Les marchands nomades en Asie

10 Jan 2018

Les commerces ambulants nous fascinent et sont bien trop nombreux pour que l’on en établisse une liste exhaustive. Si ces colonnes n’ignorent pas ce passionnant sujet, on quitte aujourd’hui les innovations pour se pencher sur des pratiques plus anciennes ou plus ancrées localement.

Vous n’ignorez plus que l’Asie incarne l’une de nos sources d’inspiration préférées… D’innombrables urbanités, agilités et pratiques astucieuses méritent en effet un coup d’œil  prospectif certain ! Faites vos valises, on vous emmène au Viêt Nam, en Inde et au Japon pour un “top 3” des marchands nomades les plus étonnants.

A la sauvette sur les toits des trains

Dans le nord du Viêt Nam, des femmes risquent leur vie chaque jour en sautant à bord de trains en marche, afin d’y vendre des marchandises aux passagers. Transportées en moto à proximité des compartiments ralentissant, elles s’agrippent alors comme elles le peuvent aux rambardes puis se hissent sur les toits de la locomotive en marche afin d’échapper aux contrôleurs. Ces aventurières profiteront alors d’un arrêt en gare pour entrer dans les wagons et proposer babioles et spécialités locales aux voyageurs.

Un train

Spot parfait pour délivrer sa marchandise… – Crédits Sarahhoa sur Flickr

Cette activité à très hauts risques (chutes, écrasements, électrocutions, poursuites par les contrôleurs sont courantes) est pourtant vitale pour ces femmes. Les bons jours, elles peuvent revenir à la maison avec 100 000 dongs, soient un peu moins de 4 euros, ce qui permet de doubler les revenus du foyer. En outre, cette épreuve journalière permet de faire fonctionner une économie parallèle : les pilotes de moto et les distributeurs en gros (les vendeuses n’ont pas de stock) ont tout à gagner de ces téméraires affaires.

Malgré les offres d’emploi plus sûrs faites par les autorités locales et entreprises, ces femmes ne souhaitent pas changer d’activité pour autant. Elles invoquent, entre autres, l’argument du rapport temps de travail/rémunération. En effet, ces marchandes imprudentes gagnent autant en une demi-journée de travail à bord des trains qu’en une journée en usine…

Un système de livraison à toute épreuve

Tradition désormais plus que centenaire à Mumbai, la distribution des tiffins par les dabbawalas fascinent les sociétés de livraison. Les tiffins, ce sont de petits récipients en métal faisant office de panier repas. Les dabbawalas sont les quelques 5 000 mumbaykars qui les distribuent quotidiennement en vélo à près de 200 000 clients répartis partout dans la ville !

un homme à vélo dans les rues de Mumbai

A vélo dans les rues de Mumbai – Crédits Bharat Mistry sur Flickr

Traditionnellement, chaque tiffin est préparé par la mère, la sœur ou l’épouse du destinataire, qui le reçoit ensuite, livré par un dabbawala à l’heure du déjeuner. Chaque dabbawala a donc à sa charge une quarantaine de livraisons différentes par jour. Dans une métropole en constante évolution, comptant près de 20 millions d’habitants, on pourrait imaginer que les erreurs de livraison sont légions. Or, les études les plus récentes montrent que le taux d’erreur est d’un sur six millions ! Vous avez autant de chance de tomber sur les 6 bons numéros du loto que de vous retrouver avec une commande qui n’est pas la vôtre…

Les dabbawalas ont également su s’adapter aux évolutions sociales de l’Inde. Alors qu’une part grandissante des femmes sont actives, des services de préparation de repas gérés par les épouses des dabbawalas se sont mis en place, pour continuer à proposer de la cuisine maison aux travailleurs. En outre, malgré le goût grandissant des Indiens pour les modes de consommation occidentaux – chaînes de fast food en tête – les dabbawalas ont toujours le vent en poupe.

A Fukuoka, les yatai font de la résistance

Les yatai sont des petites échoppes japonaises modulaires vendant de la nourriture le soir. Dans un espace exigu, les cuisines fumantes côtoient la table partagée par les clients qui dégustent assis des spécialités locales…

Ancrés dans la culture populaire japonaise depuis plusieurs siècles, les yatai tendent pourtant à disparaître peu à peu. Plusieurs raisons à cela : c’est un métier difficile, les groupes de yakuza[1] locaux vont souvent vouloir une part de la recette, et la concurrence des restaurants “en dur” s’est accentuée. Sauf à Fukuoka (chef-lieu de la préfecture de Fukuoka, situé à la pointe nord de l’île de Kyūshū) !

Des passants assis à un stand dans la rue

“T’es sur la paille, je suis dans mon yatai” – Crédits Bruno Vanbesien sur Flickr

Là où de nombreuses autres villes de l’archipel ont voté des arrêtés plutôt contraignants à l’encontre des vendeurs ambulants, Fukuoka a fait en sorte que ces mesures soient moins restrictives. Ainsi, des associations de commerçants ont pu s’organiser pour que survive la culture locale du yatai, redorant le blason de Fukuoka comme étant une des capitales gastronomiques du Japon.

Aujourd’hui, on compte donc plus d’une centaine de yatai enregistrés. Cependant, ce second âge d’or du yatai – aidé par l’essor du tourisme international – risque de prendre un coup dans l’aile, puisque de nouvelles mesures locales ont été prises, ne permettant la transmission d’un stand qu’à un descendant direct…

[1] Terme vernaculaire pour désigner les membres d’un groupe de crime organisé japonais.

Thomas Hajdukowicz

{pop-up} urbain

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