Un déconfinement sous l’égide de la bicyclette

Un déconfinement sous l’égide de la bicyclette @shalevcohen via unsplash
6 Juil 2020 | Lecture 6 minutes

La crise sanitaire que nous traversons vient chambouler le monde des mobilités. Le vélo est devenu le moyen de transport alternatif à la voiture le plus adapté pour garantir la distanciation physique nécessaire dans la lutte contre l’épidémie du Covid19.

Déjà défendu par beaucoup d’associations et collectifs, comme étant le moyen de mobilité le plus durable, le vélo s’est imposé en cette période de post-confinement. Aménagements de pistes cyclables éphémères et ateliers de réparation vélo pris d’assaut, la bicyclette s’est démarquée, devenant une mobilité incontournable.

Mais quelles sont les raisons de ce regain d’intérêt massif ? Comment les villes se sont-elles adaptées ? Alors que le vélo s’impose comme une solution durable du post-confinement, cette nouvelle vision réussira-t-elle à se pérenniser ?

Le vélo, un geste barrière

Les nouveaux enjeux induits par la crise sanitaire du Covid19 mettent en lumière les atouts de la pratique du vélo. Garante d’une distanciation physique, la bicyclette devient une alternative alléchante à l’utilisation des transports en commun. Dès les premiers jours de déconfinement, les images des rames de métro de la ligne 13 parisienne ont envahi les réseaux sociaux venant confirmer que sans mesures destinées à réduire le phénomène des heures de pointes et l’utilisation de mobilités alternatives, la distanciation physique imposée pour lutter contre la propagation du virus sera compromise, voire impossible.

Une situation anticipée très tôt par les usagers. Avant même le déconfinement, un sondage en ligne commandé par l’entreprise de réparation de vélos et de trottinettes électriques Cyclofix affirmait que 12,1 % des personnes interrogées préféraient en période de déconfinement l’utilisation du vélo, contre 7,7 % avant la crise sanitaire.

Pour se protéger du coronavirus, certains citadins pédalent. Source : @victorhwn725 via unsplash

Pour se protéger du coronavirus, certains citadins pédalent. Source : @victorhwn725 via unsplash

Les avantages d’une pratique du vélo ne sont plus à prouver : réduction de la pollution de l’air engendrée par les circulations automobiles, atouts pour la santé grâce à l’activité sportive, faible coûts pour le budget des ménages et indépendance énergétique. Présentée comme un geste barrière permettant la distanciation physique, la bicyclette s’affirme en tant que rempart contre l’utilisation massive de la voiture. Elle propose une voie alternative à l’autosolisme, c’est-à-dire le fait de prendre seul son véhicule.

D’ailleurs, dès le mercredi 29 avril, le ministère de la transition écologique et solidaire a annoncé un plan de 20 millions d’euros pour soutenir le déploiement du vélo, afin qu’il devienne la mobilité phare du déconfinement. Ce “plan-vélo” proposait différentes mesures, allant de l’aide monétaire aux particuliers pour la réparation de vélos à la mise en place de pistes cyclables et stationnements de vélos provisoires.

Un déploiement massif qui transforme les villes 

Chose inédite, en quelques semaines, des pistes cyclables éphémères ont donc été aménagées dans beaucoup de villes françaises pour favoriser le recours du vélo comme moyen de transport. Et cela, dans un temps record. Dès la fin du confinement, déjà plus de 1000 kilomètres de pistes cyclables temporaires ont été installées par les collectivités. Une dynamique que l’on retrouve dans de nombreuses agglomérations. Par exemple, dans la métropole Lyonnaise ce sont près de 77 kilomètres de pistes cyclables qui seront aménagés, avec en parallèle une ouverture de 100 % des voies de bus à la circulation des vélos. À Grenoble, l’objectif est de convaincre 100 000 personnes à prendre le vélo afin d’assurer la sécurité sanitaire dans les transports en commun.

Une transformation massive rendue possible grâce au recours à différents principes d’urbanisme tactique. Pour accompagner ces transformations, différents leviers d’actions et recommandations ont été identifiés et détaillés dans un guide express du Cerema. Élargissement des voies cyclables, aménagements de nouvelles pistes à l’aide de marquage au sol ou de signalisation de chantier, investissement de différents couloirs de bus, modification de la réglementation (sens unique, limitation de vitesse), les méthodes sont diverses et chacun y va de sa recette en fonction du contexte et des besoins. En somme, une souplesse dans la mise en place qui a permis un déploiement rapide et massif.

Le déploiement des pistes cyclables a même dépassé les frontières des centres villes, pour atteindre des territoires métropolitains plus lointains. En Île-de-France, la création de pistes qui connectent Paris à la banlieue, permettent une réelle complémentarité aux transports en commun souvent bondés, qu’il s’agit de désengorger. Une vision déjà enclenchée par les 33 associations du Collectif Vélo Île de France qui portent ensemble l’idée d’un Réseau Express Régional Vélo (RER V) à l’image des lignes ferrées destinées à relier les grands pôles d’Île-de-France.

Profitant de la baisse de trafic automobile, une voie a été transformée en coronapiste au pied de La Défense à Paris. Source : Julien B. via Flickr

Profitant de la baisse de trafic automobile, une voie a été transformée en coronapiste au pied de La Défense à Paris. Source : Julien B. via Flickr

Durant les premières semaines de déconfinement, ces pistes aménagées temporairement, nommées “coronapistes”, ont profité de la baisse du trafic automobile. Le développement des pratiques de télétravail a rendu possible une libération des espaces autrefois dédiés à la voiture. Cependant, après seulement quelques semaines d’installation, le destin de certaines de ces pistes a subitement pris fin. C’est le cas de la coronapiste du Prado à Marseille, démantelée en pleine nuit, après seulement quelques jours de service. D’après la collectivité, celle-ci n’aurait pas trouvé son public, manquant de fréquentation. Un vif débat s’en est suivi, les associations de cyclistes déplorant qu’une seconde chance n’ait pas été laissée à cette installation temporaire, en lui donnant plus de temps pour être investie par les cyclistes. Dans cet élan de contestation, des militants d’ANV-COP21 et d’Extinction Rebellion Marseille ont retracé symboliquement cette dernière le 5 juin dernier.

L’existence de certaines de ces pistes est donc remise en question, notamment dans les endroits où la reprise des circulations automobiles est venue renforcer les phénomènes de bouchon, ainsi que la dangerosité des routes. Les coronapistes sont donc confrontées à nouveau aux freins d’usages qui ont limité le déploiement de ce type d’installation avant la crise. Mobilisée, l’association ~le mouvement recense ces pistes cyclables via une campagne nommée « Coronapistes » et milite auprès des maires pour garantir la pérennisation de ces voies cyclables. Les défenseurs du vélo montent ainsi au front pour défendre ces nouvelles pistes, afin qu’elles deviennent pérennes.

Vers une culture du vélo ?

On le voit, c’est donc un bras de fer qui s’annonce dans certains territoires pour garder les terrains conquis par le vélo en cette période exceptionnelle. Les collectifs en faveur du vélo considèrent d’ailleurs cet élan envers l’utilisation du vélo comme une réelle opportunité. Leur défi est bien de dépasser les réticences, faire “de la preuve par l’exemple” et ainsi transformer l’essai en un mouvement durable, à l’image des villes européennes qui sont parvenues à intégrer au quotidien la culture du vélo comme une évidence.

Des villes européennes ont déjà franchi le cap depuis longue date. Amsterdam et Copenhague sont les figures emblématiques de cette culture du vélo avec leurs nombreux kilomètres de pistes cyclables et le soin particulier apporté dans différents aspects permettant de faciliter la vie des cyclistes. Ateliers de réparation vélos, parkings à vélos gigantesques, dispositifs innovants de signalisation pour fluidifier le trafic, douches dans les entreprises pour les cyclistes, les dispositifs accompagnant l’usage du vélo sont nombreux, venant appuyer la culture du vélo et en faire un réel mode de vie.

Exemple d’un parking à vélos dans la ville d’Amsterdam. Source : @olva via unsplash

Exemple d’un parking à vélos dans la ville d’Amsterdam. Source : @olva via unsplash

En France, au-delà de déployer un réseau de plus en plus étendu et efficace, d’autres dynamiques révélatrices d’un changement culturel s’opère aussi. Pour preuve, la multiplication des ateliers de réparation vélos, diffusant au-delà des services rendus, toute la passion du vélo. Cette période a permis d’impulser une dynamique encore plus active. Dans un entretien dans Le Parisien, la Ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, affirmait d’ailleurs vouloir faire de cette période l’occasion de “franchir une étape dans la culture vélo”.

Les mesures mises en place au sein du plan vélo illustrent bien un soutien qui dépasse aujourd’hui la seule dimension de l’infrastructure, que représente la piste cyclable, pour tendre vers une approche multidimensionnelle. Le partenariat avec la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) pour la mise en place de ce plan, explique peut être ce virage. En effet, le plan vélo du déconfinement intègre une offre “coup de pouce” pour lever les freins d’usage du vélo, comme par exemple des forfaits de 50 euros pour la réparation vélo ou encore le financement de formations pour une reprise sereine et en toute sécurité de la pratique. De même, la question du stationnement est investie avec la création de locaux temporaires, souvent décisive pour inciter la pratique, les propriétaires de vélos craignant le vol.

Avec cette expérimentation d’ampleur, la ville post-covid s’annonce ouverte à un réel changement culturel en faveur de la pratique du vélo. Avec cet engouement, c’est très certainement notre vision de l’espace public qui sera transformé pour s’adapter à cette pratique. Mais il s’agira aussi de penser tout un “système vélo” efficace, balayant l’ensemble des problématiques d’usages liées à son utilisation, afin que la bicyclette s’inscrive durablement comme une mobilité quotidienne à part entière.

Lumières de la Ville
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