Le 1% artistique en ville, ça donne quoi ?

27 Fév 2024 | Lecture 4 min

Il y a quelques mois, la ville de Montpellier a dévoilé une initiative exigeant que toutes les nouvelles constructions sur son territoire intègrent une œuvre artistique.

Un dispositif qui fait écho à celui du gouvernement : l’obligation de décoration des constructions publiques, exigeant que 1% du budget alloué à la construction d’un édifice public soit dédié à une œuvre artistique.

Depuis 1951, ce dispositif a donné lieu à plus de 12 000 projets se déployant sur l’ensemble du territoire français, mais comment se concrétise-t-il dans nos espaces publics ? Quel type d’œuvre contribue à relever ce défi de l’art en ville ?

Le 1% artistique, 1% culturel, 1% décoratif : mais quésaco ?

Il est possible que vous ayez déjà eu vent de son existence ou que vous ayez remarqué quelques œuvres au détour de vos escapades urbaines, sans même soupçonner l’existence du dispositif qui les sous-tend. Pourtant, le 1% artistique a joué un rôle essentiel dans la création et la mise en place de plus de 12 000 œuvres à travers la France. À son instauration en 1951, le dispositif est élaboré dans le but de mettre en avant la création artistique contemporaine en intégrant des œuvres d’art au sein des édifices publics. Cette politique exige ainsi que 1% du coût de construction ou de rénovation de tout édifice public soit consacré à la conception d’œuvres artistiques. À l’origine limitée aux bâtiments rattachés au ministère de l’Éducation nationale, son application a été élargie et s’étend aujourd’hui non seulement aux constructions publiques de l’État, mais aussi à celles des collectivités territoriales. Une mesure qui reflète la volonté politique de rendre l’art accessible à tous et toutes, tout en soutenant la création.

Comment ça se passe ? Le budget alloué au projet artistique est calculé par rapport au montant total des travaux mais sans les taxes et excluant tous les honoraires de l’architecte, des travaux de voirie et de l’équipement en mobilier. Si cette enveloppe est inférieure à 8 000 euros, il est possible d’opter simplement pour l’achat d’une œuvre auprès d’une galerie ou directement auprès d’un ou une artiste. Au-delà de cette somme, la constitution d’un comité de pilotage s’impose, réunissant l’ensemble des parties prenantes du projet, à savoir : la tutelle, l’affectataire du bâtiment, le maître d’œuvre, le conseiller pour les arts plastiques de la direction régionale des Affaires culturelles, et un représentant de la collectivité locale. Ensemble, ils élaborent le cahier des charges de la construction et de l’intervention artistique associée. À savoir également, que si le budget du projet artistique dépasse les 16 000 euros, le projet sera soumis à une commission régionale constituée de membres officiels de “droit” (préfet, recteur, représentant de la commune…) et de personnalités extérieures.

Morvarc’h, la sculpture réalisée par l’artiste breton Jean-Marie Appriou s’est installée sur le parvis de la gare. Une œuvre monumentale financée grâce au dispositif 1% artistique de la ligne b du métro qui permet de rendre l’art contemporain accessible et visible dans la ville !

Morvarc’h, la sculpture réalisée par l’artiste breton Jean-Marie Appriou s’est installée sur le parvis de la gare. Une œuvre monumentale financée grâce au dispositif 1% artistique de la ligne b du métro qui permet de rendre l’art contemporain accessible et visible dans la ville !

Concernant le choix des artistes et des œuvres, les membres du comité d’avant-projet peuvent tous suggérer des artistes adaptés à la commande. Néanmoins, le conseiller pour les arts plastiques reste l’acteur clé dans la présentation des artistes et de leurs approches. Le cadre de ces créations reste relativement souple, comme le précise le texte de loi “sans exclusive de discipline artistique”, offrant aux artistes la liberté de poursuivre leur démarche tout en s’inspirant du lieu afin de créer du lien entre l’œuvre et son futur environnement. Mis à part cela, tous les types de médiums sont permis : sculptures, peintures, mobiliers de design, installations lumineuses, sonores ou encore botaniques… Laissons libre cours à la créativité !

Du public au privé : le club 1 immeuble, 1 œuvre

À l’heure où la culture joue un rôle de plus en plus essentiel dans le développement urbain, le dispositif gouvernemental 1% artistique demeure un levier majeur pour soutenir la création artistique contemporaine et enrichir notre quotidien. Alors, dans la poursuite de ces efforts, une nouvelle démarche de la politique ministérielle a vu le jour en 2015 : la charte 1 immeuble, 1 œuvre. Ses objectifs sont identiques à ceux du 1% artistique mais s’appliquent désormais dans le secteur privé. Les 13 membres fondateurs de la charte, des promoteurs immobiliers, se sont ainsi alliés pour inscrire la création artistique au cœur des programmes immobiliers à travers l’hexagone.

Depuis, d’autres entreprises, partageant cette détermination à intégrer l’art dans leur démarche de responsabilité sociétale, ont rallié les rangs de cette initiative. La charte compte désormais 80 signataires parmi lesquels des promoteurs, des sociétés foncières et des bailleurs sociaux qui s’engagent à installer une œuvre dans chacune de leur construction. Sollicitant un artiste vivant, ils commandent ainsi une œuvre originale ou acquièrent une création déjà existante, tout en prenant à leur charge la rémunération de l’artiste ainsi que les coûts liés à sa réalisation et son installation. Ce réseau engagé a déjà permis l’installation de plus de 650 œuvres à travers tout le pays.

En 2019, l’association « Le Club 1 Immeuble, 1 Œuvre » a vu le jour, initiée par des signataires de la charte. Son objectif : mettre en lumière le programme et ses créations à travers des actions de communication. Le club organise donc régulièrement des événements d’art contemporain et met à disposition de ses membres des ressources facilitant la concrétisation de leurs projets artistiques. Tous les deux ans, le prix « 1 Immeuble, 1 Œuvre » vient aussi récompenser les réalisations exemplaires de ce programme artistique, soulignant ainsi l’impact positif de l’art au sein de l’immobilier contemporain.

L’œuvre lauréate du concours en 2023 est installée au coeur de l’écoquartier Nanterre Cœur Université impulsé par le groupe Bouygues Immobilier : Beautiful View #1. Créée par le duo d’artistes suisse Sabina Lang et Daniel Baumann, l’œuvre représente quatre sièges verts, identiques à ceux des tribunes d’un stade, suspendus en haut d’un mât blanc de 22 mètres de haut, dans le prolongement de l’axe historique allant de la Grande Arche de la Défense jusqu’au musée du Louvre. Comme une invitation à rêver et à méditer sur le changement de point de vue, son absurdité apparaît comme un mirage : Je rêve ou quoi ? Je vois bien des sièges là-haut ? Comment fait-on pour s’asseoir ?

Vers une généralisation du dispositif ?

Faire de la ville un musée à ciel ouvert semble désormais à portée de main, grâce à ces nombreuses initiatives qui s’emploient à contribuer à la vitalité culturelle de nos villes. Certaines, comme Montpellier, placent d’ailleurs la barre encore plus haute en exigeant que chacune des nouvelles constructions érigées sur leur sol, qu’elles soient publiques ou privées, intègre en son sein une œuvre d’art. D’ici 2026, une centaine de projets artistiques devraient voir le jour à Montpellier et orneront les espaces communs des immeubles ou l’espace public.

Une manière de stimuler la créativité et d’encourager le débat sur l’art contemporain en suscitant la discussion mais aussi la participation. Certains projets invitent les habitants dans le processus de création, l’art devient alors vecteur de lien social pour imaginer collectivement une œuvre représentative des lieux et de sa communauté. Michèle Attar, Directrice Générale de Toit et Joie du Groupe Poste Habitat, l’explique : Je ne crois à l’intégration d’une œuvre uniquement plaquée, je pense que les habitants ont besoin de s’intégrer au projet […] L’art est rassembleur et partout, il peut être vecteur de projet ». De cette philosophie est née une fresque géante sur les murs des habitats collectifs des Andelys dans l’Eure, où les habitants ont mis leurs mains à la patte en accompagnant les artistes dans leur recherche d’inspiration et leur réalisation.

Alors que les créations conçues dans le cadre de la charte « 1 Immeuble, 1 Œuvre » aspirent à collaborer avec et pour les habitants, les réalisations issues du dispositif 1% artistique, intégrées aux constructions publiques, accordent encore trop peu, voire pas du tout, d’attention aux usagers des lieux. Dans l’optique de créer une œuvre plus ancrée dans son environnement mais aussi de renforcer l’approche participative de la fabrique urbaine, pourquoi ne pas envisager de soumettre le projet à un comité d’habitants/usagers, leur offrant ainsi la possibilité de participer activement aux choix des artistes et des œuvres ?

LDV Studio Urbain
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