Demain, les bâtiments seront-ils construits grâce à nos déchets ?

Le Duomo de Pise ©: mot1963 sur getty images
23 Jan 2023 | Lecture 3 minutes

Depuis toujours, on a réutilisé les matériaux de certains bâtiments pour en construire d’autres, et cette tendance au réemploi s’accélère ces dernières années. Il existe même des innovations qui permettent d’aller plus loin dans le réemploi en utilisant des déchets pour les transformer en matériaux de fabrication.

Le secteur du bâtiment est l’un des plus gros consommateurs de matières premières et l’un des plus gros producteurs de déchets. Ces dernières années, alors que les enjeux liés au réchauffement climatique nous forcent à repenser nos modèles, on voit émerger une tendance autour de la réutilisation des matériaux de construction dans le but de réduire les coûts, mais aussi de limiter les impacts environnementaux du BTP et de préserver les matières premières.

Le réemploi des matériaux de construction est ainsi devenu une pratique courante dans le secteur du bâtiment, allant des petits projets résidentiels aux projets de grande envergure. Une tendance qui, cependant, n’est pas tout à fait nouvelle puisque le réemploi de matériaux pour la construction de bâtiments est en vérité une pratique ancestrale que nous faisons mine de redécouvrir aujourd’hui.

Le réemploi des matériaux, une tendance pratiquée pendant des siècles

Le réemploi des matériaux de construction dans le secteur du bâtiment n’est pas une nouveauté. C’est une pratique qui remonte à la nuit des temps et, depuis des siècles, les hommes ont réutilisé les matériaux disponibles pour construire des habitations ou des monuments. Si cette pratique a été peu documentée – sans doute parce qu’elle semblait logique – de nombreux bâtiments historiques témoignent de ce procédé.

En Italie, par exemple, la cathédrale de Pise, lors de sa reconstruction au 11ème siècle, a été rebâtie avec des matériaux provenant d’autres bâtiments. On y trouve ainsi certaines pierres portant des inscriptions venant de monuments de la Rome antique. Elle comporte également des éléments architecturaux provenant de monuments arabes, pris lors de batailles victorieuses contre les Sarrasins et ramenés en trophées. En France, nous possédons quelques exemples similaires. à l’image de l’abbaye des Vaux de Cernay ou encore de celles de Cluny en Bourgogne, qui ont partiellement servies de carrières de pierres après la Révolution Française pour construire d’autres habitations.

Si la pratique a longtemps perduré, il semble ensuite que le réemploi des matériaux passe de mode à partir de la révolution industrielle. Plus tard, avec la production d’acier en grande quantité puis l’usage du béton en masse, la production architecturale à moindre coût va rendre obsolète l’idée de réemployer les matériaux. Jusqu’à récemment, où à la faveur de la transition écologique, le secteur du BTP se voit obligé de repenser son modèle.

Le Duomo de Pise ©: mot1963 sur getty images

Le Duomo de Pise ©: mot1963 sur getty images

Bâtiments modulaires et réemploi de matériaux

Meilleure gestion des déchets, utilisation de matériaux biosourcés et géosourcés, mais aussi réemploi et recyclage : le secteur du BTP n’échappe pas aux tendances de l’économie circulaire qui, au contraire, lui ouvrent même de nouvelles perspectives. Ainsi, une tendance à l’urbanisme circulaire émerge ces dernières années autour de la question de l’usage et de la temporalité d’un bâtiment. Ainsi, plutôt que de déconstruire et de reconstruire la ville, des architectes et urbanistes militent pour un meilleur développement de l’architecture modulaire, qui permet de démonter et remonter les bâtiments à l’infini. C’est un peu ce que propose l’entreprise Agilcare, par exemple, qui a livré dernièrement 100m² de bureaux pour une association de réinsertion du Val-d’Oise, qui ont vocation à être transformés en logements quelques années plus tard.

Les bâtiments démontables et modulaires pourraient donc faire partie de la solution pour permettre de limiter l’artificialisation de sols, l’extraction de matières premières et la production de déchets. Mais cette question des déchets est aussi au cœur d’innovations intéressantes dans le secteur du BTP. Certaines entreprises ont même développé des technologies pour que les déchets puissent devenir des matières premières. Ainsi, demain, nos maisons pourraient être partiellement fabriquées grâce à nos déchets.

l’Abbaye des Vaux de Cernay © Jaspe sur Canva]

Bientôt des bâtiments construits grâce à nos déchets ?

En France, le secteur du BTP produit plus de 200 millions de tonnes de déchets chaque année, soit 5 fois plus que les déchets des ménages. Et c’est justement cette dernière catégorie qui intéresse certaines entreprises pour créer de nouveaux matériaux de construction grâce aux déchets textiles où aux déchets non-recyclables qui sont enfouis et incinérés.

C’est le cas, par exemple, de la startup FabBrick, une startup qui utilise des déchets textiles qu’elle transforme en “briques”. Pour cela, ces textiles sont broyés puis mélangés à une “colle écologique” chargée d’agglomérer les fibres. Elles sont ensuite pressées pour former les briques résistantes au feu et à l’humidité, avec de fortes propriétés isolantes. Ces briques servent notamment pour la conception de mobilier d’intérieur (étagères, tables basses, supports de lampes, etc.) mais peuvent aussi servir pour créer des cloisons. Une manière intéressante de réutiliser les nombreux déchets de la fast-fashion.

Une autre entreprise française va encore plus loin en créant une sorte de pierre – semblable à de la pierre de Tuffeau – grâce aux déchets non-recyclables des ménages. Néolithe, nom de cette startup innovante – récupère donc les déchets refusés par les centres de tri afin de les broyer pour les transformer en poudre. Elle a ensuite développé une technologie brevetée qui permet – avec un mélange d’eau et un liant particulier- de créer une pâte qui est ensuite chauffée et solidifiée. À l’arrivée, cela donne une matière proche du calcaire qui a déjà reçu un premier agrément du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) pour être utilisée à hauteur de 10%, au sein de bétons non-structurels en tant que substitut aux granulats traditionnels.

Des innovations qui peuvent donc laisser penser que, dans les années à venir, notre capacité à créer de nouvelles matières à partir de nos déchets pourra permettre au secteur du bâtiment de s’intégrer pleinement dans une logique circulaire propice à la transition écologique.

© wjarek sur Getty Images

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