Le vélo, un symbole de l’urbanité japonaise

30 Nov 2015

De l’architecture à la cuisine, en passant par l’accent, la langue ou la gestuelle, il est des éléments qui ne trompent pas pour identifier tel ou tel territoire. Regroupés ou observés à part, une multitude de composants urbains façonne de la sorte la singularité d’un lieu. Nous avions déjà évoqué ici une partie du mobilier et certaines pratiques qui définissent le Japon d’aujourd’hui… A présent, c’est au vélo que nous nous intéressons, en tant qu’ingrédient essentiel de la ville japonaise. Comme la bicyclette à Hanoï ou le taxi collectif dans certaines régions d’Afrique, les moyens de transport peuvent effectivement compter parmi les marqueurs les plus caractéristiques des cités nippones.

Carte postale nippone parmi les plus proches de la réalité - Crédits James Justin sur Flickr

Carte postale nippone parmi les plus proches de la réalité – Crédits James Justin sur Flickr

Bikes everywhere

Si les premiers vélos (Jitensha 自転車) nationaux apparaissent au Japon dans les années 1920-1930, c’est au début des années 1950 que cet objet à deux roues connaît un véritable essor. D’abord essentiellement considéré comme un sport campagnard, puis utilisé pour transporter des marchandises, le vélo se démocratise petit à petit jusqu’à devenir un véritable phénomène dans les années 1960. Dès lors, le peuple japonais se mettra de plus en plus à rouler à bicyclette, et les villes s’aménageront petit à petit en fonction de cette nouvelle pratique. Le milieu des années 1960 marque en effet les premiers pas de ces infrastructures : de la mise en circulation éphémère de wagons de train acceptant les vélos jusqu’à la première piste cyclable.

De nos jours, le vélo est une institution au Japon. Au même titre que les distributeurs de boisson, l’imagerie “kawaii”, et les ramen. Les rues japonaises sont en effet inimaginables sans ces deux roues à la sonnette bien exploitée…

Selon les statistiques officielles, il y aurait 72 millions de vélo en circulation au Japon, pour une population de 127 millions d’habitants. Ajoutez à cela qu’il s’en vendrait une dizaine de millions tous les ans…” (juin 2015)

En découlent de nombreuses ambiances, pratiques et situations associées. A l’heure où nos villes françaises tâtonnent pour installer plus sérieusement cette pratique – pourtant ancienne et ancrée socialement – dans leurs espaces, elle persiste au Japon comme un délicieux arrière-goût d’Asie populaire.

Bicyclette à l’arrêt…

La période 1975-1985 est caractéristique du second “boum” d’utilisation du vélo par les japonais. C’est à ce moment-là que les fameux parkings à vélo font leur entrée sur l’échiquier de l’urbanisme et des usages nippons. Objet urbain presque complètement absent de nos espaces publics, il constitue en revanche un cliché avéré des rues du Pays du Soleil Levant. Dans un précédent billet, nous vous faisions la liste des différents types de parkings/garages à vélo, du plus alambiqué au plus accessible. Petite précision : globalement, garer son vélo ne ruinera personne puisque l’action en question coûte rarement plus de 100 円 quelles que soient les conditions…

Le parking souterrain innovant qui fait parler de lui depuis des années

On trouve donc toutes sortes de ces lieux ou mobiliers dédiés. Aux yeux des touristes, ce service apparaîtra alors sans grande cohérence urbanistique tant les formes diffèrent d’un endroit à l’autre ! Parfois souterrain, parfois payant, parfois sans marque apparente d’antivol, parfois gigantesque… Ces espaces représentent peut-être le mieux l’essence de la ville japonaise. Ni éphémères ni anarchiques, les parkings à vélos sont absolument partout. Aménagés de façon à s’adapter au contexte et à l’espace choisis, ils sont fonctionnels, toujours pratiques, toujours pleins, et toujours respectés en tant que tels.

Ne nous méprenons pas : des centaines de vélos sont également garés à même la rue, devant une maison ou contre du mobilier. Les vélos étant majoritairement dépourvus d’antivols, la fourrière dédiée peut alors venir confisquer ce bien s’il se situe dans un lieu gênant. Pour le récupérer, donnez simplement la cote qui lui est associée (tous les vélos japonais sont effectivement immatriculés !).

…et en cadence avec la ville ?

Pour circuler, c’est une autre paire de manches… C’est votre expérience de la ville nippone qui, au gré des rencontres et des balades, vous fera réaliser que la bicyclette occupe une place de choix dans les flux japonais.

Si les pistes cyclables essaiment le territoire, les personnes roulant à vélo (tant elles sont nombreuses) se voient fréquemment partager les voies de circulation : avec les voitures parfois, avec les piétons souvent. Rappelons que les routes de ville au Japon manquent cruellement de trottoirs. En revanche, le marquage au sol peut être tout à fait salvateur en matière de séparation des flux ! On remarquera d’ailleurs la variété de la signalétique dédiée. Regardez vos pieds, et vous découvrirez tout un tas d’espaces (métro, couloirs souterrains, portions de rues commerçantes etc.) où l’usage du vélo n’est pas franchement apprécié. Et régulièrement, un panneau interdisant son affluence et son stationnement cache… beaucoup de vélos ! C’est plus fort qu’eux, les Japonais amènent leur mode de transport préféré partout, quitte à défier les lois (ce qui n’est pas vraiment une habitude locale en dehors de cette pratique spécifique).

Un bon coup de sonnette et le tour est joué - Crédits Reuben Stanton sur Flickr

Un bon coup de sonnette et le tour est joué – Crédits Reuben Stanton sur Flickr

D’un côté, la présence des cyclistes pourra être vécue par les piétons comme à la fois impitoyable et très agile. Ainsi, ils n’hésiteront pas à slalomer entre les marcheurs plus lents ou à manifester leur présence. Observez, et vous vous rendrez compte que tous les âges pratiquent cet art, parfois même munis d’un parapluie (pas très pratique) voire d’un smartphone pour une conversation textos (balaise). Cependant, les accidents ou rixes sont peu notables…. donc probablement assez rares.

De l’autre, les vélos éviteront le plus possible la cohabitation avec les véhicules motorisés, quitte à rouler sur les trottoirs et autres espaces dédiés aux piétons si piste cyclable il manque ! Avouons que les automobilistes japonais sont probablement peu commodes avec leurs concitoyens non motorisés, comme d’autres dans le monde…

Pour conclure, si la cohabitation des modes au Japon ne se fait pas sans encombre, elle roule plutôt bien. Ceci grâce à de multiples aménagements, agilités partagées et règles de bonne conduite. Si nous souhaitons densifier la pratique de la bicyclette sur nos territoires pour un résultat pacifié, il faudra bien faire preuve d’ingéniosité et ne pas hésiter à bricoler nos espaces urbains si codifiés !

Pour aller plus loin :

{pop-up} urbain

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