Les Low-Tech, une alternative pour la construction durable ?

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3 Nov 2020 | Lecture 4 min

Alors que les concepts de smart-city se développent à grand renfort de smart grids et d’objets connectés, est-ce que l’avenir de la ville ne consiste pas finalement à revenir à des solutions robustes et peu énergivores ? Sans effectuer un retour en arrière, les low-tech permettent cette efficacité et sont de plus en plus mises en avant comme solutions pour les villes de demain.

Les low-tech se définissent comme des solutions technologiques simples, robustes, efficaces et peu énergivores. Sans revenir à l’âge de pierre ni à la lampe à huile, il s’agit en fait de ne pas réfléchir à la technologie par le prisme de l’innovation mais par celui de l’efficacité. Elles sont ainsi moins sexy vis-à-vis du grand public mais beaucoup plus en adéquation avec les problématiques environnementales. Réfléchir Low-Tech, c’est aussi réfléchir en matière de réemploi, de réutilisation ou de recyclage. C’est-à-dire de prendre en compte le cycle de vie du produit de manière durable, dans son intégralité.

En fait, là où la Smart-City cherche à avoir des utilisateurs plutôt passifs dans un monde automatisé où tout est optimisé grâce à la technologie, une autre vision de la ville durable pourrait passer par les low-techs, avec des bâtiments passifs et des utilisateurs actifs.

L’écoconception et l’utilisateur au centre de la démarche low-tech

Comme pour tout sujet lié à la transition écologique, le choix entre high-tech et low-tech en matière de construction durable est une question d’arbitrage et de réflexion sur les usages. En particulier sur la vision que l’on souhaite du comportement des usagers. Un bâtiment low-tech est donc dépourvu de capteurs qui régulent la température au degré près. Ça ne veut pas dire, cependant, qu’il ne sera pas équipé de panneaux photovoltaïques. Car finalement, l’un des préceptes de base, c’est avant tout de construire dans une logique d’éco-conception.

Un bâtiment low-tech est donc avant tout pensé avec des matériaux qui vont naturellement permettre d’améliorer le confort thermique tout en étant issus de productions durables, et qui sont facilement valorisables en cas de fin de vie du bâtiment.

C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines filières sont remises au goût du jour, comme la filière bois ou la filière paille (un isolant naturel, très performant, qui permet de valoriser un sous-produit agricole dans une logique d’économie circulaire). C’est aussi le cas de la terre crue qui ne nécessite aucune combustion et qui est généralement présente au plus près des chantiers. Un matériau très efficace en matière d’isolation. Par ailleurs, bois, paille ou terre crue sont facilement valorisables. Il n’en sont pas moins efficaces en matière de robustesse et de performance énergétique.

Par ailleurs, outre cette réflexion sur les matériaux, le bâtiment low-tech intègre une vision poussée de son utilisation. En particulier sur la gestion et l’optimisation des espaces. Ici aussi, l’idée est de mettre en place ce qui sera le plus efficace en matière d’utilisation et de consommation pour éviter tout ce qui pourrait être superflu.

À l’heure où l’artificialisation des sols n’est plus possible et où les villes doivent se construire sur elles-mêmes, cette vision de l’optimisation ou de la mutualisation des espaces est une hypothèse à creuser non seulement pour le bâti neuf, mais aussi pour la réhabilitation des bâtiments.

Quel degré de technologie possible dans un bâtiment low-tech ?

À l’évidence, le concept de ville Low-tech ne va pas en opposition totale avec l’utilisation de la technologie, et les bâtiments de demain seront numérisés. La question étant de penser le juste degré de numérisation dont on a besoin. Questionné à ce sujet, l’ingénieur et spécialiste des Low-Tech Philippe BIHOUIX précise d’ailleurs que “le smart building a plutôt tendance à venir rajouter de l’obsolescence dans le bâtiment [car] au final, les promesses du smart building ne sont jamais vraiment tenues parce que la prise en main par les usagers n’est jamais complète ni parfaite”.

Alertés ces dernières années par les limites environnementales du numérique, la question de la technologie dans un bâtiment low-tech tient essentiellement à ce qu’elle apporte et au degré de sophistication technologique retenu. Ainsi, le recours à des technologies photovoltaïques, hydrogène ou à la géothermie sont par exemple en adéquation avec une ville low-tech, à l’inverse d’une fenêtre qui s’ouvre toute seule.

Finalement, c’est un juste milieu à trouver qui passera aussi par une formation de multiples corps de métier à ces sujets, car la ville de demain, plus que jamais, va nécessiter un dialogue permanent entre de nombreux acteurs, comme le rappelle, toujours à propos, Philippe BIHOUIX : “Il est beaucoup plus facile de démolir un bâtiment avec une grosse pince et une benne pour aller à la décharge, que de mobiliser toute une équipe de métiers différents qui va aller récupérer les matériaux pour les réemployer ou les recycler”.

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