New York lance son Green New Deal

Le Climate Mobilisation Act prévoit que les nouveaux bâtiments soient équipés de toitures végétalisées
15 Juil 2019

Alors que l’opinion américaine piétine sur un projet de Green New Deal, la ville de New York prend les devants. En avril elle votait un “Climate Mobilisation Act” visant à réduire drastiquement ses émissions carbone. Une initiative d’une ampleur inédite au monde qui espère indiquer la marche à suivre aux autres grandes villes mondiales.

Les gratte-ciel de New York dans le collimateur

Les gratte-ciel de New York dans le collimateur – Pixabay

C’est probablement la législation la plus contraignante prise à ce jour par une ville pour enclencher la transition énergétique. À la mi-avril, le conseil municipal de New York a voté à la quasi-unanimité le Climate Mobilisation Act (loi sur la mobilisation climatique), une loi visant à respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Celle-ci déploie en une dizaine de mesures une stratégie offensive de réduction des émissions carbone, s’attaquant aux énergies fossiles, aux passoires énergétiques ou encore aux véhicules polluants.

La loi des “dirty buildings”

Parmi les mesures, une en particulier retient toute l’attention des professionnels du BTP. La « Dirty Buildings Bill » (littéralement la loi des immeubles sales) prévoit notamment que les immeubles de plus de 25 000 square feet (soit 2 320 m²) devront réaliser des rénovations énergétiques afin de réduire leurs émissions de 40% en 2030 puis de 80% en 2050. Les propriétaires ou gestionnaires contrevenant seront exposés à des amendes indexées sur leurs émissions carbone, celles-ci pouvant atteindre plusieurs millions de dollars par an. Cette stratégie radicale rompt avec les mesures non contraignantes prises dans la plupart des villes occidentales jusqu’ici. « Cette loi pourrait être la plus grande disruption de notre vie dans l’industrie immobilière à New York » résume John Mandyck, président de l’Urban Green Council, un organisme œuvrant à rendre l’immobilier new yorkais durable.

Selon une étude réalisée par la ville de New York, 70% de ses émissions de gaz à effet de serre sont imputables au secteur du bâtiment. Les gratte-ciels de verre et d’acier sont particulièrement visés : très énergivores, ils représentent seulement 2% du parc immobilier de la ville mais la moitié de la consommation globale. Comme le fait la Mairie de Paris, l’idée est donc de s’attaquer à cette réserve de passoires énergétiques grâce aux techniques modernes d’isolation. Les enjeux sont bien sûr gigantesques, 4 milliards de dollars de rénovation seraient nécessaires pour atteindre le premier pallier dicté par la loi.

Le Climate Mobilisation Act prévoit que les nouveaux bâtiments soient équipés de toitures végétalisées

Le Climate Mobilisation Act prévoit que les nouveaux bâtiments soient équipés de toitures végétalisées – U.S. Department of Agriculture

Green New Deal à marche forcée

Ce vote marque une rupture majeure pour New York. En 2009, le puissant lobby de l’immobilier avait réussi à faire reculer le précédent maire, Michael Bloomberg, lorsqu’il avait proposé une loi comparable. Mieux encore : en rebondissant sur la proposition de Green New Deal de la parlementaire Alexandria Ocasio-Cortez, l’actuel élu Bill de Blasio se positionne comme un fort défenseur du climat. Candidat démocrate à la présidentielle de 2020, il marque ainsi des points face à l’administration climatosceptique de Trump qui avait désolidarisé les Etats-Unis de l’Accord de Paris.

Comme une déclaration de guerre, le maire Bill de Blasio a déclaré que « les gratte-ciels n’ont plus leur place dans notre ville, ni sur terre. » Il n’en fallait pas plus aux professionnels du BTP pour monter au créneau. La plupart ont dénoncé une loi coûteuse et irréaliste. D’autant plus que parmi les immeubles concernés (ceux d’une surface de plus de 2 320m²), près d’une moitié a été exemptée de ces objectifs. Ce sont notamment les logements sociaux, les immeubles religieux ou non-lucratifs. Pour conséquence, les immeubles restants concernés par la mesure devront redoubler d’efforts pour atteindre les objectifs de 40 et 80%.

Bill de Blasio, maire de New York et candidat à la présidentielle de 2020

Bill de Blasio, maire de New York et candidat à la présidentielle de 2020 – William Alatriste/Flickr

New York City noyée ?

Il va de soi que la mise en place du Climate Mobilisation Act sera difficile. Présentée comme « la législation d’efficacité énergétique la plus ambitieuse du pays », elle doit développer une filière de rénovation solide en une dizaine d’années. Ce chantier titanesque pourrait bousculer l’équilibre du marché et provoquer des hausses de loyer indésirables. Pour aider les propriétaires à financer les rénovations, la loi prévoit de créer un marché immobilier du carbone. Encore imprécise, la mesure permettrait par exemple à des industriels d’obtenir des crédits carbone contre le financement de la rénovation d’un immeuble.

Pour New York, il s’agit de créer un modèle de transition qui puisse donner la marche à suivre à d’autres villes. « New York va dépenser des milliards de dollars pour atteindre ces objectifs. Mais une fois ces objectifs atteints, le port de New York sera quand même sous l’eau si le reste du monde n’enclenche pas lui aussi une stratégie climatique agressive » déclare John Mandyck au CityLab. « Notre argument est de dire : quitte à dépenser des milliards, autant être sûrs que nous finançons un modèle qui soit exportable. »

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