Et si la ville du futur était celle du « chill » ?

4 Août 2015

Face à une ville qui aujourd’hui ne serait que passante, mobile, hyperactive, traversante, certains veulent innover en la rendant confortable, statique et reposante. En inventant des chaises portables pour échafaudages, ou en installant des bancs et tablettes rétractables devant les immeubles, ils font un pied de nez à cette hyper-mobilité urbaine et relancent une nouvelle manière de profiter de la ville en créant du lien social au travers du repos urbain.

Les bancs collectifs. Crédits : Bankjes Collectief

Les bancs collectifs permettent aux habitants de se rencontrer. Crédits : Bankjes Collectief

Cela fait maintenant plus de deux ans que deux jeunes hollandaises du nom de Jesse et Cathelijn ont lancé à Amsterdam le projet « Bankjes Collectief » que l’on peut traduire tout naturellement par bancs collectifs. Ce projet qui a suscité un bel écho aux Pays-Bas ainsi que dans d’autres pays à travers le monde, part d’un constat tout simple : La ville dans ce qu’elle a de plus épanouissant laisse néanmoins une place prépondérante à la solitude. Face à ce constat, leur souhait était de recréer au sein de l’espace urbain, des moments de convivialité spontanés. Dans une ville faite de flux incessants et de réseaux correspondants, il s’agissait alors de miser sur l’adhésion possible des urbains pour un rythme de vie plus lent, plus convivial, plus solidaire.

C’est donc dans cet esprit qu’ils ont lancé « Bankjes Collectief ». Leur idée, proposer aux habitants d’Amsterdam, durant les mois de beau temps, d’installer au pied de leur immeuble, des bancs collectifs destinés à engager la conversation avec leurs voisins et les passants. Cette initiative qui a donc démarré un jour d’été en 2013, a obtenu l’effet escompté puisque la première année ce sont au total 163 bancs qui ont été installés et répertoriés sur un site dédié. En 2014, la colonie des bancs amstellodamois a même plus que doublé.

Plateforme des bancs collectifs.Crédits : Bankjes Collectief

La plateforme répertoriant l’ensemble des bancs collectifs. Crédits : Bankjes Collectief

De nombreuses activités sont mêmes organisées par les propriétaires du banc, ce qui fait de ces nouveaux lieux éphémères de véritables lieux de rencontres aux quatre coins de la ville. Des cours de salsa, des cafés, des apéros, des cours de tricots, chacun pourra trouver son bonheur et de nouvelles personnes à rencontrer dans son quartier ou quelques rues plus loin.

Activités sur les lieux éphémères. Crédits : Softwalks

Des activités sont organisées sur les lieux éphémères. Crédits : Softwalks

Cette volonté de ralentir en ville pour favoriser la cohésion sociale, n’est en rien l’apanage des Pays-Bas. Dans d’autres villes à travers le monde et depuis plusieurs années, on retrouve des initiatives qui vont dans ce sens. C’est notamment le cas à New-York, où cette fois, ce sont deux jeunes designers qui ont tenté d’innover. Au sein de leur studio SoftWalk et surtout en s’inspirant du tumulte de la rue new-yorkaise, ils ont créé un kit éphémère composé de chaises, de tables, de diffuseurs de lumières et de pots de fleurs, le tout amovibles. Leur but, inventer des composants de villes éphémères qui en s’adaptant aux aléas de la ville et de ses travaux, viennent en réalité favoriser la cohésion sociale.

Chaise éphémère amovible. Crédits : Softwalks

Chaise éphémère amovible pour favoriser la cohésion sociale . Crédits : Softwalks

Cette tendance vient forcément rappeler l’essor des parklets que l’on découvrait il y a quelques années du côté de San-Francisco. La multiplication de ces espaces de loisirs créés en lieu et place (justement !) des places de parking inutilisées donnaient notamment naissance aux Parking Day, un peu partout à travers le monde pour arriver jusqu’en France. Depuis quelques années donc, le désir pour une nouvelle forme de ville jaillit, une ville citoyenne et conviviale. Et ce qui semble intéressant au sein de cette tendance de fond, c’est que ses nombreuses illustrations se juxtaposent très souvent aux réseaux de mobilités présents dans nos villes. Comme si finalement la convivialité ne pouvait se créer qu’en sortant des codes contraints par la vitesse et la fonctionnalité de ses dispositifs.

Un dernier exemple en date vient même appuyer cette hypothèse. Il y a quelques jours, au début du mois de juillet, un jeune new-yorkais du nom de Thomas Knox proposait aux voyageurs passant par les stations du métro de Manhattan, de faire une pause au milieu du de la foule et ainsi remplacer le stress de l’attente souterraine par un sourire et une rencontre. Pour cela, rien de plus simple. Il a installé sur le quai une table, quelques jeux, de la bonne humeur, un grand sourire et une très grande envie de rencontrer de nouvelles personnes et le tour est joué. Plutôt que d’attendre seul son métro en s’ennuyant, ce new-yorkais de 28 ans vous propose un “Date While You Wait”, autrement dit “Échangez quand vous attendez”.

Rencontres dans le métro. Crédits : Date While You Wait

Remplacer le stress de l’attente souterraine par une rencontre. Crédits : Date While You Wait

En résumé, c’est bien connu, la vitesse échauffe et stresse. Plutôt que d’aller toujours plus vite, le futur en ville ne viendrait-il pas de notre capacité à flâner, profiter, observer, en somme à “chiller”, de l’anglais “refroidisseur” ?

Lumières de la Ville

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