopie pour accroître le bénéfice qu’ils pourraient apporter.

https://twitter.com/lyoncap/status/1694698913092038945

  • L’échelle du quartier comme l’échelle de la résilience

Le changement climatique est donc déjà bien visible dans les villes et une fois de plus l’échelle du quartier fait déjà ses preuves dans sa capacité à être résilient. C’est bel et bien dans ce sens qu’il s’agit désormais de réfléchir pour offrir à toutes et tous, à moins de 15 minutes de chez soi non seulement des espaces végétalisés conséquents, mais aussi des lieux refuges de fraîcheur dont chacune et chacun peut bénéficier gratuitement. La ville du quart d’heure doit à son tour prendre en considération la question du climat pour réduire les inégalités ressenties et vécues et ainsi favoriser l’application d’un droit à la fraîcheur urbaine.

LDV Studio Urbain
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