L’innovation sociale face à l’urgence climatique

Centsept
11 Juin 2019

Et si le décloisonnement était la clé pour répondre aux enjeux de la transition écologique dans les villes ? La complexité des défis environnementaux exige de repenser notre rapport à la ville.

Aujourd’hui, près de la moitié de la population mondiale y vit et les territoires urbains, qui représentent moins de 1% de la superficie la planète, concentrent les grands problèmes écologiques, sociaux et économiques d’aujourd’hui : pollution des sols, de l’air et de l’eau, difficulté d’accès aux matières premières, gestion des déchets, concentration de la grande pauvreté et des inégalités, vieillissement de la population, fracture numérique, etc.

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Pour répondre à ces défis majeurs, les acteurs impliqués dans la gestion et le développement de la ville (collectivités locales, pouvoirs publics, entreprises, associations), mais aussi les habitants, sont appelés à changer, voire à transformer profondément leur vision de la ville et leurs manières d’agir. La ville de demain, inclusive et respectueuse de l’environnement, reste à inventer. Et aucun de ces acteurs ne peut agir seul. La population l’a bien compris. 86 % des Français pensent qu’il est urgent que les associations et les entreprises travaillent ensemble pour résoudre les problèmes de la société* et améliorer la qualité de vie au quotidien. Ce constat est de plus en plus partagé par les acteurs publics comme privés. De fait, on imagine mal une réponse aux besoins induits par le changement climatique sans analyse partagée ni actions collectives autour des questions de mobilité, d’isolation des bâtiments, des modes de production, de gestion des ressources naturelles et des déchets produits.
Les partenariats noués au niveau local deviennent ainsi centraux pour apporter de nouvelles solutions à ces problématiques. Prenons l’exemple des associations (ou entreprises sociales**) et des grandes entreprises qui perçoivent de mieux en mieux les bénéfices qu’elles auraient à travailler ensemble : les premières peuvent s’appuyer sur la force de frappe, les expertises et le réseau des secondes pour accélérer leur croissance et enrichir leur offre. De leur côté, les grandes entreprises ont besoin de la créativité, de l’agilité et de la connaissance du terrain des entreprises sociales pour faire évoluer leurs pratiques et organisations. Ces relations gagnant gagnant peuvent – doivent – s’instaurer entre les collectivités et les citoyens, les collectivités et les entreprises.

Les grandes entreprises ont besoin de la créativité, de l’agilité et de la connaissance du terrain des entreprises sociales

Ces « alliances innovantes » au service de la ville de demain peuvent prendre de nombreuses formes, sans qu’aucun des acteurs n’y perde son identité. Première forme d’alliance, la mise en oeuvre d’un partenariat opérationnel qui s’appuie sur les compétences spécifiques de chacun. Ainsi, Yoyo, plateforme de récompense collaborative du tri, s’associe avec Veolia pour améliorer le recyclage des bouteilles plastiques en ville. Yoyo, grâce à un système de coachs et de récompenses, incite les citadins, en particulier ceux des quartiers populaires, à recycler les bouteilles en plastique, Veolia est en charge de la collecte. En deux ans, près de 2 millions de bouteilles ont déjà été collectées en France !
Autre forme d’alliance : la conception et le déploiement d’une nouvelle offre de services communs. À Lyon, EDF et Enedis envisagent de s’associer avec Les clés de l’Atelier, organisme de formation dans le bâtiment destiné aux demandeurs d’emploi longue durée, pour mettre en place un bus itinérant : à l’intérieur, un appartement reconstitué permet aux locataires d’un logement social d’apprendre des gestes simples pour se les approprier et faire des économies d’énergie. La collaboration peut aller encore plus loin et aboutir à la création d’une identité juridique indépendante : LemonAide, entreprise sociale spécialisée dans la logistique du recyclage créée à Paris, est le fruit de l’alliance entre la start-up LemonTri qui propose des solutions innovantes et ludiques de tri, la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE) et la grande entreprise Danone. Ou comment faire rimer développement d’emplois locaux destinés aux personnes les plus éloignées de l’emploi et développement durable. LemonAide s’étend aujourd’hui à Marseille, et sûrement dans d’autres métropoles prochainement. Ces projets sont un levier d’action efficace pour répondre à la fois aux besoins des habitants et aux enjeux de la transition écologique. En créant des opportunités de partenariats « gagnant-gagnant », ils ont un impact positif sur le territoire. La bonne nouvelle, c’est que ce type de démarche se multiplie, dans l’objectif de créer ou consolider des initiatives qui répondent aux besoins des populations.

* Charles-Benoît Heidsieck, « Compte-rendu du séminaire de la Fonda sur le rapports entre associations et entreprises » La Fonda Fabrique associative, mai 2010.
** Associations, coopératives, mutuelles, sociétés anonymes… les entreprises sociales ne sont pas définies par leur statut mais par leur but : générer un bénéfice social ou environnemental. Source

Florence Lécluse

Florence Lécluse – Déléguée générale du CentSept

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