Quand l’architecture est économe en eau

21 Mar 2024

Alors que la ressource de l’eau se fait de plus en plus rare, notamment en saison estivale, sa gestion vertueuse est au cœur des tendances en aménagement. L’architecture n’échappe pas à cette logique et cherche la sobriété hydrique. Une approche qui n’est pas encore automatique mais qui permet aux bâtiments d’économiser la ressource durant sa construction et tout au long de sa vie.

Quels sont les matériaux les plus économes en eau ? Comment les architectes innovent-ils ? Quelles solutions pour l’avenir ? Et enfin comment garantir un usage de l’eau vertueux dans la construction ?

Lorsque l’on parle de l’impact environnemental du secteur de la construction, il nous vient rapidement en tête la raréfaction des ressources premières qu’il engendre. Sables, bois, métaux… autant de matériaux naturels qui se raréfient et dont le monde du BTP semble peu à peu prendre conscience qu’il s’agit désormais d’économiser. Mais pour autant, une ressource est souvent peu abordée sous l’angle de l’économie : l’Eau.

Pourtant, cela fait maintenant plusieurs années que les périodes de sécheresse s’enchaînent et que l’urgence de la sauvegarde de l’eau se fait sentir. L’étude Explore2070, sortie en 2012, s’est penchée sur l’impact du changement climatique sur la ressource en eau et les milieux aquatiques. Les constats sont alarmants : en 2050, les scientifiques prévoient la diminution des débits de cours d’eau de 10 à 40%.

Une réalité déjà bien perceptible, puisque les étés où la sécheresse s’impose s’enchaînent, transformant les paysages et limitant les consommations sur l’ensemble de l’hexagone. Les consciences s’alarment et le gouvernement choisit au printemps 2023 de présenter le Plan Eau  (Plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau). A travers ce plan, l’Etat propose 53 pistes d’actions avec l’objectif de réduire de 10% la consommation de chaque secteur d’activité, celui du bâtiment étant évidemment concerné.

Responsable de “43 % des consommations énergétiques annuelles françaises et de 23% des émissions de gaz à effet de serre”, le secteur du BTP est en effet un gros consommateur d’eau. De la fabrication des matériaux de construction, à leur mise en œuvre, mais également tout au long de la vie du bâtiment, ce sont des milliers de m3 qui sont consommés, quelques fois gaspillés et bien souvent que très peu réutilisés.

Alors que les acteurs de la construction sont de plus en plus attentifs à bâtir frugale, comment ce mode de pensée s’applique à la sobriété hydrique ?

A la recherche de la filière sèche

Le saviez-vous ? Ce sont plus de 150 tonnes de béton de ciment qui sont consommés chaque seconde dans le monde. Savant dosage de granulat, du ciment et de l’eau, le béton est également l’un des matériaux qui demande une quantité astronomique d’eau, tant dans le création du ciment (35 litres d’eau sont nécessaires pour fabriquer 1 kg de ciment), que la fabrication du béton ( pour 1m3 on estime 135 L d’eau nécessaires), que dans la mise en œuvre. Par exemple, si une dalle de béton est coulée sur le chantier en période de chaleur, un arrosage est nécessaire pour éviter qu’elle sèche en se fissurant. Pour autant, ce major de la filière humide est très majoritairement utilisé dans le monde de la construction, et ce toute l’année, malgré les températures.

©Canva

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Mais alors peut-on renverser la tendance ? Il semblerait que oui, puisque depuis plusieurs années, la filière sèche s’impose. Et comme son nom l’indique, elle ne nécessite pas d’eau pour être mise en forme. Généralement, la filière sèche emploie des éléments pré-fabriqués en bois ou acier, qui n’attaquent pas les nappes phréatiques, qui engendrent moins de nuisances pour le voisinage, et qui plus est, ont une mise en œuvre en chantier  moins coûteuse, plus rapide, et moins polluante. Que des avantages qui ne propulsent pourtant pas la filière en première ligne. Car après presque 100 ans de règne de la filière humide, la transformation des habitudes de construction n’est pas mince à faire : les acteurs de la fabrique urbaine se structurent et se forment peu à peu à ces nouveaux modes de faire.

Economiser l’eau en chantier

Au-delà du choix des matériaux, la phase de chantier est bien souvent ultra-consommatrice d’eau. Entre les besoins pour la construction, le lavage des engins, la vie sur site… L’eau a tendance à couler à flot. S’étalant sur plusieurs mois, le temps du chantier fait pourtant partie intégrante de la vie d’un projet et peut être l’occasion de penser les économies d’eau avant même le bâtiment réalisé.

©Canva

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Et cela commence par un travail de sensibilisation des différents publics agissant sur le chantier :

  • à suivre les consommations : pour mieux se rendre compte des m3 d’eau utilisés quotidiennement sur le chantier, des compteurs pédagogiques peuvent être installés sur la base vie ;
  • à être attentifs à la réduction des fuites : robinets ouverts, tuyaux percés, mauvais raccords… Les fuites d’eau peuvent être nombreuses avec l’usure des infrastructures temporaires utilisées en chantier. Un contrôle régulier de l’état de ces dernières permettrait ainsi de les limiter ;
  • à pratiquer la réutilisation : le réemploi des eaux pluviales pour le nettoyage des engins ou matériels n’est pas pratique commune puisqu’elles ne sont quasiment jamais stockées lors des chantiers. De même, les eaux de lavage usagées peuvent elles aussi être retraitées, en les laissant décanter dans des bacs de stockage et ré-utilisées.

Penser les usages futurs du bâtiment

C’est évidemment sur le temps le plus long, celui de sa vie, que les économies d’eau peuvent être le plus significatives. C’est d’ailleurs l’une des pistes proposées par le gouvernement dans son Plan Eau qui souhaite activement diminuer la consommation d’eau potable dans les bâtiments neufs. Car aujourd’hui ce sont environ 150 litres d’eau potable qui sont utilisés par jour et par personne dont seulement 7 % pour les usages alimentaires (boisson et cuisine).

Mais alors où va toute cette eau potable consommée ? La plus grande majorité part directement dans les installations sanitaires (lave-linge, vaisselles, douches et autres…). Par exemple, une chasse d’eau équivaut à 9L utilisés soit environ 6 jours de consommation d’eau pour un adulte. Et pour réduire cette consommation, plusieurs solutions s’offrent à nous :

  • Il existe désormais des équipements sanitaires qui sont économes en eau : faible débit, sécurité fuite, bon dimensionnement… Les innovations de ces dernières années sont nombreuses et permettent de réduire significativement la consommation d’eau potable au quotidien.
  • Récolter les eaux de ruissellement pour la ré-employer : il est légalement possible de récupérer les eaux de pluie pour les utiliser dans certaines pratiques domestiques qui ne nécessitent pas forcément l’utilisation d’eau potable (chasse d’eau par exemple, ou encore l’arrosage des végétaux).
  • Re-traiter les eaux sales : enfin, plus rares, il est également possible de filtrer les eaux sales (usagées) pour pouvoir les réutiliser. Même si les solutions ont été développées, les réglementations sont encore très strictes et la mise en pratique du recyclage des eaux usées reste encore expérimentale. Les annonces effectuées par le gouvernement lors du Plan d’Eau vont d’ailleurs dans ce sens, et poussent à l’assouplissement des règles à court terme.

La frugalité hydrique est donc à anticiper sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment puisque, des choix de construction jusqu’à son exploitation, le bâtiment consomme énormément. Alors que la question de la sauvegarde de l’eau dans l’aménagement urbain et paysager est fortement intégrée aux réflexions actuelles (revégétalisation, désartificialisation, valorisation à la parcelle), elle l’est beaucoup moins dans le champ de l’architecture. L’assouplissement des réglementations dans les années à venir devrait alors pousser les acteurs qui gravitent autour de l’architecture à prendre à bras le corps la question.

LDV Studio Urbain
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