Contre la solitude : l’urbanisme relationnel

L'Hôtel Pasteur à Rennes est un lieu d'expérimentation citoyenne sans programmation - Territoires Rennes
10 Fév 2023 | Lecture 4 minutes

L’urbanisme relationnel, qu’est-ce que c’est ? C’est un urbanisme qui se concentre sur l’amélioration de la santé mentale en ville. Parmi les pistes explorées pour un urbanisme apaisant: Intégrer la nature et le vivant dans l’espace public, associer les habitants à la conception des espaces ou faciliter la piétonisation et l’animation des quartiers.

Pendant des années, le faible intérêt politique pour le sujet avait été un frein au développement de l’urbanisme relationnel. Le Covid a été l’élément déclencheur. En décembre 2022, les participants au colloque international « Villes et santé mentale » à Nantes signaient un appel à investir fortement dans la santé mentale et l’urbanisme relationnel. Une quinzaine d’années après, le sujet s’est largement démocratisé et de nombreuses villes du monde ont mis en place des programmes dédiés. Les expérimentations s’enchaînent, les retours d’expertise pleuvent et des services municipaux spécifiques à l’urbanisme relationnel apparaissent. Les habitats partagés, les potagers collectifs, les rues scolaires… Autant de programmes qui facilitent la rencontre et la multiplication des interactions sociales. Faciles à mettre en œuvre depuis le succès de l’urbanisme tactique, les préceptes de l’urbanisme relationnel ont ainsi essaimé.

…en tout cas, on espère que ce scénario pourrait se produire.

Rue scolaire à Lille - Guilhem Fouques DICOM-Ville de Lille

Rue scolaire à Lille – Guilhem Fouques DICOM-Ville de Lille

Derrière l’appellation un peu barbare d’urbanisme « relationnel » se cache une autre façon d’approcher la santé en ville. On connaît les vertus des espaces verts pour lutter contre le stress, ou des aménagements sportifs en faveur de la santé physique. L’idée est ici de mettre l’accent sur les relations sociales. L’isolement peut en effet générer des troubles psychiques graves. L’épidémie de Covid en a donné une preuve impressionnante : pendant la première année de la pandémie, les cas reconnus de troubles anxieux et dépressifs ont augmenté de 25% selon l’OMS. Pour l’organisation, l’isolement social est le principal facteur.

Ville de fous

L’enjeu est de taille. Chaque année, un Français sur cinq est touché par un trouble psychique, soit 13 millions de personnes. Parmi eux, seules 40 à 60 % sont aujourd’hui prises en charge « et la qualité des soins est très inégale », relève l’Institut Montaigne dans une étude de décembre 2020.

Problème : en ville, la surdensité rend l’accès au soin compliqué. Si la ville est à première vue perçue comme un grand carrefour des possibles, un lieu de rencontre par excellence, elle peut être en réalité assez cloisonnante et individualisante. Différentes études établissent une corrélation entre anxiété, stress, voire dépression et vie en ville. L’Europe compterait à titre d’exemple deux fois plus de personnes atteintes de schizophrénie en ville qu’en milieu rural. Par ailleurs, certains déterminants sociaux, économiques et sociétaux accroissent ces vulnérabilités. Ainsi, les personnes âgées, les migrants ou les jeunes sont plus exposés à ce type de troubles.

Société individualiste

Michel Lussault, géographe et directeur de l’École Urbaine de Lyon, y voit un travers de notre société de consommation. « Pour certains, le modèle de la vie de demain serait l’individu souverain chez lui, commandant ce qu’il a envie de consommer via des plateformes qui lui amènent à domicile tout ce dont il a besoin. Une sorte d’individu autosuffisant. Je trouve que ce modèle est profondément problématique, parce qu’il fait fi de l’importance pour les individus de la relationnalité à autrui. » L’enseignement ici, c’est est que la proximité spatiale n’est pas synonyme de proximité sociale.

Dès lors, pour renverser les choses, il faut prôner un urbanisme qui veille à ces sujets. Il s’agit d’un modèle davantage porté sur les lieux de rencontre, les activités collectives, les espaces piétons. L’appel de Nantes donne la part belle aux expérimentations de fermes partagées urbaines ou aux dispositifs de rues scolaires. L’idée ? Aménager des zones apaisées aux abords des écoles, qui rassurent les parents et renforcent l’autonomie aux enfants. Les habitats partagés sont aussi mis en avant. Tout droit venu des années 1970 au Danemark, le concept permet des communautés de vie intergénérationnelles et solidaires.

Autre exemple inspirant et qui résonne avec l’actualité : en Angleterre, pour lutter contre la précarité énergétique, des communes ont créé des banques de chaleur. Ce sont des lieux de refuge où des personnes démunies peuvent venir prendre un repas chaud, lire, jouer aux cartes entre amis, tout en profitant de la douceur des radiateurs.

Refuges et auberges danoises

De son côté, l’architecte et urbaniste David Mangin réfléchit plus particulièrement à l’espace public. Il invite à « passer des rez-de-chaussée au “rez-de-ville”, en envisageant les bas d’immeubles comme une lisière plutôt qu’une façade, « comme un lieu où le bâtiment partage ses usages et ses modes de vie avec son voisinage ». La question des interfaces y est particulièrement soignée, pour faire transition entre le privé et le public, entre l’individu et le collectif.

Au mois de janvier, le Plan Urbanisme Construction Architecture livrait un rapport sur les impacts sociaux et urbains de l’urbanisme transitoire. Le document se termine par un « manifeste pour un urbanisme relationnel  », un premier geste pour poser les bases d’une nouvelle philosophie de fabrique de la ville. Parmi ses réflexions, le texte invite notamment à partir de l’existant, à développer des écosystèmes informels et surtout, à tester la non-programmation comme une manière de réinventer l’intérêt général.

Moment de rencontre dans une résidence de cohousing aux États-Unis - Wikipédia

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Usbek & Rica
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