Informelle ou intentionnelle : la ville créative

Flickr / © Benoît

Depuis le 1er octobre et pour un mois, il est possible de visiter un vaste immeuble transformé en gigantesque oeuvre d’art dans le 13ème arrondissement de Paris, street art dit-on. Peu avant et non loin de là était annoncée la création du « plus grand incubateur au monde » dans les anciennes halles Freyssinet, à Paris toujours. Deux approches, deux manières de faire la « ville créative » ainsi qu’on l’appelle dans les colloques pompeux.  Dans les deux cas, une forte présence publique, financière et réglementaire, même si ce sont bien les personnes elles-mêmes qui font vivre ces espaces au final.

Ces deux objets cependant traduisent un tournant dans la manière de concevoir les politiques publiques urbaines. L’Etat, la ville, la métropole ne sont plus là pour faire mais pour rendre possible – il s’agit donc d’une action publique « catalysatrice » de la créativité individuelle – ce qui est toujours mieux que l’action publique castratrice on le reconnait bien volontiers.

Ils disent aussi beaucoup sur la place de l’informelle dans la ville. La vaste galerie étant destinée à la destruction par son propriétaire, elle est par nature éphémère. Inversement, la création de l’incubateur est clairement intentionnelle et sera fait pour durer – le principe de fonctionnement de ce nouveau lieu de travail est néanmoins de permettre des rencontres fortuites, le travail coopératif, bref d’offrir un cadre pour l’informel productif.

La ville et ses gestionnaires semblent ainsi agir avec un nouveau mode d’action, zone encore incertaine où on ne dicte pas mais où on facilite.

Comme souvent les modèles étrangers et français nous informent qu’il peut s’agir là d’une stratégie gagnante et peu coûteuse. Londres a réussi avec succès à construire une Techcity partant de rien, c’est à dire un large cluster d’entreprises travaillant dans les nouvelles technologies – Berlin quant à elle, ville « sexy et fauchée » par excellence a su préserver son potentiel de créativité en laissant les gens investir les immeubles abandonnés. Dans les deux cas, une action publique qui oriente et gouverne mais qui surtout facilite.

Paris essaie de faire l’un et l’autre, pas simple quant on sait que l’incertitude n’est pas toujours couronnée de succès, elle aurait eu pourtant tort de ne pas s’y risquer.

par Morgan Poulizac

SciencesPo Paris Cycle d'Urbanisme
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