Les JO 2020, un nouvel élan pour Tokyo ?

JO 2020 Tokyo - T-mizo sur Flickr
30 Jan 2020 | Lecture 3 minutes

À quelques mois de l’un des plus grands événements sportifs au monde, les premiers bâtiments pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 commencent à être livrés. Entre désastre écologique, innovations et polémiques, et autres affaires de corruption, cette nouvelle édition des Jeux olympiques fait une nouvelle fois couler beaucoup d’encre.

De 1964 à 2020 : quand les JO sonnent le renouveau

Pour la deuxième fois, les nippons accueilleront les Jeux olympiques : un événement qui résonnera 56 ans après les premiers JO, ceux-là mêmes qui ont permis de démontrer aux yeux de tous le renouveau du Japon quant à son ouverture sur le monde. Une signification chère aux cœurs des Japonais, qui fait de cette nouvelle édition un véritable écho à celle de 1964.

Organisés pour la première fois sur le continent asiatique, les Jeux olympiques de 1964 marquaient, en effet, un tournant dans l’histoire du pays. Vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces jeux ont, avant tout, été l’occasion de prouver à tous que le Japon s’inscrivait désormais comme une nouvelle puissance mondiale. De nombreux équipements modernes ont alors été construits pour l’occasion, telles des vitrines de la modernisation d’un pays qui a su se relever de la guerre. Ces jeux ont ainsi sonné le renouveau et furent un succès populaire avec plus de 2 millions de billets vendus.

Une cinquantaine d’années plus tard, ces nouveaux jeux portent eux aussi une signification importante pour le pays du soleil levant. Même si sa modernité et sa place sur la scène internationale ne sont plus à prouver, le Japon a essuyé ces dernières années quelques événements qui l’ont secoué, au premier rang desquels la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Ces nouveaux Jeux sont donc une opportunité pour le pays de démontrer toute sa résilience. L’ambition est alors immense. Il s’agit pour lui de montrer au monde sa capacité à renaître de ses cendres pour ainsi s’affirmer comme un leader dans les domaines de l’innovation et de l’écologie. Une belle occasion pour l’archipel nippon d’exposer à la scène internationale tout son savoir-faire technique dans la création de technologies futuristes. Et à ce propos, les deux mascottes, qui accompagneront visiteurs et athlètes pendant toute la durée des Jeux Olympiques, sont d’ailleurs deux robots appelés Miraitowa et Someit. Ils pourront cligner des yeux, saluer et serrer la main aux personnes qu’ils rencontrent, de quoi rendre l’expérience des jeux, encore plus interactive, notamment chez le jeune public. Une panoplie de robots est également en cours de conception (pour ramasser les javelots par exemple…) et devrait placer l’innovation technologique au centre des JO 2020.

Pourtant malgré cette démonstration de la puissance nippone en matière de nouvelles technologies, cette nouvelle édition des Jeux olympiques ne semble pas convaincre l’ensemble de la communauté internationale. Alors qu’est-ce que les Jeux olympiques de Tokyo 2020 ont à offrir ? Et quel avenir pour la prochaine édition française prévue en 2024 ?

Des Jeux olympiques ambitieux mais contestés ?

Se calquant principalement sur le modèle d’aménagement des Jeux de 1964, de nombreuses infrastructures construites à l’époque seront de nouveaux utilisées. La baie de Tokyo sera également réinvestie par les Jeux : les anciennes infrastructures viendront se mêler aux nouvelles, pour faire de ces lieux, un quartier entièrement dédié à l’événement.
Pour répondre aux enjeux climatiques actuels, tous les aménagements cherchent à réduire au maximum leur impact écologique, en employant dans cette optique, diverses solutions : bâtiments HQE, installations fonctionnant par le biais de l’énergie verte… Dans ce but, l’architecture traditionnelle japonaise a été mise à l’honneur par des constructions en bois réalisées par des architectes locaux, comme Kengo Kuma, qui a dessiné le principal stade olympique. Il s’agit donc d’un projet d’aménagement ambitieux qui cherche à allier savoirs-faires traditionnels et architecture ultra-technologique, mais qui est aussi censé revaloriser le territoire. Ainsi, la région de Fukushima sera également investie puisqu’elle accueillera quelques épreuves, sous le signe de la reconstruction.

Construction du nouveau stade olympique par l’architecte Kengo Kuma ©️Tokyo-good sur Wikipedia

Construction du nouveau stade olympique par l’architecte Kengo Kuma ©️Tokyo-good sur Wikipedia

Mais les JO 2020, c’est aussi de nombreux problèmes dénoncés par des associations actives pour contrer l’organisation des Jeux. Comme d’autres éditions, ces jeux portent déjà une image ternie avant même leur réalisation : le budget annoncé lors de la candidature de la ville a déjà été doublé avec plus de 11 milliards d’euros déboursés, ce qui ne plaît pas tellement à la population locale qui participe bon gré mal gré au financement des Jeux. De plus, l’aménagement du site olympique a amené à l’expropriation immobilière d’une large population démunie. Une situation largement pointée du doigt par de nombreux militants. Viennent s’ajouter à tout cela des soupçons de corruption concernant le gouvernement japonais, qui aurait ainsi permis l’obtention des Jeux Olympiques.

Pourtant, de belles annonces embellissent le tableau : toutes les médailles seront fabriquées à partir de matières recyclées issues d’anciens composants de téléphones portables. D’ailleurs, la démarche 100 % écologique est l’une des principales ambitions affichées pour l’évènement.
Des démarches attrayantes qui ont tout de même leurs limites. Pour cause, en été, les températures élevées de la capitale japonaise peuvent atteindre jusqu’à 38 degrés avec au taux d’humidité proche des 80%. Alors pour assurer le confort des sportifs et des spectateurs, d’une part les installations sportives seront fortement climatisées, et d’autre part, des brumisateurs seront disposés dans de nombreux lieux de la ville. De quoi largement augmenter l’impact néfaste de ces jeux sur la planète… Et au delà de cet aspect, plusieurs équipes sportives s’inquiètent d’ailleurs des effets de ces températures sur les performances des athlètes, dont l’organisme pourrait alors fortement être impacté.

Dans le même temps, les Tokyoïtes alarment déjà les autorités sur les risques de saturation des infrastructures de transports : alors qu’en temps normal, le métro japonais est déjà fortement encombré, les deux semaines d’épreuves des Jeux olympiques pourraient devenir un vrai calvaire pour les locaux qui voient d’un mauvais œil l’arrivée des 20 millions de visiteurs. Afin de répondre à cette inquiétude, le gouvernement commence d’ores et déjà à proposer des alternatives aux travailleurs, comme la mise en place d’horaires décalés et d’heures de télétravail.

Les Jeux 2020 de Tokyo ne semblent donc pas convaincre tout le monde, même s’ils pourraient être pour le Japon un symbole fort de reconstruction. Des débats qui resurgissent tous les quatre ans lors des désignations des villes candidates. D’où le fait qu’une même question se pose inlassablement à chaque nouvelle édition : les villes ont-elles encore les capacités d’accueillir cet événement pharaonique ?

Faut-il réinventer le modèle des JO ?

Alors que les Jeux olympiques suscitent toujours beaucoup d’engouement populaire, il semblerait que les villes soient de moins en moins motivées pour les accueillir. Et pour preuve, lors de la désignation de la ville d’accueil des Jeux de 2024, 4 des 6 villes en course ont annulé leur candidature lors de l’examination des dossiers par peur des coûts et de la logistique qu’implique un tel événement. La désignation de Paris pour accueillir les Jeux olympiques prochains a d’ailleurs été largement contestée par ses habitants et différentes associations.

Une chose est sûre donc : les Jeux olympiques sont un moment fortement attendu par une grande partie de la planète. C’est d’ailleurs l’événement le plus suivi, depuis l’arrivée de la télévision. Ainsi, les Jeux de Londres de 2012 avaient réuni plus de 3,5 milliards de téléspectateurs. Dans un monde qui semble de plus en plus s’écarteler, les Jeux sont l’un des moments les plus fédérateurs en terme d’unité planétaire.

Alors, est-il possible de repenser ce modèle ? La ville de Paris tente déjà de transformer la logique : la quasi-totalité des épreuves sera accueillie dans des infrastructures existantes (95 % des sites sont déjà construits), ce qui permettra de diminuer le nombre de nouvelles constructions et donc le coût de l’événement. Pour cela, la mairie joue sur la décentralisation. Avec la construction du Grand Paris Express, les différents sites sportifs seront accessibles de manière efficace. Mais le pari est à la hauteur de l’enjeu et une question perdure : le chantier du Grand Paris sera-t-il fini à temps ?

Mais si, dans un souci écologique et de diminution des coûts pour les pays organisateurs, la réflexion était poussée plus loin. Pourrait-on imaginer un jour que les Jeux ne soient plus centralisés sur un seul pays, mais dispatchés dans plusieurs ? Cela pourrait permettre à chaque pays d’accueillir une épreuve en fonction des équipements qu’il possède.

Ne faudrait-il pas alors penser à un accueil plus frugal et moins énergivore, en privilégiant des pays moins soumis aux fortes chaleurs en été, les Jeux Olympiques étant un événement estival ? À l’heure du numérique et de la transition écologique, des solutions peuvent être inventées. Celles-ci ont d’ailleurs de grandes chances d’être rapidement mises en place dans les années à venir … La transformation de cet évènement iconique pourrait bien alors incarner les enjeux et solutions à apporter pour demain.

Lumières de la Ville
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