L’habitat léger qui épouse nos façades

Où en est la lutte contre l’étalement urbain en France ? Depuis une vingtaine d’années, ce pilier brûlant des politiques urbaines de l’hexagone reste central. Ainsi, en 2014, la loi ALUR – Loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme  Rénové – pointe la nécessité d’une « utilisation économe des espaces ». Or, repenser la consommation d’espace urbain soulève une série de questions : comment compenser l’insuffisance de logements dans les métropoles ? Comment limiter la  croissance du phénomène de périurbanisation ? Pourquoi l’habit léger peine-t-il à se faire une place en ville ? Afin d’alimenter cette réflexion, un étudiant de L’École de design Nantes Atlantique a réfléchi à un habitat discret et ingénieux qui se glisse entre les murs !

L’étalement urbain : un défi de taille

Les conséquences irréversibles de l’étalement urbain

L’étalement urbain correspond à une extension urbaine excessive sur des espaces, à l’origine, naturels ou agricoles. Résultat ? En France, entre 20 000 et 30 000 hectares sont artificialisés chaque année. Depuis 40 ans, plus de +72 % des sols artificialisés se situent sur le sol métropolitain. Aujourd’hui, environ 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées par ce phénomène. L’artificialisation des sols engendre des effets désastreux dont :

●     l’augmentation des déplacements motorisés ;

●     la hausse des émissions de gaz à effet de serre ;

  • la création d’îlots de chaleur urbains ;
  • l’augmentation du risque d’inondations ;

●     la perte irréversible d’espaces naturels et agricoles.

Lorsqu’un déséquilibre entre l’offre et la demande de logements apparaît de manière brusque, intense et prolongée, on dit que le territoire connaît une « crise du logement ». C’est le cas en France, car pour 500 000 logements attendus aujourd’hui, on en dispose de 350 000.

Selon Robin Rivaton, entrepreneur et investisseur spécialisé dans les enjeux de l’immobilier et des nouvelles technologies : « On ne densifie pas assez nos villes.»

L’objectif Zéro Artificialisation Nette à l’horizon 2030

Cette loi vise, d’ici 2030, à diviser par deux le rythme d’artificialisation par rapport à la période de référence 2011-2021. D’ici 2050, l’objectif est d’arriver à une artificialisation nette qui soit nulle.

Les atouts inestimables de l’habitat léger

La loi ALUR (2014) définit les habitats légers comme des « résidences démontables constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs »*

L’habitat léger, au-delà de l’engouement actuel provoqué par la vague des tiny houses ou la démultiplication des yourtes, cabanes, kerterres ou conteneurs insolites, offre de nombreux bénéfices  :

  • réduction de la consommation de terre ;
  • baisse de la consommation énergétique ;
  • accueil de nouveaux habitants ;
  • développement d’un mode de vie plus sobre.

Néanmoins, de nombreuses appréhensions demeurent pour les usagers envisageant l’installation en habitat léger : ils peuvent craindre le manque de confort ou encore la complexité de la législation à ce sujet, le climat de la localité peut être inadapté à ce type de logement et enfin, l’espace y est perçu comme étant trop restreint. De plus, l’acceptation sociale de ce type de logement peut être difficile dans certaines régions.

Afin de faciliter le développement de l’habitat léger, il faudrait donc :

  1. faciliter la législation ;
  2. adapter l’habitat léger à la ville et aux habitants ;
  3. développer le confort de ce type d’habitat.

Un logement discret pour économiser l’espace urbain

Awen Gueguen, jeune designer étudiant au sein du City Design Lab de L’École de design Nantes Atlantique a conçu un dispositif habile qui s’insinue entre les interstices de bâtiments urbains. Il offre à ses habitants, outre son aspect insolite, des atouts écologiques et économiques inestimables.

Le Nid                                            

Un nid urbain… c’est-à-dire ?

Le Nid est un projet d’habitat permanent qui s’inspire des nids d’oiseaux, à l’image de ces animaux qui utilisent leur environnement pour y construire leur abri. Cet habitat discret se glisse entre deux bâtiments situés dans un milieu urbain dense. Le projet s’inscrit dans la lignée du BIMBY (Build In My Backyard), mais au lieu d’émerger dans un jardin de maison pavillonnaire, il se faufile entre deux parois urbaines et s’y accroche.

“Nests in Milan”, Milan deTadashi Kawamata ©Paolo Riolzi

“Nests in Milan”, Milan deTadashi Kawamata ©Paolo Riolzi

Quelle valeur ajoutée pour Le Nid ?

Le Nid rejoint la famille des habitats légers en raison de ses atouts économiques, écologiques et frugaux. Son innovation consiste en un double intérêt :

1.    créer un logement ou une extension ;

2.    isoler la surface qu’il occupe.

En effet l’isolation par l’extérieur peut s’avérer coûteuse pour le propriétaire : environ 220€/m². Grâce au Nid, il peut investir dans le développement de son bien immobilier, tout en respectant les objectifs gouvernementaux d’isolation des logements.

Ce type de logement s’accorde parfaitement aux besoins d’un propriétaire d’habitat urbain disposant d’un interstice entre son pignon et celui de son voisin. Ainsi, Le Nid peut évoluer et devenir, à un moment donné, un espace personnel dédié à un membre de la famille (adolescent par exemple). Il peut aussi accueillir une partie de la famille lors de certaines occasions. En outre, s’il devient disponible à la location, il sera très attractif pour les personnes aux revenus modestes : étudiant, jeune travailleur, personne aux revenus limités…

Petit, léger et économe en énergie, le Nid offre tout le confort nécessaire à ses protégés tout en protégeant leur santé financière.

Coupe de l’habitat de Le Nid © Awen Gueguen

Coupe de l’habitat de Le Nid © Awen Gueguen

Coupe de l’habitat de Le Nid © Awen Gueguen

Coupe de l’habitat de Le Nid © Awen Gueguen

Projection de la version finale de Le Nid ©Awen Gueguen

Projection de la version finale de Le Nid ©Awen Gueguen

Salon dans Le Nid ©Awen Gueguen

Salon dans Le Nid ©Awen Gueguen

Bureau dans Le Nid ©Awen Gueguen

Bureau dans Le Nid ©Awen Gueguen

Afin que la structure soit solidement arrimée aux murs, des points d’ancrage dans les murs seront percés. Si la structure s’avère trop lourde, des pilotis en contact avec le sol permettront de la soutenir efficacement.

La base du Nid contiendrait des modules à l’image d’une maison “conventionnelle” :  entrée, salle de bain, cuisine, chambre, espace de vie et bureau. La distribution des pièces se déroulerait en longueur et sur plusieurs étages. L’un des bâtiments ou un escalier situé en dessous du Nid permettraient d’entrer dans le logement.

Quelles opportunités à Nantes ?

Actuellement, des micros-architectures telles que Le Nid existent, mais elles sont surtout créées dans un but évènementiel ou touristique. Elles fascinent par leur aspect intrigant et insolite. Pourtant, ces multiples espaces interstitiels en ville gagneraient à abriter autant d’habitats permanents. Par exemple le quartier Zola à Nantes contient un grand nombre de ce genre d’espaces situés entre les immeubles. Ainsi, tout en créant un espace reproductible, l’on pourrait mettre à profit des espaces considérés comme étant inexploités et inexploitables.

Rue des Renardières, Nantes,Google Maps

Rue des Renardières, Nantes,Google Maps

Ce type d’architecture, déployé à grande échelle, permettrait aux propriétaires de participer à la campagne massive de rénovation énergétique française en isolant les façades par l’extérieur.

Le Nid a pour but de créer de nouvelles formes d’habitats dans un contexte où la France n’atteint pas ses objectifs en matière de logement.  De plus, ce type d’habitat léger lutte contre les méfaits de l’étalement urbain. Enfin, l’habitat léger est une solution très économique en comparaison d’un achat immobilier classique. Le Nid abrite donc le rêve d’un habitat aussi léger que concret et transférable à grande échelle. Il fait écho aux mots du penseur et écrivain Pierre Rhabi : « C‘est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain.»

*Loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (loi ALUR), Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires et “La réglementation de l’habitat réversible”, Hameaux Légers.

L'École de design Nantes Atlantique
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