Gestion de la crise COVID19 : un retour en force de l’échelle locale ?

9 Juin 2020 | Lecture 4 minutes

Face à la crise sanitaire, les solutions apportées ont souvent été à l’échelle de la ville et du quartier. Les territoires ont ainsi fait face à des inégalités, selon l’implication des acteurs de proximité et les élus locaux pour répondre à la crise. Distribution de masques et de gels hydroalcooliques, quelles ont été les bonnes initiatives dans le monde sur le sujet ? Et comment traduisent-elles la force de l’échelle locale en cas de crise ?

source Clément Falize sur Unsplash

Le 1er avril dernier, en pleine crise sanitaire COVID 19, un arrêté visant à assurer la continuité du fonctionnement et de la gouvernance des collectivités locales durant l’état d’urgence sanitaire est adopté en conseil des ministres. Cet arrêté accorde aux autorités exécutives locales des compétences élargies, notamment en accélérant les processus de prises de décisions des collectivités. Alors que depuis le début du mandat du président Emmanuel Macron, les relations entre le pouvoir central et les maires de France étaient compliquées, cette crise sanitaire est venue redéfinir les jeux de pouvoirs à différentes échelles, privilégiant les prises de décisions et permettant de déployer des leviers d’actions à l’échelle locale. Mais que nous raconte ce renversement de situation sur un temps plus long ? L’échelle locale est-elle en train de revenir en force ?

 

Quand les élus locaux prennent les devants

Au lendemain de l’annonce du confinement dans un contexte plus que jamais incertain, l’urgence de la situation a poussé l’ensemble des acteurs politiques et associatifs à agir face aux besoins d’aides sanitaires, sociales, économiques de la population : distributions de masques, gels hydroalcooliques, paniers de denrées alimentaires aux plus vulnérables, mise en place de couvre feu, fermeture ou ouverture des marchés … les actions menées à l’échelle locale se sont démultipliées sur l’ensemble du territoire. Ainsi, chaque ville a mis en place sa propre stratégie d’action, adaptée à ses problématiques locales, afin de satisfaire au maximum les besoins.

De nombreuses villes ont, par exemple, choisi d’ouvrir leur cantine centrale pour cuisiner des repas gratuitement aux populations les plus défavorisées ou d’assurer un accueil pour les enfants des personnels travaillant et d’autres ont même poussé leur créativité plus loin. La ville de Grenoble a, en effet, créé le festival “fête comme chez vous”, un festival en ligne alimenté quotidiennement donnant accès à l’ensemble des œuvres de la numérothèque et des festivals audiovisuels de la ville.

Mais l’équilibre entre le pouvoir central et les pouvoirs locaux a été également mis à rude épreuve : certains choix politiques des élus locaux se sont vus contestés. La maire de Paris, Anne Hidalgo, s’est, par exemple, longtemps opposée au gouvernement afin d’acter la réouverture des parcs et n’a finalement pas obtenu gain de cause. Certains arrêtés pris par les maires ont eux aussi été annulés par le gouvernement.

 

Quand l’échelle locale favorise l’action immédiate

Cette crise sanitaire, son ampleur et sa soudaineté ont soumis la gestion des territoires à certaines difficultés, illustrant l’incapacité de certains processus décisionnels à se coordonner mais également le manque de résilience des systèmes urbains. Cependant, elle a également été l’occasion d’illustrer concrètement la capacité de l’échelle locale à être réactive. Le confinement et les protocoles sanitaires inhérents à la protection de la population, ont de fait obligé les collectivités à revoir le fonctionnement de leur territoire et de rapidement fabriquer des synergies avec les acteurs associatifs, économiques et sociaux locaux.

Une des pratiques les plus révélatrices de la capacité d’action immédiate de l’échelle locale est le déploiement dans une large majorité des territoires français de pistes cyclables temporaires. À l’annonce du déconfinement, les territoires urbains se sont agités pour repenser leurs offres et favoriser les mobilités extérieures pour limiter le risque de contamination de la maladie. En moins d’une semaine, ce sont 150 kilomètres de pistes temporaires qui se sont déployées en Île-de-France et plus de 1000 kms dans le reste du territoire français.

 

Paris s’est doté de 30 kms de pistes cyclables supplémentaires ©️Thomas De Luze sur Unsplash

 

Ce choix de développement rapide des mobilités douces par les collectivités locales s’est largement inspiré de certaines villes à l’internationale : Bogota (Colombie), possédant pourtant déjà 550 kms de pistes cyclables, a choisi, dès le début de son confinement, d’opter pour un urbanisme tactique dans le but de repenser ses mobilités. Au début du confinement se sont 22 kms de pistes qui ont ainsi été créés, un chiffre augmentant jusqu’à 117 kms au moment où la demande était la plus forte, pour retomber aujourd’hui à  76 kms de pistes supplémentaires aujourd’hui. Mais la capitale colombienne est loin d’être la seule à  avoir rapidement opté pour cette solution : Berlin, Mexico ou encore New York ont largement modifié leurs rues pour les transformer en pistes cyclables.

L’urbanisme tactique est devenu le fer de cheval de nombreuses collectivités pour répondre quasi-instantanément aux besoins locaux. La plupart des municipalités ont d’ailleurs aidé à la réouverture des restaurants et cafés en leur autorisant l’élargissement de leurs terrasses sur l’espace public.

L’échelle locale, échelle de la résilience ?

Malgré la complexité de la situation sanitaire et de la difficulté de coordination entre les échelles de pouvoir décisionnaires, la crise du COVID 19 a démontré une fois de plus que l’échelle locale est avant tout l’échelle de la solidarité. Elle a parfois pu apparaître comme spontanée pendant le confinement avec une entre-aide entre voisins, les applaudissements à 20h ou encore la mise en place de maraudes pour les plus démunis. Tandis que d’autres fois, cette solidarité fut organisée notamment pour la fabrique de masques en tissus par les entreprises locales. Enfin, cette solidarité locale s’est aussi établie sur le long terme : certaines régions et métropoles ont mis en place des systèmes de prêts pour les entreprises en difficulté.

 

la solidarité s’affiche aux fenêtres ©️M sur Unsplash

 

Agir à l’échelle locale s’est donc révélé indispensable à la gestion de la crise sanitaire et économique, qu’a engendré l’apparition du COVID 19. En redistribuant les cartes du pouvoir, entre décisions nationales et gestion locale, les élus ont pu agir au plus vite afin de répondre aux problèmes inhérents à leurs territoires. Cette action locale a favorisé la création de synergies entre des acteurs locaux clés, mais aussi facilité la mise en action rapide des décisions prises. Ce sont également aux échelles les plus resserrées que les liens de solidarité se sont le plus développés. Il semblerait donc que l’échelle locale soit plus apte à s’adapter, se transformer, créer des synergies : elle a d’ailleurs démontré pendant cette crise, sa capacité de résilience. Après ce temps de confinement et de déconfinement, ne serait-il pas intéressant de se questionner sur les rôles adoptés par les élus locaux pendant cette crise et pourquoi pas redéfinir les contours de l’action locale en terme de gouvernance pour faciliter, dans l’avenir, le développement de territoires plus résilients ?

Lumières de la Ville
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