De New-York aux Sables d’Olonne, comment les villes luttent contre les risques d’inondations ?

© Kasto pour Canva
1 Mar 2022 | Lecture 3 minutes

Les risques liés à l’eau font de plus en plus l’actualité des collectivités territoriales, notamment vis-à-vis des risques d’inondations qui sont inhérents au réchauffement climatique. En France comme à l’étranger, de nombreuses initiatives voient le jour.

Le réchauffement climatique a pour conséquence une augmentation en intensité et en fréquence d’évènements météorologiques extrêmes et entraîne des perturbations du cycle de l’eau tel que nous l’avons connu jusqu’ici. “En se réchauffant, l’atmosphère retient davantage d’humidité, ce qui signifie qu’il pleut davantage pendant les orages et que le risque d’inondations s’accroît” précisait ainsi Petteri Taalas, le Secrétaire Général de l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale) après les épisodes de pluies extrêmes ayant touché tous les continents l’été dernier.

Témoin de ces épisodes extrêmes : la station météorologique de Zhengzhou, en Chine, a enregistré 720 mm de précipitations entre le 17 et le 21 juillet 2021, alors que sa moyenne totale annuelle est de 641 mm. Un phénomène loin d’être isolé. Rien qu’en France, les records de pluie sur 24h ont été battus l’été dernier à Agen, à Nantes et à Lyon.

De fait, une étude récente de l’OMM précise que les aléas climatiques liés à l’eau occupent la première place des catastrophes de ces 50 dernières années. À la fois en termes de pertes humaines et de pertes économiques. “Aucun pays, qu’il soit développé ou en développement, n’est à l’abri. Il est impératif d’investir davantage dans l’adaptation au changement climatique” ajoutait aussi Petteri Taalas l’été dernier.

D’autant que les pluies extrêmes ne sont pas le seul problème lié au réchauffement climatique. L’augmentation de la température globale entraîne un autre problème : d’après le GIEC, le niveau de la mer s’élevait en moyenne de 1,3mm/an entre le début du 20ème siècle et les années 1970, date à laquelle le phénomène s’est emballé. Sur la période 2006-2018, on observe ainsi une élévation du niveau des mers trois fois plus forte, en moyenne de 3,7mm/an.

© Genaro Servin, Pexels

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La surveillance du trait de côte, un impératif pour les villes du littoral

Toujours d’après le Giec, 280 millions de personnes à travers le monde devraient subir des déplacements à cause de la montée des mers et océans. Les villes situées sur le littoral sont donc les plus exposées aux risques de submersion marine liés à la montée du niveau de la mer, mais aussi à l’érosion et au recul du trait de côte.

Plus d’une ville mise donc sur la mise en œuvre d’outils pour évaluer et mesurer ce recul afin d’être en mesure de mieux catégoriser et prioriser les décisions à prendre. Par chance, la technologie permet aujourd’hui des avancées majeures sur ce sujet, notamment avec la technologie Lidar ou des mesures GPS. La ville d’Etretat, par exemple, fait appel à la startup Waves’n See qui utilise de la surveillance vidéo pour évaluer la densité de galets sur ses plages et s’assurer que ces petites roches sont en nombre suffisants pour faire tampon avec les vagues et protéger la côte. Un système qui est également utilisé par les villes de Cannes et Palavas-les-flots.

En Bretagne, l’agglomération de Lorient teste depuis 2019 un dispositif collaboratif sur l’île de Groix afin de mettre à contribution les promeneurs et leurs smartphones. Une station fixe avec un support dimensionné pour que toutes les photos aient le même cadrage incite les badauds à prendre en photo la plage puis à envoyer la photo à une équipe de chercheurs chargés de les compiler et d’enregistrer l’évolution de la plage à court et moyen terme. Elle enregistre en moyenne 15 photos par mois via ce dispositif.

Mais pour aller plus loin, d’autres collectivités travaillent déjà à la mise en œuvre de dispositif qui doivent réduire les risques de submersion du littoral via différents leviers : digues, drains ou encore végétalisation.

©Pok Rie, Pexels

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Aux Sables d’Olonne, des drains sous la plage

En partenariat avec l’entreprise Ecoplage, plusieurs villes françaises testent actuellement un système innovant de drainage de l’eau sur la plage pour éviter l’inondation du littoral.

Concrètement, cela passe par la pose de drains, parallèles au trait de côte, reliés à une station de pompage, qui récupèrent et évacuent l’eau de mer filtrée par la plage à chaque marée vers la station de pompage. Cette dernière permet de la filtrer et de la retourner à la mer ou de la valoriser pour d’autres usages comme la pisciculture ou la thalassothermie.

La grande plage des Sables d’Olonne est ainsi protégée par 700 mètres de drains enfouis sous le sable depuis maintenant 20 ans. On retrouve aussi ce dispositif à Merlimont, dans le Nord et à Sainte-Maxime, dans le sud de la France.

Une autre approche, plus classique, consiste évidemment à créer des digues pour empêcher les inondations. Après le passage de l’Ouragan Ida qui a entraîné des inondations exceptionnelles à New-York, la ville Américaine a décidé de construire des digues sur 850 km de côtes afin de se prémunir de ce phénomène. Une initiative qu’on retrouve aussi dans d’autres villes emblématiques comme Venise et ses 78 digues mobiles, disposées aux points d’entrée de la lagune, afin de protéger la cité des doges.

En France, on recense plus de 8 000 km de digues et on estime qu’une commune sur deux y a recours pour se protéger des inondations. Malgré tout, cette solution possède aussi une limite car, à moins de construire toujours plus de digues et de les construire toujours plus hautes, une forte part de ces ouvrages ne résistera pas à la montée des océans. Une autre voie pour lutter contre les risques de submersion consiste donc à ne plus lutter contre la nature, mais davantage avec elle.

©Trilemedia, Pixabay

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Travailler avec les écosystèmes naturels pour limiter les inondations

Travailler avec la nature pour réduire les inondations est une autre tendance forte qu’on voit apparaître dans certaines régions. Un exemple de cette stratégie est visible à Nimègue, aux Pays-Bas, où la municipalité a fait creuser un canal derrière une digue pour accueillir les eaux de la rivière locale en cas d’inondations. “Vous ne pouvez pas construire des digues de plus en plus haut indéfiniment, alors nous avons décidé de créer un canal supplémentaire, pour que l’eau, en cas de fortes pluies, s’étale et ait toute la place” précisait le maire de la ville, en 2018.

En France, dans la baie de Lancieux, le Conservatoire a également fait le choix de préparer le territoire à l’arrivée de la mer plutôt que de réparer une digue endommagée. Un pari osé qui implique de déplacer des activités d’élevage, des routes et des infrastructures pour favoriser l’arrivée de l’eau sur une zone où, inexorablement, elle reprendrait de toute façon sa place. Cette stratégie, celle de la dépoldérisation, pourrait aussi convaincre de nombreuses communes.

Une stratégie qui rappelle aussi le besoin croissant de végétalisation des espaces urbains pour éviter les inondations dûes aux fortes pluies et aux crues des cours d’eau : c’est le concept de la ville perméable qui consiste à débitumer les villes et créer des espaces verts pour intégrer davantage les eaux de pluie. Une stratégie qui concerne également les berges des cours d’eau traversant nos villes et dont on retrouve des exemples intéressants en France, à Lyon ou à Narbonne.

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