La ville, atelier à ciel ouvert (2/2)

5 Mar 2014

Enfin reconnu à sa juste valeur, l’art de rue ne cesse de se diversifier. La preuve à travers les portraits de trois acteurs majeurs du street art français : le pochoiriste C215, l’artiste Invader et les graffitistes du collectif Vive la Peinture !

C215, pochoiriste sans frontières

Une oeuvre de l'artiste français C215, exposée en 2010 à la Signal Gallery de Londres. Copyright : urbanhardcore.eu / Flickr

Une oeuvre de l’artiste français C215, exposée en 2010 à la Signal Gallery de Londres. Copyright : urbanhardcore.eu / Flickr

Son vrai nom est Christian Guémy. Mais son nom d’artiste urbain, c’est C215. Depuis 2006, ce
« pochoiriste » installé à Vitry-sur-Seine décore les murs des grandes villes du monde. Très tôt repéré par l’artiste britannique Banksy – avec qui il a travaillé sur plusieurs projets collectifs – il cherche à travers ses oeuvres à rendre la ville plus humaine. Le plus souvent, il représente des femmes, des enfants, des clochards, des amoureux ou des chats. Bref, des êtres de la rue. « Ce qui m’intéresse, c’est de suivre l’idée à la fois subversive et romantique que les anonymes peuvent aussi être des icônes » explique l’artiste dans un reportage que lui a consacré Arte.

C215 prend toujours soin d’intégrer ses héros anonymes à l’identité de la ville et du quartier où il travaille. « Le street art, ce n’est pas l’art dans la rue, mais l’art de la rue » expliquait-il en 2013 à Libération, bien conscient que ses œuvres sont amenées à être altérées par le passage du temps et les interventions des passants. « Le musée est là pour conserver ; la rue, elle, est là pour avaler, pour transformer, pour emboutir l’oeuvre. »

Retrouvez toute l’actualité de C215 sur son site.

Invader : des monstres sur les murs

L'artiste français Invader a posé plus de 3000 monstres de céramique dans près d'une centaine de villes à travers le monde. Copyright : Edward Betts / Wikimedia

L’artiste français Invader a posé plus de 3000 monstres de céramique dans près d’une centaine de villes à travers le monde. Copyright : Edward Betts / Wikimedia

L’invasion a démarré en 1998, quand des dizaines de petits monstres de mosaïque ont commencé à apparaître sur les murs de Paris. Des monstres dont la forme rappellait celle des envahisseurs pixelisés du mythique jeu vidéo Space Invaders, sorti en 1978. Bientôt, on découvre que ces assemblages minutieux de petits carrés de céramique sont l’oeuvre d’un certain Invader, un artiste français qui, tel les Daft Punk, apparaît toujours en public masqué ou de dos. Dans les années 2000, l’invasion se poursuit hors de France. À tel point qu’aujourd’hui, ce sont plus de 3000 monstres qui squattent les façades d’une centaine de villes, de Los Angeles à Hong Kong en passant par Berne ou Tokyo. Mais chaque pièce est unique, Invader prenant soin de modifier la forme et la teinte de tous ses envahisseurs. Pour chacune des villes où il passe, l’artiste réalise au préalable un « plan d’invasion », une façon de créer de nouvelles cartographies urbaines : « Ce sont des parcours très subjectifs dans les villes que je traverse. C’est un croisement entre la stratégie du petit poucet et les déambulations urbaines chères à Baudelaire et aux situationnistes », explique Invader dans une interview accordée au site Artistikrezo.

Se sentant plus proche du mouvement hacker que de celui du graffiti, Invader considère son oeuvre comme une façon de contrer l’envahissement de la publicité dans l’espace public : « S’il n’y avait pas des artistes comme moi pour produire des oeuvres dans la rue, celle-ci ne serait occupée que par la publicité. »

Découvrez le site officiel d’Invader.

Vive la Peinture ! Des graffitis pour enrichir la ville

Installation du collectif Vive la Peinture ! près de la fontaine Tinguely, à Paris.  Copyright : T.Geffray

Installation du collectif Vive la Peinture ! près de la fontaine Tinguely, à Paris. Copyright : T.Geffray

Pionniers du street art en France, Jean Gabaret et Michel Espagnon se définissent comme des « activistes du mouvement graffiti ». Créateurs du collectif Vive la Peinture !, les deux artistes tapissent les murs de Paris de leurs créations éphémères depuis le début des années 1980. Aujourd’hui, on trouve encore trace de leur passage dans les catacombes de la capitale, au détour d’une rue, sur le quai du métro ou sur les murs de certains bâriments industriels. « Nous avons toujours peint dans des lieux abîmés ou abandonnés, pour enrichir la ville. Nous voulions ainsi nous réapproprier l’espace urbain, le reprendre des mains des publicitaires pour le restituer au public », racontaient en 2009 les deux artistes dans une interview accordée à L’Express.

Pour « VLP », qui décrit son art comme « une forme de poésie urbaine », la rue est le dernier espace de liberté, et l’art peut contribuer à le préserver. C’est donc pour interpeller les passants sur la marchandisation de l’espace public que les deux artistes ont créé, au début des années 2000, Zuman Kojito. Un personnage imaginaire dont ils déclinent le profil coloré un peu partout, agrémenté de messages poétiques de résistance.

Retrouvez toute l’actualité de Vive la Peinture ! sur son profil Facebook.

Les artistes ont-ils un rôle à jouer dans l’aménagement des villes ?

Lire la 1ère partie de l’article : La ville, atelier à ciel ouvert (1/2)

 

Usbek & Rica
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