Un « city lab » pour réinventer la ville !

Tester un produit, une formule en laboratoire. Voilà une pratique communément admise et un préalable indispensable à toute mise sur le marché d’une innovation. Alors que nos villes doivent changer, pourquoi ne leur appliquerions-nous pas ces mêmes préceptes ? Nous pourrions ainsi tester les mutations prévues et les valider ou les modifier, voeux pieux formulés par la notion de concertation. Mais à l’échelle de la ville, difficile de trouver le lieu adéquat : c’est là qu’intervient le « city lab ». Qui est-il ? A quoi ressemble-t-il ? Quel est son rôle et son fonctionnement ? Eléments de réponses issus d’un workshop mené par les étudiants du Design Lab Ville Durable de l’École de design Nantes Atlantique encadrés par Christine Vignaud, architecte et responsable pédagogique.

City lab. Crédits : Christine Vignaud

Les étudiants de l’École de design Nantes Atlantique à l’assaut du concept de « city lab ». Crédits : Christine Vignaud

Un espace test grandeur nature

Les mutations auxquelles nos villes vont devoir faire face pour devenir de véritables villes durables sont nombreuses et variées. Et en matière de changement, on se retrouve bien souvent face à l’inconnu : réussite du projet, implantation sur le territoire, acceptation du changement sont autant d’interrogations auxquelles doivent faire face les décideurs et concepteurs de la ville. Le « city lab » est donc cet espace test grandeur nature. Pour l’architecte et professeur en architecture Christian Devilliers, « Ce n’est pas la forme de la ville qui va changer mais ses usages » . Et se sont bien ces nouveaux usages que l’on peut prototyper dans les « city labs ». On oblige ainsi l’innovation à sortir de son laboratoire fermé et à s’ouvrir à la ville et à ses usagers. Et pour que la formule soit complète, il faut bien sûr agir en concertation, partager et faire naître des retours utilisateurs. Plus qu’une simple vitrine de l’innovation, le « city lab » se veut donc une plateforme d’échanges.

City Lab Aire 38. Crédits : Cédric Mivielle

Le « city » lab pousse l’innovation à s’ouvrir à la ville et à ses usagers, ici « city lab » Aire 38 à Nantes. Crédits : Cédric Mivielle

Favoriser l’acceptation du changement

L’innovation est un bien grand mot qui renferme des réalités complexes. Que ce soit en matière d’énergie, de services, de mobilité, etc. les transformations à venir seront multiples. Et bien souvent, on fait appel à la notion de « smart city » et aux apports du numérique pour chapeauter tous ces changements. On se heurte alors à un facteur humain nécessaire à la bonne conduite des mutations : l’acceptation du changement. Car ces innovations peuvent faire peur et bousculent nos habitudes. Le « city lab » permet de les rendre tangibles et abordables pour l’ensemble des citoyens. Et ça, le Laboratoire des Badauds Associés, qui se définit comme un « city lab » populaire et décalé, l’a bien compris en permettant aux citoyens non seulement d’investir son espace test au coeur de l’Île de Nantes, nommé Aire 38, mais en proposant également une plateforme mobile pour aller à la rencontre des citoyens peu à même de se déplacer. Nous ne sommes donc plus dans une conception « dans l’urgence » de la ville mais bien dans une volonté de la soigner, c’est-à-dire à la fois d’en prendre soin mais aussi de faire en sorte que son futur soit meilleur.

City Lab. Crédits : Cédric Mivielle

A Aire 38 le « city lab » se veut populaire et décalé. Crédits : Cédric Mivielle

Un lieu neutre pour réveiller les imaginaires

Mais pour qu’un « city lab » fonctionne, il est un autre ingrédient à ajouter à la recette : celui de la neutralité. Car tout le monde doit pouvoir se retrouver dans ce lieu : les concepteurs, les décideurs, les testeurs … Tous doivent pouvoir se rencontrer autour d’un langage commun. A Aire 38, neutralité ne veut pas dire désincarné. La ville est souvent vécue comme abstraite, le Laboratoire des Badauds Associés, lui, a décidé de réveiller les imaginaires en associant poésie de la récupération au « city lab » ordinaire. Ainsi, un data center prend la forme d’un centaure (data centaure), des animaux fantastiques viennent peupler le terrain d’expérimentation pour attirer l’oeil des visiteurs sur les caméras de surveillance. Car il n’est pas question de tout accepter mais bien d’interroger.

Prendre le temps, favoriser la prise de risque et l’écoute via des échanges informels, voilà quelques éléments essentiels à la mutation de nos villes qui, grâce au « city lab », peuvent trouver le lieu pour s’épanouir.

Par Zélia Darnault, enseignante 

L'École de design Nantes Atlantique
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