L'émergence de nouvelles attentes envers nos logements

L’émergence de nouvelles attentes envers nos logements

©️ Jonathan Borda via Unsplash
20 Avr 2021 | Lecture 5 min

Le logement est au cœur des préoccupations. Cellule élémentaire de nos villes, les aspirations des habitants à son égard se complexifient et deviennent de plus en plus exigeantes, dans un contexte de pénurie croissante. Une demande de confort qui diffère aussi dans le temps, en fonction de nos étapes de vie, de notre culture urbaine et de la génération à laquelle nous appartenons.

Récemment, la crise sanitaire a elle aussi modifié nos attentes. Alors de quelle manière le rapport au logement évolue-t-il aujourd’hui dans nos villes ? Quelles sont les tendances actuelles et de quelle manière pouvons-nous créer des logements pour tous et toutes ?

Le logement est un lieu qui rythme le quotidien d’une grande partie de la population. Sa taille, son aménagement, sa localisation, son existence-même, peuvent être des facteurs déterminants au bien-être, ou au contraire au mal-être, de chacune et chacun d’entre nous. Il peut tout autant faciliter la vie courante, la rendre plus agréable, plus douce ou plus enthousiasmante, nous ressourcer ou bien nous apaiser, qu’incarner tout l’inverse, et devenir un véritable facteur de stress, d’ennui, d’inconfort ou d’isolation.

Le logement et le rapport que l’on entretient avec celui-ci peuvent complètement différer selon les besoins, attentes, envies et goûts personnels, les moyens financiers, mais aussi selon la culture, l’éducation, la génération à laquelle on appartient, ou même selon les convictions que l’on défend. Ainsi, il y a mille et une manières d’aborder un logement, de l’appréhender, de le choisir, de se l’approprier, tout comme il existe une multitude de modèles d’habitat et de modes de faire.

Le logement évolue en fonction des époques, des sociétés, des périodes de crise sociale, écologique ou économique, en fonction des nouvelles générations et d’opportunités naissantes. Se loger est un droit fondamental et une nécessité, qui se place aujourd’hui au cœur du débat public. Ainsi, et ce depuis de nombreuses années, cette problématique est au centre des projets urbains, des initiatives associatives ou habitantes, des actions législatives et des politiques publiques, qui traitent le logement pour tous et toutes comme un enjeu prioritaire.

L’habitat et les générations : des parcours habitants d’une immense diversité

Chaque étape de nos vies engendre des besoins et des envies spécifiques, en fonction de nos sphères professionnelles, nos relations sociales, nos aspirations personnelles, et l’habitat accompagne ces changements. Bien que tous les parcours de vie sont évidemment différents et englobent des enjeux propres à chaque individu et à chaque situation sociale, familiale ou financière, certains schémas résidentiels sont fréquemment reproduits.

Des jeunes quittant le domicile familial pour habiter un premier logement dont le choix repose généralement sur le coût du loyer, la distance avec le lieu d’études et la praticité de son aménagement intérieur. Des jeunes actifs ou adultes recherchant des surfaces plus généreuses et davantage de confort, pour habiter en couple, en colocation ou après un premier emploi. Des familles qui nécessitent des espaces et des usages adaptés à de nouveaux membres dans le foyer et à des âges divers. Des retraités ou personnes âgées dont les critères sont focalisés sur une certaine proximité avec des proches ou avec des établissements de santé, sur un aménagement de plain-pied ou encore sur la présence d’espaces extérieurs. Sans oublier des personnes invalides, à mobilité réduite ou requérant des aménagements bien spécifiques au sein de leur logement.

L’habitat peut ainsi être le reflet d’un choix de vie, d’aspirations, mais aussi de contraintes, de possibilités ou d’opportunités. Il est de ce fait essentiel que les acteurs et actrices de la fabrique urbaine imaginent, conçoivent et construisent des outils, des modèles résidentiels pouvant s’adapter à chaque parcours habitant. Un travail qui peut être réalisé de diverses manières. D’abord, en produisant sur un territoire une grande diversité de logements qui puissent convenir à des profils variés et entraîner des déménagements selon l’évolution des parcours de vie. Ensuite, en anticipant les différentes étapes de vie au sein d’un même habitat évolutif, pouvant se métamorphoser selon les besoins de ses occupants.

Dans son dernier essai “Faire la ville ? Quelle Ville ?”, le spécialiste de l’urbanisme opérationnel Jean-Yves CHAPUIS nous partage l’exemple du territoire rennais : “Il est très intéressant de voir, dans la métropole rennaise, comment, sur une dizaine d’années, les gens changent de logement, souvent dans leur propre commune. Cela a été possible parce que le travail sur les formes urbaines a développé des logements très différents de la maison individuelle au petit collectif. Ils changent de logement pour des raisons multiples, souvent dues à l’évolution de la situation familiale, au vieillissement et aussi à la notion de bien-être.”

©️ Ján Jakub Naništa via Unsplash

©️ Ján Jakub Naništa via Unsplash

Certains outils et modes de faire permettent également aujourd’hui de transformer un bâtiment, une maison ou une parcelle, afin d’accompagner l’évolution des besoins de chaque citoyenne et citoyen. Des dynamiques de rénovation, de surélévation, de modification de la configuration d’un logement peuvent en effet accompagner divers changements comme l’arrivée d’un nouveau membre dans la famille. Cette mutation du logement peut aussi se concrétiser par la volonté de louer ou vendre une partie de son habitat à une tierce personne, ou même par la création d’un atelier, d’un bureau, d’une salle dédiée à une activité professionnelle !

Une flexibilité accessible à de nombreux territoires, notamment au tissu pavillonnaire. C’est dans cette logique qu’est né le concept du Bimby, de l’acronyme “Build In My BackYard”, littéralement « construire dans mon jardin”. Cette méthode de densification douce, qui commence à porter ses fruits, notamment grâce à l’engagement de structures comme Villes Vivantes, qui ouvrent le champ des possibles et proposent une nouvelle filière de production de la ville. À destination des propriétaires de parcelles bâties, l’idée est de ne pas figer la configuration de son lieu d’habitation, et de le partager, découper, recouper, modifier, agrandir, diviser. Les raisons peuvent être multiples : créer un nouveau logement sur une partie de son jardin afin d’accueillir ses grand-parents en perte d’autonomie dans une maison plain-pied, diviser son terrain pour avoir l’opportunité de choisir ses futurs voisins ou simplement céder une partie de sa parcelle dans un intérêt économique. Cela traduit en réalité l’évolution des besoins selon les étapes de vie, l’évolution des logiques de mobilités résidentielles également, qui sont finalement le reflet d’une évolution sociétale.

De nouveaux engagements, convictions et appétences qui renouvellent l’habitat traditionnel ?

De fait, aujourd’hui nos rapports au travail, à la consommation, à la socialité, et naturellement au logement, se modifient. La mutation des schémas familiaux classiques, les dynamiques de nomadisme, l’émergence actuelle du recours au télétravail, mais aussi les diverses crises sociales, écologiques, économiques et sanitaires transforment nos pratiques urbaines et nos attentes relatives à l’habitat. Cela est particulièrement flagrant pendant les phases de confinement que nous vivons à répétition : l’accès à un espace extérieur au sein de son appartement ou de sa maison, les surfaces, les équipements, la luminosité ou encore les espaces communs entre voisins, deviennent des critères de plus en plus importants.

C’est d’ailleurs peut-être ce qui a le plus marqué une grande partie de la population, cette impression de solitude, cet arrêt soudain d’interactions sociales, ainsi qu’un manque de place prégnant, conditions pourtant essentielles à un certain épanouissement personnel. Pour pallier cela, de nombreuses personnes prennent la décision de mutualiser un logement, et surtout de créer une proximité et des moments partagés avec d’autres membres de la famille, amis ou parfaits inconnus ! Le modèle de la colocation est de nos jours assez démocratisé et n’est pas forcément réservé aux étudiants ou jeunes actifs. Des adultes, familles et même des personnes âgées, comme le propose l’entreprise Ages&Vie, font le choix de cette forme de cohabitation, leur permettant de diviser certains coûts, d’avoir des surfaces plus généreuses et d’adopter un rythme de vie peu conventionnel.

Des modèles de co-living tendent également à se multiplier au sein de nos territoires. Des modes d’habitat au sein desquels certaines pièces, cuisine, salon, espace extérieur, sont partagées, quand ce n’est pas le logement dans son entièreté, et certains équipements, tels qu’un rooftop, une salle de sport ou même une salle de cinéma, sont intégrés à l’immeuble et au prix du loyer. Dans les deux cas, la colocation et le co-living assurent un lien social, une reconnexion entre voisins, colocataires de vie ou de cuisine. Une logique adoptée par de plus en plus de citoyennes et citoyens.

En parallèle à l’émergence d’un retour à l’autre et à la nécessité de se reconnecter à un lien social, nous assistons également au développement de consciences écologiques qui influencent elles-aussi notre rapport au logement. Importance des performances énergétiques, quantité et qualité des espaces verts et de biodiversité urbaine, logique de trame verte et bleue, filières de matériaux de construction biosourcés, les acteurs privés, comme les acteurs publics, se saisissent du sujet. Avec l’élaboration de labels dédiés à garantir la durabilité du projet, dont la fameuse démarche EcoQuartier à l’échelle d’un projet d’aménagement, les professionnels de la fabrique urbaine commencent à modifier leurs modes constructifs afin de correspondre à un nouveau marché : celui des locataires et acquéreurs soucieux de l’impact environnemental de leur logement. Et quand cette approche ne leur semble pas suffisante, et qu’ils souhaitent s’engager dans un mode de vie davantage écologique, les citoyennes et citoyens se mettent alors eux-mêmes au travail !

©️ Andrea Davis via Unsplash

©️ Andrea Davis via Unsplash

“Aujourd’hui, nos concitoyens […] s’étonnent de la conception des logements qui sont souvent inadaptés à l’évolution des modes de vie” rappelle Jean-Yves DUPUIS dans son essai “Faire la ville ? Quelle Ville ?”. C’est pour répondre de manière concrète à ces enjeux que s’est développé, il y a maintenant quelques années, l’habitat participatif. Construire un logement écologique, minimiser les coûts de construction, s’inscrire dans un projet collectif, l’habitat participatif peut en effet regrouper toutes ces attentes. Ce modèle a surtout commencé à s’implanter dans nos territoires pour une raison : les habitantes et habitants souhaitent aujourd’hui participer activement aux processus urbains, à la mutation de leur quartier et aux décisions concernant l’acte de construire et d’habiter.

L’idée est également d’entreprendre des logiques de mutualisation et de partage à une échelle collective, afin de lier démocratie participative, écologie et cohésion sociale dans un projet immobilier dont les futurs occupants sont les initiateurs et constructeurs. Une évolution à l’origine quasiment marginale qui se renforce d’années en années, et une approche qui se diffuse au sein de la fabrique urbaine avec une place dédiée à la participation et à la préfiguration toujours plus importante, mais qui peine encore à devenir systématique.

Alors demain, quelles nouvelles dynamiques rythmeront la construction mais aussi l’investissement de l’habitat ? Quels nouveaux rapports entretiendrons-nous avec nos logements ? Ce qui est certain, c’est qu’une logique commence à émerger, guidée par les revendications citoyennes et les aspirations individuelles, ou collectives, de personnes souhaitant devenir actrices de la conception, réalisation et exploitation de leur logement. Une logique dont nous pouvons tout à fait envisager (et espérer!) la pérennité, dans un contexte où les processus urbains doivent à présent se tourner vers des démarches collaboratives, et être pensés pour et par les personnes qui habitent et s’approprient quotidiennement nos territoires.

LDV Studio Urbain
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