Paris 2040, Farniente au fil de l’eau

Une navette du futur sur la Seine à Paris
3 Jan 2018

Nous sommes le 2 juin 2040. Alors que depuis quelques années, les Parisiens subissent de plus en plus les vagues de chaleur estivales provoquées par le réchauffement climatique, la Ville Lumière s’est naturellement tournée vers l’eau. La Seine est devenue une artère de loisirs et de fraîcheur très prisée en été, mais également un puissant vecteur économique et énergétique.

Des blocs modulables gris et rouge sur le Pont Neuf à Paris

Des blocs modulables sur le Pont Neuf Source : Malka Architecture

Les stores ont beau être complètement relevés et le réveil assourdissant, c’est l’odeur du café et du pain grillé qui finit par sortir Célia de son sommeil. La voix de l’assistant personnel robotisé résonne dans l’appartement : « Célia, votre navette habituelle passe dans trente minutes. Votre petit déjeuner est prêt. La journée sera chaude et ensoleillée avec une température maximale de 34°C. ».

Célia se lève et regarde l’horizon par la baie vitrée. Les rayons de soleil dansent sur la Seine jusqu’aux lointaines tours de la Bibliothèque François Mitterrand. Peu de Parisiens ont une vue si privilégiée, Célia habite sur l’ancienne passerelle aux câbles, un des rares ponts habitables de la région parisienne, à la confluence de la Seine et de la Marne. Le projet immobilier a été financé à moitié par un groupement d’entreprises locales qui louent à tarif réduit les appartements à leurs employés. L’immeuble végétalisé et à énergie positive est un des plus agréable de la ville.

Le temps de prendre une douche et d’avaler un café, Célia aperçoit justement la navette express qui arrive. Elle sort et court vers l’embarcadère au bout du pont. Juste le temps de passer le tourniquet et la sirène retentit. Les moteurs électriques du bateau démarrent sans bruit. Célia s’installe à l’arrière et regarde le pont s’éloigner.

Une navette du futur sur la Seine à Paris

Projet ʺPhysaliaʺ de navire amphibie nettoyeur de fleuve Source : Vincent Callebaut Architectures

Une cité du futur tournée vers l’eau

« Moby Dick ! Moby Dick ! ». Les gamins du 3ème étage sont à la fenêtre, toujours aussi enthousiastes lorsque l’hydrolienne sort le bout de son nez. Célia ne retient pas un sourire. De temps en temps – grâce à ses capteurs -, l’engin sous-marin détecte un objet flottant bloqué sur ses grilles et remonte lentement à la surface pour s’en défaire. Depuis le temps que Célia vit ici, elle ne s’en étonne plus mais leur euphorie invariable est communicative. Il faut dire que depuis la création de la coopérative il y a quinze ans, tout le monde adore « Moby Dick » dans le quartier. La bestiole produit de l’énergie grâce au courant du fleuve, ce qui permet à l’immeuble d’être largement autosuffisant. Les riverains en sont d’autant plus fiers qu’ils s’étaient mobilisés pour obtenir la première autorisation d’immersion d’hydrolienne fluviale de la région parisienne. Son installation avait même eu son petit succès médiatique. Depuis, d’autres hydroliennes de seconde génération ont été mises en place dans la Seine mais elles n’ont pas le charme vieillot de la baleine blanche.

La navette s’approche déjà du quai Tolbiac où les grands bras métalliques sont déjà au travail. Célia jette un coup d’œil à son smartphone : elle est en avance et l’air frais du pont l’a réveillée. Elle descend et se dirige vers le dock où elle travaille comme responsable logistique. Depuis les années 2020 et le bond du prix de l’essence, plusieurs enseignes de grande distribution sont passées au transit fluvial pour réduire leurs coûts. Les conteneurs arrivent de différents dépôts, ils sont déchargés ici par des bras articulés autonomes et les marchandises sont ensuite livrées dans tout Paris grâce à une flotte de petits véhicules propres. Ce système sans camions fait de réelles économies sur l’essence et émet moins de CO2. On a cru un temps que la cohabitation avec les bateaux mouches serait compliquée, mais les gestionnaires se sont accordés sur des parcours et des horaires partagés. D’autres docks comparables ont été construits dans Paris, ils sont tous aménagés pour permettre la promenade en dehors des heures d’exploitation.

Il est déjà 13 heures. Comme il fait beau Célia décide d’aller déjeuner sur la berge flottante du campus Diderot. Elle marche 200 mètres le long du quai végétalisé. La berge flottante est un petit pôle qui réunit sur 3 étages un espace de coworking, une auberge de jeunesse, une ferme aquaponique et un restaurant, plusieurs de ce type se déplacent sur le fleuve selon les saisons. Pendant qu’elle mange une salade composée de produits de la berge, Célia reçoit un coup de fil. Yanis lui propose d’aller au parc ludo-aquatique ce soir pour trouver un peu de fraîcheur. Avec des amis, ils seront à l’Arsenal dont le chantier monumental s’est terminé le mois dernier pour laisser naître un immense parc de loisirs avec des attractions, un bassin, des jeux d’eau, un écran géant flottant… Elle hésite, elle craint que le lieu ne soit noir de monde. Pas loin de chez elle, dans le quartier Ivry Confluences l’ancienne usine des eaux qui a déjà été réaménagée en jardin aquatique est victime de son succès : les barques se suivent presque en file indienne et le lieu a perdu de son charme.

Un pont habitable à Saint Denis

Projet de pont habitable à Saint-Denis Source : Marc Mimram

« Allez viens ! Ils organisent des projections et des concerts gratuits, faut bien qu’on y aille à un moment ! La vérité c’est que tu ne veux pas être vue avec des continentaux c’est ça ? J’en suis sûr… Ça fait combien de temps que tu as pas posé le pied sur le plancher des vaches ? Allez, au pire on pique une tête et on va boire un coup plus loin. »

Célia lève les yeux et regarde autour d’elle. La terrasse du restaurant flottant fonctionne au ralenti. Les tables et les assiettes sont vides, les brumisateurs soufflent dans le vent. La plupart des clients sont allés s’asseoir avec leur verre auprès de l’eau, au bout du pont. Presque tous ont enlevé leurs chaussures et trempent leurs pieds nonchalamment. Le léger roulis, la chaleur et le clapotis de l’eau ont eu raison de l’équipage. Le personnel regarde la scène avec paresse, ils débarrasseront plus tard…

« Allez, de toute façon je suis bonne qu’à ça aujourd’hui… Je prends la navette après le boulot et je vous rejoins ! »

En deux clics, Célia prévient son assistant personnel puis s’étire un peu plus dans sa chaise avec satisfaction. La navette de 18h30 lui apportera son maillot de bain.

Usbek & Rica
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