Face à la crise Covid-19, un renouveau de l’action sociale et solidaire en ville ?

Solidarité aux fenêtres de Dan Burton via Unsplash
23 Juil 2020 | Lecture 6 minutes

La crise liée au coronavirus a provoqué une vague de solidarités. Pour faire face à cette situation exceptionnelle, de nombreuses mesures territoriales ont été assurées par des bénévoles et des associations, mais également des citoyennes et citoyens à échelle individuelle. Dans un contexte de confinement et de distanciation physique, comment l’espace urbain et l’organisation urbaine peuvent-ils alors, dans le futur, devenir un nouveau support pour l’action sociale et solidaire ? Comment les acteurs de l’économie sociale et solidaire, ont-ils transformé leur fonctionnement, leur temporalité, et de quelle manière ont-ils modifié leur rapport à la ville pour mettre en place des actions de solidarité ?

Dans de nombreux domaines comme la psychologie, l’écologie, l’économie ou l’art, nous pouvons observer un phénomène commun : la résilience. Cette expression scientifique ayant rejoint le langage commun depuis quelques années, notamment par l’apport du neuropsychiatre français, Boris Cyrulnik, définit la capacité d’un écosystème à retrouver un fonctionnement normal après une perturbation écologique, ou d’un système économique à revenir sur une trajectoire de croissance après avoir connu un choc. La résilience comprend des notions d’anticipation et de réaction face à un dérèglement et face à l’avenir. Cette période si particulière, si inédite que nous avons vécue durant le confinement a, elle aussi, fait émerger une forme de résilience : la résilience communautaire. De nombreuses initiatives ont ainsi émergé partout en France et ont permis le développement d’actions de solidarité, à petites et grandes échelles, individuelles et collectives, pour permettre la création ou la solidification de liens sociaux, essentiels pour beaucoup de personnes.

Une nouvelle organisation spatiale des actions sociales et solidaires

Cette période inédite, arrivée soudainement, a considérablement modifié l’organisation et les actions de nombreuses structures associatives, en particulier celles qui œuvrent quotidiennement dans le domaine social. Les nouvelles règles sanitaires, l’impossibilité de se réunir collectivement et l’évolution de nos déplacements ont ainsi contraint un grand nombre d’associations à repenser leurs projets et actions, notamment leur organisation spatiale.

Car pour bon nombre d’entre elles, c’est par la proximité sociale que des actions peuvent se déployer. Certaines associations sont par conséquent passées d’activités sédentaires à nomades. C’est le cas de Basiliade, qui accueille et accompagne les personnes en situation de précarité atteintes notamment par le VIH/SIDA et qui a développé divers lieux à Lyon et Paris destinés à proposer des moments conviviaux et solidaires. L’association a profondément modifié son organisation ainsi que ses actions. Elle s’est liée aux structures Uraca, Bus des Femmes et Dessine-moi un mouton afin de créer une véritable chaîne de solidarité. Et c’est ainsi qu’elle est passée de l’organisation de repas partagés et ateliers artistiques au déploiement de livraisons de denrées alimentaires. Pour la première fois en 30 ans, les lieux d’accueil ont donc fermé, mais ont permis en 10 semaines de livrer près de 39 000 repas. “Nous sommes allés vers les personnes sans attendre qu’elles viennent à nous” souligne Didier Arthaud, président de l’association, qui a assisté à ce changement d’organisation, notamment spatial, des activités de Basiliade.

Dans la même logique d’évolution et de solidarité, des espaces urbains, des équipements, des structures commerciales ou hôtelières qui structurent aujourd’hui nos territoires ont aussi évolué en termes d’usages et de fréquentation pendant la crise du Covid-19. Le confinement n’a pas toujours pu être respecté par certaines personnes, non pas par contournement volontaire des réglementations mises en place, mais bien parce que des personnes sans-abri n’avaient pas la possibilité de se confiner dans un lieu fermé. Pour répondre à ces enjeux sociaux et apporter leur aide aux personnes en situation de grande précarité, des structures comme des hôtels ont profondément chamboulé leur organisation, en passant d’un usage touristique qui fait fonctionner une économie locale, à un usage profondément solidaire, un soutien et une aide physique et morale. C’est donc près de 11 000 places d’hôtels qui ont mobilisées pendant le confinement pour faire face à la crise sociale, à laquelle s’ajoutait la crise sanitaire.

Des petites initiatives aux grandes conséquences

Toutes ces actions furent absolument essentielles pour une partie de la population qui compte quotidiennement sur les structures associatives solidaires pour vivre. Mais au delà de ces actions pour les plus fragiles, la ville a également été le terrain de nouvelles expériences solidaires, d’initiatives individuelles, collectives, commerçantes, pour une autre catégorie de la population. En effet, pour certaines personnes, ce type d’actions sociales et solidaires ne représente pas une première nécessité, en revanche, elles peuvent se révéler essentielles pour continuer à générer du vivre-ensemble et fédérer les citoyennes et citoyens malgré cette situation. .

Ainsi une autre forme de solidarité s’est activée, dans le but de communiquer sa reconnaissance, créer un réseau d’entraide, ou bien simplement pour soutenir toutes les personnes qui ont continué à travailler, à faire vivre nos territoires. D’autre se sont mobilisés pour accompagner les personnes seules ou celles qui n’avaient pas la possibilité de subvenir à certains besoins. Nos halls d’immeuble se sont ainsi transformés en lieu d’entraide au sein desquels divers mots proposant des services ont habillé les murs, le silence de tous les territoires se coupait chaque soir à 20h pour laisser le bruit des applaudissements réveiller nos rues, les commerces de première nécessité ont continué à dynamiser nos espaces urbains et ont pu être le lieu de nouvelles interactions sociales.

Dan Burton via Unsplash

Dan Burton via Unsplash

Cela a été essentiel pour faire perdurer, voire émerger, un sentiment positif, solidaire, optimiste pendant la période de confinement. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer de quelle manière ces initiatives se sont finalement déplacées d’un endroit à un autre et ont de ce fait contribué à renouveler l’action sociale et solidaire en ville. Elles se sont déplacées pour certaines d’un espace intérieur à un espace extérieur et ont permis d’investir différemment l’espace public. Elles se sont déplacées pour d’autres du bas vers le haut, de la rue vers nos fenêtres et nos balcons. Le psychosociologue Sylvain Delouvée observe que cette nouvelle forme d’expression émotionnelle, le fait de manifester notre soutien et reconnaissance chaque soir à 20 heures n’était pas seulement destiné aux soignantes et soignants. Ce phénomène a en réalité grandement participé à conserver un lien avec les autres, à développer une forme de cohésion sociale malgré la distanciation. De plus, le sociologue Dominique Boullier remarque à juste titre que l’environnement urbain est particulièrement adapté à ces manifestations, par les hauteurs et les vis-à-vis des immeubles.

Enfin ces actions sociales et solidaires se sont déplacées d’un espace physique, qu’il soit intérieur ou extérieur, public ou privé, à un espace numérique. De nombreuses structures ont ainsi fait perdurer, ou bien complètement renouveler leurs activités par l’utilisation d’une plateforme numérique et ont de ce fait participé à modifier l’espace urbain. Les associations engagées dans le domaine social et solidaire ont utilisé des solutions numériques afin de garder un contact avec les bénéficiaires et ont pu mobiliser de nouveaux bénévoles, notamment via des plateformes telles que Tous Bénévoles. Des commerçants, notamment dans le domaine de la restauration, ont fait appel à la générosité de leurs anciens clients, via des espaces de crowfunding ou des solutions de commandes prépayées, comme l’initiative Sauve Ton Resto, pour ne pas suspendre définitivement leurs activités.

Toutes ces actions, ces aides financières, ces réseaux d’entraide, ce soutien collectif, l’engagement de volontaires, ont pris une grande ampleur, et ont notamment permis, dans une vision plus agile de l’action sociale, de reconnecter l’espace à l’action. Cette spontanéité solidaire ainsi que la mobilisation de nombreux citadines et citadins ont permis, malgré la crise sanitaire, de révéler une vision positive et optimiste de la ville. Elle a permis de développer une nouvelle forme de proximité sociale, d’implication solidaire de toute une population qui a souhaité venir en aide aux acteurs qui font quotidiennement vivre un territoire et c’est une dynamique que nous devons prolonger et enrichir pour participer à l’émergence de villes durables, solidaires et résilientes.

Lumières de la Ville
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