Kigali, un modèle pour les villes africaines ?

30 Août 2018

Alors que le Rwanda a subi en 1994 un génocide tragique, sa capitale Kigali est devenue en quelques décennies une ville durable en accord avec les Objectifs de développement durable de l’ONU. Un succès qui s’explique par des projets innovants qui tendent vers la cohésion sociale, mais aussi la propreté urbaine par des travaux communautaires et la réduction du trafic automobile en ville. Un modèle à suivre pour les villes africaines ?

En plein coeur de l’Afrique Subsaharienne, dans la région des grands lacs, entouré par d’immenses états aux frontières marquées par le partage des pays colonisateurs, se trouve le Rwanda, aussi surnommé “le pays aux milles collines”. Un petit pays (26 338 km2, plus petit que la Belgique) parcouru de collines verdoyantes dont l’histoire tragique l’a fait connaître au monde entier. Il a été marqué par la colonisation allemande puis belge, qui ont exacerbé un conflit entre les clans Hutu et Tutsi, soldé dans les années 90 par une terrible guerre civile et le génocide des Tutsi en 1994.

20 ans plus tard, le pays s’est relevé de ces conflits en ayant supprimé le clanisme. L’économie s’est alors relancée de façon spectaculaire et la position politique du Rwanda s’est affirmé sur la scène africaine, notamment depuis l’accès de Paul Kagamé à la présidence de l’Union Africaine. Mais d’autres problématiques persistent, malgré la baisse de la pauvreté, des inégalités fortes persistent. En effet, le pays est très dépendant d’aides extérieures : il déjà très peuplé et connaît un accroissement qui risque de mener à une surpopulation et à des pénuries alimentaires. Pourtant le Rwanda est aujourd’hui un exemple pour beaucoup de pays africains, étant en pointe sur l’écologie et la propreté, le pays ambitionne même de devenir le nouveau Singapour. Est-ce une réelle possibilité ou une utopie ?

Une capitale africaine modèle

Le centre de Kigali culmine sur les hauteurs d’une des nombreuses collines

Le centre de Kigali culmine sur les hauteurs d’une des nombreuses collines. Crédit : Le Figaro

Située au centre du Rwanda, Kigali la capitale, peuplée par 1,1 million d’habitants, est une ville à la forme originale. En effet, celle-ci est bâtie uniquement sur des collines, les vallées étant majoritairement laissées à la nature. Ces dernières décennies, elle a connu de nombreux mouvements de population. La capitale a été le théâtre de la guerre civile et du génocide rwandais, elle fut donc marquée par le départ d’une grande partie de la population, puis d’un retour massif avec la paix. Depuis les années 2000, elle connaît une pression démographique forte due à l’exode rural rwandais et à la croissance naturelle du pays. En raison des conflits, la population est très jeune puisque la majorité des habitants ont moins de 30 ans.

Cette croissance démographique rapide cause donc des problématiques de logement et des tensions urbaines. Kigali doit faire face aux mêmes difficultés subies par la majorité des villes africaines : pollution, surpopulation, développement rapide et anarchique, criminalité, etc. Pour améliorer la situation, la capitale rwandaise a conçu un plan de développement qui se base sur 3 piliers : écologie, équité et économie.

Les modifications de la ville passent aussi par une intervention importante par de la planification urbaine : la destruction des bâtiments informels au centre sont alors remplacés par des constructions denses, le plus souvent des tours de bureaux et de logements. Pour éviter une dégradation de la qualité de vie de ceux qui vivaient dans les bidonvilles, les habitants les moins aisés sont déplacés dans des logements à bas prix en périphérie, quant aux quartiers informels autour de la ville, ils sont reliés aux différents services élémentaires (eau, égouts, électricité et réseaux routier).

“En 2008, ONU-Habitat a remis son Prix d’Honneur à Kigali pour ses efforts d’élimination des taudis et d’amélioration des aménagements urbains, en particulier concernant la collecte des ordures, la fourniture de logements et d’installations sanitaires et l’approvisionnement en eau.” source : un.org

Autre élément exemplaire et encore non pratiqué dans les autres pays africains, tous les derniers samedi du mois a lieu l’umunga, une journée obligatoire dédiée au nettoyage des déchets de la ville par les habitants. La ville de Kigali met aussi en place des initiatives très modernes comme l’horticulture urbaine et périurbaine avec l’aide de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).  Enfin, la ville a développé un système de collecte de déchets afin de permettre leur recyclage. Les résidus sont donc triés par les habitants selon cinq typologies : organique, papier/carton, plastique, déchet inertes ou dangereux. Seul ce dernier est incinéré tandis que le reste est recyclé dans les centres de la ville.

En plus des lois de salubrité, la capitale organise une fois par mois la journée sans voiture. À l’instar de Paris et d’autres grandes villes du monde, qui organisent ce type de journées sans circulation motorisée, les routes deviennent piétonnes. Cet événement est l’occasion à chaque fois de promouvoir dans la ville, l’exercice physique et la prévention santé en offrant des consultations gratuites aux citoyens. Le centre-ville de Kigali a aussi été interdit aux voitures, une décision qui contraste avec les autres pays africains où la voiture est omniprésente et considérée comme un outil essentiel de leur développement.

Une transformation par une politique stricte

Si le Rwanda a pu se relever du génocide et afficher de tels résultats, c’est en grande partie lié à la politique stricte, que ce soit au niveau national ou à l’échelle de la ville elle-même. Une gouvernance placée sous le signe de l’ordre et de la propreté, le Rwanda se veut être un exemple pour l’Afrique ! Les autorités ont fait preuve d’une grande volonté de relancer le pays en prouvant leur capacité à gérer les difficultés et cela s’est traduit par une politique très stricte.

Le pays est par exemple, précurseur dans l’abandon de sacs plastiques, dont l’importation et l’utilisation sont interdits depuis 2004. Pour imposer cette loi, des amendes conséquentes sont émises à ceux qui continuent de les utiliser. Elles peuvent atteindre des sommes bien plus conséquentes que le revenu moyen d’un rwandais, jusqu’à une peine de prison de 6 mois, ainsi que des excuses publiques pour les commerçants. Une fermeté radicale qui a forcément porté ses fruits avec une telle contrainte, ce qui a montré la voie à d’autres pays comme le Maroc en 2016. Ainsi, la société post génocide est très réglementée : le Rwanda est l’un des rares pays où la sécurité routière est surveillée, l’absence de casque ou de ceintures entraîne aussi une amende.

Un mode de vie forcé qui tend vers celui des pays européens alors même que le Rwanda reste un pays encore peu développé, avec par exemple une mortalité infantile encore très forte. Il reste donc de nombreux combats à mener pour que le pays puisse devenir le nouveau Singapour.

Quel avenir pour le pays ?

Kigali est très peu dense, mais la planification urbaine prévoit de densifier la ville.

Kigali est très peu dense, mais la planification urbaine prévoit de densifier la ville.

Le modèle du pays est exemplaire, certes, avec des progrès écologiques et économiques, mais est-ce un modèle durable ? Et à quel prix ? Les avancées écologiques ont eu lieu grâce à de nombreuses aides d’organisations internationales, mais aussi, comme on l’a dit, par cette politique stricte et contrainte pour les habitants.

Ainsi, on peut se demander si la population est bien consciente de ces enjeux ? Certes, l’imposition de mesures fortes a permis un changement radical pour le pays, mais s’est-il véritablement opéré une sensibilisation aux sujets écologiques ou sociaux auprès de la population ? De plus, le modèle démocratique du Rwanda reste controversé. Le pays n’a connu que deux présidents différents depuis 1994, l’actuel président Kagamé étant en fonction depuis 2000. À la suite de ses deux premiers mandats, il a acquis la possibilité, après modification de la constitution par référendum, d’être réélu au delà de la durée qu’il a déjà occupé en tant que Président.

L’avenir du pays est donc encore incertain, entre la surpopulation, le risque d’un régime de plus en plus autoritaire au fil des ans ou le possible conflit avec ses pays voisins. L’eldorado voulu par le Rwanda ne pourrait être qu’un mirage si tous les efforts accomplis depuis plus de vingt ans s’effondrent. Pourtant, le pays et sa capitale ont un fort potentiel et restent une source d’inspiration pour l’ensemble des initiatives qu’ils ont réussi à mettre en place. Le Rwanda est devenu un exemple de développement pour l’Afrique, réussissant un développement économique qui n’oublie pas l’importance de l’écologie. Il se pourrait bien qu’il détienne les clés d’un avenir meilleur dans sa population très jeune, qu’il faudra sensibiliser aux enjeux du développement durable, et à laquelle il faudra aussi transmettre ce nouveau modèle de vie sans avoir à passer par la contrainte, pour que les progrès se maintiennent dans le futur et donnent naissance à une société nouvelle pour ce petit pays plein de promesses !

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